ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

Perry Fleury, responsable des ressources humaines aux Retraites Populaires, et Claude Richard, directeur général des Retraites Populaires.
Luca da Campo / Strates

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Claude Richard et Perry Fleury
Le 2e pilier est fragilisé par les bas rendements et la longévité

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 12.10.2011 à 14:52

Solutions multiples. Plusieurs mesures peuvent être prises pour consolider la prévoyance professionnelle. Certaines seront vraisemblablement combinées.

 

Retraites Populaires a été récemment certifiée «equalsalary», un label qui atteste de l’application d’une politique salariale équitable envers les femmes et les hommes de l’entreprise. La mutuelle reste le numéro un de l’assurance de rentes dans le canton de Vaud.

«DE NOMBREUSES MESURES PEUVENT ÊTRE PRISES POUR CONSOLIDER LE 2E PILIER.»
Claude Richard, directeur général des Retraites Populaires

Elle a enregistré, en 2010, son deuxième meilleur exercice en matière d’encaissement de primes, avec 551 millions de francs de rentrées. L’entreprise est un acteur clé du 2e pilier, tant par la gestion directe de la prévoyance professionnelle de nombreuses sociétés et de leurs employés que par ses mandats de gestion pour la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud, la Caisse intercommunale de pensions et son mandat partiel pour la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne.

A l’heure où Swisscanto – qui ausculte régulièrement les institutions de prévoyance du pays – affirme que, à fin août, le degré de couverture moyen des caisses de pension avait reculé à 95%, un débat commence à s’ouvrir sur les aménagements à apporter au 2e pilier pour le consolider.

Claude Richard, directeur général des Retraites Populaires, et Perry Fleury, directeur adjoint responsable des ressources humaines, y apportent leur contribution.

Vous êtes la huitième entreprise à recevoir le label «equal-salary»: avez-vous modifié votre politique du personnel pour l’obtenir?

Perry Fleury (P. F.): Non, mais cette procédure nous a permis de confronter nos pratiques à un regard extérieur, ce qui a été apprécié par notre personnel.

L’attribution du label «equal-salary» passe par une évaluation statistique des rémunérations menée par l’Observatoire de l’emploi de l’Université de Genève ainsi que par un audit de la politique interne de mise en oeuvre de l’égalité salariale.

Votre entreprise offre un salaire égal à poste équivalent, mais n’a aucune femme à la direction générale…

P. F.: Plusieurs femmes occupent des postes à responsabilités. Aucune n’est membre de la direction générale, mais notre conseil d’administration est présidé par Jacqueline Maurer-Mayor.

En 2010, vous avez réalisé une performance brute sur vos placements de 2,3%. Insuffisant pour ne pas être légèrement en sous-couverture à la fin de décembre. Cela n’a pas dû s’arranger depuis?

Claude Richard (C. R.): Toutes les institutions de prévoyance souffrent à la fois de la baisse des marchés boursiers, intervenue pendant l’été, et de la force du franc. Il faut toutefois attendre cette fin de décembre pour établir un bilan global de 2011.

Reste qu’il est difficile de réaliser le rendement minimum nécessaire dans un contexte où la monnaie est très forte, les performances des actions volatiles et les rendements des obligations très faibles.

Ces dix dernières années, les marchés d’actions n’ont délivré, en moyenne, aucune performance. Une aussi longue éclipse pour une des composantes essentielles du rendement de la fortune doitelle conduire à remettre en cause le 2e pilier?

C. R.: Le 2e pilier est fragilisé par la faiblesse des rendements obtenus sur les placements, mais également par l’augmentation de la longévité. Au cours des cinq dernières années, l’espérance de vie d’un homme de 65 ans a augmenté de près d’une année, tandis qu’une femme du même âge gagnait six mois de vie supplémentaires.

Le 2e pilier devra s’adapter à des retraites plus longues. On a toutefois constaté, lors de la votation sur la baisse du taux de conversion – qui était souhaitée par la grande majorité des professionnels de la prévoyance professionnelle – que le sujet était sensible et méritait des explications approfondies.

«IL CONVIENT D’OUVRIR LE DÉBAT EN TOUTE TRANSPARENCE.»
Claude Richard

Les institutions de prévoyance ont un horizon d’investissement de quelque 40 ans – la durée d’une vie professionnelle – et continuent à diversifier leurs placements pour répartir les risques et tenter de dégager un rendement suffisant. Sur le long terme, une telle politique de placement est la plus efficace.

Certains évoquent aujourd’hui la possibilité de faire participer les rentiers à l’assainissement de leur caisse de pension. Y seriez-vous favorables?

C. R.: Avant d’en arriver là, il y aurait de nombreuses autres mesures à prendre pour consolider le 2e pilier. Telle qu’elle a été conçue, la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP) comportait une solidarité de fait entre tous les assurés d’une caisse.

Cette solidarité a été affaiblie par la possibilité de retirer une partie de son capital vieillesse pour constituer les fonds propres lors de l’achat du domicile. Ceux qui ont retiré de l’argent de leur caisse de pension avant 2008 n’ont pas participé aux efforts imposés aux autres assurés par les mesures d’assainissement prises par les caisses en sous-couverture.

Souhaitez-vous qu’on limite les possibilités de retraits pour l’accession à la propriété?

C. R.: Ce sujet est débattu au sein de l’OFAS qui envisage de réduire l’âge auquel on peut retirer la totalité du capital-vieillesse accumulé jusque-là.

