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Cinéma
Le petit monde de Nanni Moretti

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 31.08.2011 à 14:16

Dans «Habemus papam», le pape importe peu. Car d’un film à l’autre, l’Italien raconte la même histoire.

Réunis en conclave, les cardinaux élisent un nouveau pape. Après deux tours au cours desquels aucun des favoris n’a récolté les suffrages nécessaires, c’est un certain Melville (Michel Piccoli) qui l’emporte, à la stupeur générale. Mais au moment de s’adresser depuis le balcon du Vatican à la foule, celui-ci s’effondre: la tâche est trop lourde.

Pire, il va réussir à s’échapper du Saint-Siège en abandonnant au milieu de cardinaux perplexes le psychanalyste (Nanni Moretti) qui avait été appelé à la rescousse pour lui redonner confiance.

Nanni Moretti, qui avoue sans ambages ne pas être croyant, s’était déjà penché sur la religion avec La messe est finie (1985), film dans lequel il interprétait un prêtre confronté à une succession de crises et de drames qui le feront douter de lui-même et de sa foi. A l’opposé, le pape que campe avec beaucoup de prestance Piccoli dans Habemus papam est seul «responsable» de la crise existentielle qu’il traverse.

Et qu’il soit pape importe finalement peu. Il aurait très bien pu être banquier ou enseignant. Ce qui compte, dans Habemus papam, c’est en effet moins la religion que les errances d’un homme qui doute et réalise que sa vie aurait pu être tout autre.

Moretti traite d’ailleurs le vagabondage romain du pape en civil sur le ton sérieux de la tragicomédie acide, tandis que les séquences vaticanes tendent le plus souvent vers le burlesque et l’exagération comique – peut-on néanmoins y voir en sous-texte une critique de la religion, pas sûr...

De Michele à Nanni. Comme dans Le caïman (2006), sa chronique désenchantée mais hautement jouissive de l’Italie berlusconienne, Moretti ne s’est pas donné le rôle principal d’Habemus papam. Le psy amateur de volley-ball et qui peine à se remettre de son divorce a beau rappeler certains des personnages qu’il a pu interpréter dans ses films précédents, c’est le pape en cavale qui est ici éminemment morettien.

Cet homme soudainement incapable d’assumer ses responsabilités, c’est autant le Michele joué par l’Italien dans Je suis un autarcique (1976) et Ecce bombo (1978), ses deux premiers longs métrages, que dans Palombella rossa (1989). Ce n’est d’ailleurs pas par hasard s’il a commencé par appeler tous ses personnages Michele, avant de jouer son propre rôle dans les introspectifs Journal intime (1993) et Aprile (1998).

Les héros de ses films sont une seule et même entité, les maillons lui permettant d’explorer d’un titre à l’autre les mêmes thèmes, tels que la pression sociale ou la maladie et la mort. Film après film, il raconte avec une acidité réjouissante l’histoire de sa génération, de jeunes gens remplis d’idéaux mais parfois trop empêtrés dans leurs certitudes pour les mener à bien. Des gens qui ont vieilli et sont aujourd’hui plus amers que jamais.

«Je pensais que la douleur était la tonalité dominante du film, ou la tristesse. Ensuite, quand le film sort, il ne m’appartient plus: je ne peux pas entrer dans la salle et censurer les rires», a dit Moretti à propos d’Ecce bombo. Il pourrait le dire pour chacun de ses films, à l’exception du douloureux La chambre du fils (2001). Car malgré une tonalité d’ensemble sombre, on rit beaucoup dans le cinéma du Transalpin.

De Nanni Moretti. Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti et Jerzy Stuhr. Italie, 1 h 45. Sortie le 7 septembre.




Tags: Nanni Moretti, "Habemus papam",

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