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Le petit Zorro

Mis en ligne le 20.01.2005 à 00:00

L'Hebdo; 2005-01-20

Le petit Zorro

CHARLES BEER La défense des opprimés et le socialisme sont presque inscrits dans l'ADN de sa famille.

A quoi rêvait l'actuel patron de l'instruction publique genevoise, lorsqu'il était jeune garçon? La réponse fuse: «Je regardais Zorro à la télé. En noir et blanc. Ensuite, je me déguisais. Je possédais tout l'attirail: la cape, l'épée, le chapeau, le bandeau et des bottes en caoutchouc noir».

Nous sommes à la fin des années 60. Charles grandit à la Jonction, à l'époque l'un des grands quartiers ouvriers de Genève. Nous sommes encore dans les Trente Glorieuses, ces temps bénis des dieux où les mots «crise économique» ou «récession» n'existaient pas encore. Avec sa soeur aînée, Charles Beer baigne dans une atmosphère familiale détendue. Son père était bibliothécaire aux Nations Unies et sa mère secrétaire à mi-temps. Elle travaillait au secrétariat des inspecteurs de l'école primaire. Aujourd'hui, Charles Beer retrouve de temps à autre des inspecteurs qu'il avait croisés lorsqu'il était plus jeune.

«Nous étions très famille. Je jouais fréquemment avec mon cousin, et je voyais régulièrement mes grand-parents.» Charles commence alors à s'intéresser aux racines familiales: il parle avec son grand-père maternel darbyste, avec sa grand-mère paternelle arménienne - dont un aïeul, révolutionnaire nationaliste, fonda la République arménienne - , avec son grand-père juif laïc de Hongrie, un grand-père dont il a hérité du prénom, né en 1892, parti à 18 ans, baluchon sur le dos, vers la terre promise, c'est-à-dire les Etats-Unis... «J'ai bien connu mon grand-père, car il est décédé en 1980 alors que j'avais presque 20 ans. Il avait acheté un billet pour naviguer à bord du Titanic. Il a ensuite eu un contretemps, et l'a revendu un 13 du mois...»

L'ancêtre travailla dans une imprimerie près de Philadelphie avant de se rendre à Genève et y étudier à l'Ecole des Beaux-Arts. Il y fréquente sa future femme, originaire d'Arménie. Ce Charles Beer-là devient ensuite artiste peintre tout en effectuant des travaux d'appoint pour nourrir sa famille. Le magistrat se lève soudainement, puis désigne un tableau accroché au mur de son bureau. «Sans doute une vue de Genève. Mon grand-père a beaucoup peint dans la région, ainsi que sur la Costa Brava.»

Mais, un jour, il faut bien sortir du cocon. En 1974, à l'âge de 13 ans, il montre un intérêt précoce pour les affaires politiques. Charles suit passionnément la campagne de François Mitterrand opposé à Valéry Giscard d'Estaing. «J'écoutais aussi à la radio les débats de politique française». La famille est socialiste. Le père comme la mère. «Moi, je voulais adhérer au parti à 15 ans. Mon père jugeait que j'étais trop jeune. Je l'ai écouté: j'ai pris ma carte à 17 ans...»

Sur le mur de sa chambre ne figurait ni Karl Marx ni Che Guevara. A l'austère barbu et à l'aventurier sexy, il préfère des patriarches ou des leaders à grosses moustaches, des Jean Jaurès, des Léon Blum, ou encore des Pierre Mendès-France. «J'ai dévoré la biographie de Blum, écrite par Jean Lacouture, alors que j'essayais de guérir d'une vilaine angine.» Charles se reconnaît dans ses idées. La gauche démocratique est presque inscrite dans l'ADN de la famille qui, génération après génération, rejette tout mouvement sectaire ou idéologique, renvoyant dos à dos stalinisme et fascisme, les deux terribles idéologies du XXe siècle.

Et militarisme: «déguisé en Zorro, j'étais contre les méchants, contre l'ordre établi, contre les troupes espagnoles qui opprimaient le peuple de Californie.» Contre le vilain mais néanmoins sympathique Sergent Garcia. Charles Beer est aussi père de deux enfants, un fils âgé de 8 ans et une petite fille de 5 ans. Il y a quelque temps, son fils a regardé d'anciennes cassettes du feuilleton incarné par l'homme masqué. «Et sans rien me dire, il s'est aussi déguisé en Zorro». |

Roland Rossier

écolier Déjà préoccupé par la justice sociale.

charles beer

Né en 1961 à Genève, Charles Beer est diplômé de l'Institut d'études sociales. Il rejoint en 1988 les Commis de Genève, un syndicat du tertiaire. Elu en 1997 au Grand Conseil, il se lance, fin 2002, dans la course à la succession de Micheline Calmy-Rey. En mars 2003, il accède au Conseil d'Etat.




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