Et la réduction du taux d’intérêt minimal LPP?

C. R.: La commission LPP a proposé de le réduire à 1,5% en 2012 alors qu’il a été fixé à 2% pour l’année en cours. Ce serait raisonnable. L’ASIP – l’Association suisse des institutions de prévoyance – propose même de ne pas imposer un taux minimum de rendement sur la partie obligatoire de la prévoyance, pour offrir plus de souplesse dans la gestion de la fortune.

Nombre de caisses de pension ont un taux technique – le rendement à long terme espéré sur la fortune – trop élevé, en regard des performances effectivement obtenues. Devraient-elles le réduire?

C. R.: Dans leurs affaires d’assurance vie, les compagnies d’assurances ont d’ores et déjà un taux technique plus bas que celui encore retenu par nombre de caisses de pension. Retraites Populaires a ainsi abaissé, le 1er janvier 2010, à 2,25% son taux technique pour l’assurance de rentes.

On assistera sans doute à des baisses de taux techniques, ces prochaines années. Mais une telle mesure contraint soit à constituer des réserves supplémentaires pour servir des rentes de même montant, soit à abaisser les rentes.

La baisse des prestations est-elle inéluctable, par de futures réductions du taux de conversion?

C. R.: Pour l’instant, le taux de conversion est décidé au moment de l’entrée en retraite et n’est plus remis en cause. Cela revient à pénaliser les actifs par rapport aux retraités ou ceux qui ont la malchance de prendre leur retraite au mauvais moment. A l’avenir, on pourrait envisager différents taux de conversion garantis pendant les années de constitution du capital de prévoyance. Ce serait plus équitable pour les différentes générations et les assurés auraient une meilleure visibilité sur leur future retraite.

P. F.: Il ne faut pas oublier que le 2e pilier est une assurance sociale comportant une part de solidarité.

Si les rendements restent durablement bas, la confiance dans le 2e pilier pourrait s’éroder...

C. R.: Plusieurs solutions sont possibles pour en assurer la pérennité: augmenter les cotisations, reporter l’âge de la perception de la rente, baisser le taux de conversion. Il convient d’ouvrir le débat en toute transparence.


PROFIL

Perry Fleury

Responsable des ressources humaines aux Retraites Populaires. Licencié HEC en management. Ex-président des gradués HEC Lausanne.

Claude Richard

Directeur général des Retraites Populaires depuis 1997. Licencié HEC en gestion d’entreprise et sciences actuarielles. A débuté sa carrière en 1974 dans l’entreprise qu’il dirige aujourd’hui.

 




Tags: Claude Richard, Perry Fleury, 2e pilier, rendements, longévité,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
L'Espagne poussée au sauvetage public le plus cher de son histoire
Bankia a besoin de 19 milliards d'euros d'argent public (archives). Keystone
La situation est pire que prévue chez Bankia, quatrième banque espagnole, qui croule sous les actifs immobiliers risqués. Elle a...
ÉCONOMIE & FINANCE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...
ÉCONOMIE & FINANCE
Le personnel de Merck Serono va protester mercredi à Darmstadt
Des employés de Merck Serono manifestent à Genève (archives). Keystone
Le personnel genevois de Merck Serono menacé de licenciement ou de transfert va protester mercredi devant le siège du groupe...
ÉCONOMIE & FINANCE
Le projet d'Ikea dans la Broye commence à se concrétiser
Logo d'Ikea (archives) Keystone
Le projet d'implantation du grand distributeur de meubles suédois Ikea dans la commune fribourgeoise de Bussy est à un tournant....
ÉCONOMIE & FINANCE
Le marché du travail s'améliore légèrement au premier trimestre
Un homme consulte des offres d'emploi (image symbolique/archives) Keystone
Le marché du travail a enregistré une croissance "modérée" au cours des trois premiers mois de l'année, selon l'Office fédéral...


ÉCONOMIE & FINANCE
 Crise financière: La bombe à retardement des CDS
ORIGINES Blythe Masters, banquière star de JP Morgan, est considérée comme la mère des CDS. Ben Baker / Redux
L’acronyme est rébarbatif, le nom complet presque barbare: CDS, pour Credit Default Swaps. Pourtant, ces trois petites lettres – récurrentes...
ÉCONOMIE & FINANCE
 "Occupy Wall street": Panique chez les ploutocrates
Il reste à savoir si les manifestations du mouvement Occupy Wall Street changeront la donne en Amérique. Cependant, les manifestants...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Assurance maladie: Une communication claire et complète
Dans L’Hebdo du 6 octobre 2011, l’encadré paru sous le titre «La guerre des chiffres» met en cause la communication...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montres Passion: Montres à secret
Les codes de la bienséance et du savoir-vivre exigeaient, dit-on, qu’une femme n’abordât point de montre avec une robe de...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montres Passion: Sportivement vôtre…
S’il est un domaine où les horlogers aiment à concourir, c’est bien dans celui de la performance sportive, en sponsors,...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Actions: Gare au coup de vieux!
La retraite des baby-boomersnés entre 1946 et 1964 - va provoquer une baisse de 13% de la valeur des Bourses...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Décryptages: Bras de fer à 1000 milliards d’euros
Le Comité de Bâle est loin d’avoir, à ce jour, la certitude que toutes les banques respecteront ses nouvelles normes...