Retraites Populaires a été récemment certifiée «equalsalary», un label qui atteste de l’application d’une politique salariale équitable envers les femmes et les hommes de l’entreprise. La mutuelle reste le numéro un de l’assurance de rentes dans le canton de Vaud.
«DE NOMBREUSES MESURES PEUVENT ÊTRE PRISES POUR CONSOLIDER LE 2E PILIER.»
Claude Richard, directeur général des Retraites Populaires
Elle a enregistré, en 2010, son deuxième meilleur exercice en matière d’encaissement de primes, avec 551 millions de francs de rentrées. L’entreprise est un acteur clé du 2e pilier, tant par la gestion directe de la prévoyance professionnelle de nombreuses sociétés et de leurs employés que par ses mandats de gestion pour la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud, la Caisse intercommunale de pensions et son mandat partiel pour la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne.
A l’heure où Swisscanto – qui ausculte régulièrement les institutions de prévoyance du pays – affirme que, à fin août, le degré de couverture moyen des caisses de pension avait reculé à 95%, un débat commence à s’ouvrir sur les aménagements à apporter au 2e pilier pour le consolider.
Claude Richard, directeur général des Retraites Populaires, et Perry Fleury, directeur adjoint responsable des ressources humaines, y apportent leur contribution.
Vous êtes la huitième entreprise à recevoir le label «equal-salary»: avez-vous modifié votre politique du personnel pour l’obtenir?
Perry Fleury (P. F.): Non, mais cette procédure nous a permis de confronter nos pratiques à un regard extérieur, ce qui a été apprécié par notre personnel.
L’attribution du label «equal-salary» passe par une évaluation statistique des rémunérations menée par l’Observatoire de l’emploi de l’Université de Genève ainsi que par un audit de la politique interne de mise en oeuvre de l’égalité salariale.
Votre entreprise offre un salaire égal à poste équivalent, mais n’a aucune femme à la direction générale…
P. F.: Plusieurs femmes occupent des postes à responsabilités. Aucune n’est membre de la direction générale, mais notre conseil d’administration est présidé par Jacqueline Maurer-Mayor.
En 2010, vous avez réalisé une performance brute sur vos placements de 2,3%. Insuffisant pour ne pas être légèrement en sous-couverture à la fin de décembre. Cela n’a pas dû s’arranger depuis?
Claude Richard (C. R.): Toutes les institutions de prévoyance souffrent à la fois de la baisse des marchés boursiers, intervenue pendant l’été, et de la force du franc. Il faut toutefois attendre cette fin de décembre pour établir un bilan global de 2011.
Reste qu’il est difficile de réaliser le rendement minimum nécessaire dans un contexte où la monnaie est très forte, les performances des actions volatiles et les rendements des obligations très faibles.
Ces dix dernières années, les marchés d’actions n’ont délivré, en moyenne, aucune performance. Une aussi longue éclipse pour une des composantes essentielles du rendement de la fortune doitelle conduire à remettre en cause le 2e pilier?
C. R.: Le 2e pilier est fragilisé par la faiblesse des rendements obtenus sur les placements, mais également par l’augmentation de la longévité. Au cours des cinq dernières années, l’espérance de vie d’un homme de 65 ans a augmenté de près d’une année, tandis qu’une femme du même âge gagnait six mois de vie supplémentaires.
Le 2e pilier devra s’adapter à des retraites plus longues. On a toutefois constaté, lors de la votation sur la baisse du taux de conversion – qui était souhaitée par la grande majorité des professionnels de la prévoyance professionnelle – que le sujet était sensible et méritait des explications approfondies.
«IL CONVIENT D’OUVRIR LE DÉBAT EN TOUTE TRANSPARENCE.»
Claude Richard
Les institutions de prévoyance ont un horizon d’investissement de quelque 40 ans – la durée d’une vie professionnelle – et continuent à diversifier leurs placements pour répartir les risques et tenter de dégager un rendement suffisant. Sur le long terme, une telle politique de placement est la plus efficace.
Certains évoquent aujourd’hui la possibilité de faire participer les rentiers à l’assainissement de leur caisse de pension. Y seriez-vous favorables?
C. R.: Avant d’en arriver là, il y aurait de nombreuses autres mesures à prendre pour consolider le 2e pilier. Telle qu’elle a été conçue, la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP) comportait une solidarité de fait entre tous les assurés d’une caisse.
Cette solidarité a été affaiblie par la possibilité de retirer une partie de son capital vieillesse pour constituer les fonds propres lors de l’achat du domicile. Ceux qui ont retiré de l’argent de leur caisse de pension avant 2008 n’ont pas participé aux efforts imposés aux autres assurés par les mesures d’assainissement prises par les caisses en sous-couverture.
Souhaitez-vous qu’on limite les possibilités de retraits pour l’accession à la propriété?
C. R.: Ce sujet est débattu au sein de l’OFAS qui envisage de réduire l’âge auquel on peut retirer la totalité du capital-vieillesse accumulé jusque-là.
Et la réduction du taux d’intérêt minimal LPP?
C. R.: La commission LPP a proposé de le réduire à 1,5% en 2012 alors qu’il a été fixé à 2% pour l’année en cours. Ce serait raisonnable. L’ASIP – l’Association suisse des institutions de prévoyance – propose même de ne pas imposer un taux minimum de rendement sur la partie obligatoire de la prévoyance, pour offrir plus de souplesse dans la gestion de la fortune.
Nombre de caisses de pension ont un taux technique – le rendement à long terme espéré sur la fortune – trop élevé, en regard des performances effectivement obtenues. Devraient-elles le réduire?
C. R.: Dans leurs affaires d’assurance vie, les compagnies d’assurances ont d’ores et déjà un taux technique plus bas que celui encore retenu par nombre de caisses de pension. Retraites Populaires a ainsi abaissé, le 1er janvier 2010, à 2,25% son taux technique pour l’assurance de rentes.
On assistera sans doute à des baisses de taux techniques, ces prochaines années. Mais une telle mesure contraint soit à constituer des réserves supplémentaires pour servir des rentes de même montant, soit à abaisser les rentes.
La baisse des prestations est-elle inéluctable, par de futures réductions du taux de conversion?
C. R.: Pour l’instant, le taux de conversion est décidé au moment de l’entrée en retraite et n’est plus remis en cause. Cela revient à pénaliser les actifs par rapport aux retraités ou ceux qui ont la malchance de prendre leur retraite au mauvais moment. A l’avenir, on pourrait envisager différents taux de conversion garantis pendant les années de constitution du capital de prévoyance. Ce serait plus équitable pour les différentes générations et les assurés auraient une meilleure visibilité sur leur future retraite.
P. F.: Il ne faut pas oublier que le 2e pilier est une assurance sociale comportant une part de solidarité.
Si les rendements restent durablement bas, la confiance dans le 2e pilier pourrait s’éroder...
C. R.: Plusieurs solutions sont possibles pour en assurer la pérennité: augmenter les cotisations, reporter l’âge de la perception de la rente, baisser le taux de conversion. Il convient d’ouvrir le débat en toute transparence.
PROFIL
Perry Fleury
Responsable des ressources humaines aux Retraites Populaires. Licencié HEC en management. Ex-président des gradués HEC Lausanne.
Claude Richard
Directeur général des Retraites Populaires depuis 1997. Licencié HEC en gestion d’entreprise et sciences actuarielles. A débuté sa carrière en 1974 dans l’entreprise qu’il dirige aujourd’hui.
Tags: Claude Richard, Perry Fleury, 2e pilier, rendements, longévité,
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