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La chronique de Jacques Pilet
Le plaisir de faire peur

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 04.11.2009 à 15:26

Angoisse à Berne. Les fonctionnaires de l’Office fédéral de la santé constatent, effarés, que la population suisse ne les écoute plus.

La Confédération a acheté en toute hâte, au gros du tintamarre sur la grippe H1N1, 13 millions de doses de vaccin. Or, 84% des personnes interrogées par sondage déclarent qu’elles n’ont pas l’intention d’y recourir. Beaucoup iront se faire vacciner contre la grippe saisonnière, mais celle-ci, non merci.

Parce qu’à l’évidence, la réalité ne correspond pas aux discours alarmistes dont nous sommes abreuvés depuis des mois. Primo, autour de soi on n’observe pas plus de malades que d’habitude. Secundo, tout indique que ce virus dit mexicain n’est pas plus nocif que n’importe lequel de ses semblables routiniers.

On a recensé grosso modo 4000 victimes depuis son apparition, alors que la banale «crève» hivernale emporte entre 250 et 500 000 personnes dans le monde, la plupart déjà malades ou affaiblies. Soit près de cent fois plus!

Passons sur le gâchis financier. L’Etat protecteur a dépensé 84 millions pour ses commandes à Novartis et à Glaxo. Le détail des contrats est gardé secret. La facture totale prévue, avec le coût de la vaccination, les hospitalisations envisagées et la campagne de prévention, sera de 130 millions. Problème: quand le branle-bas a été donné, les experts pensaient qu’il faudrait deux doses par personne, or il s’avère qu’une suffit. Mais que diable fera-t-on des surplus?

Chaque matin, les responsables de ces grandes manœuvres scrutent le ciel, espèrent le coup de froid, guettent les éternuements… Pourvu que cette satanée infection frappe fort et précipite enfin tous ces inconscients chez leur médecin!

Ne vous avisez pas d’ironiser sur ce zèle fédéral. L’officialité brandira le fameux principe de précaution. Selon lequel l’absence de certitudes ne doit pas empêcher de prendre des mesures contre un possible dommage. En l’occurrence, cette pseudo-sagesse protège surtout les responsables politiques. Plus qu’aux malades putatifs, ceux-ci pensent d’abord à eux, cherchent à se mettre à l’abri du reproche d’inaction au cas où l’affaire tournerait mal.

Le chroniqueur de France Inter Philippe Meyer a eu cette belle formule: «Le principe de précaution est le fanatisme des poltrons.» Il fit bien rire ses auditeurs en dressant le florilège des prévisions des «experts» qui tentaient déjà de nous épouvanter avec la grippe aviaire.

La Suisse a aussi ses oiseaux de malheur. Quelqu’un, à la banque Bordier, a pianoté sur sa calculette. Imaginant que 25% de la population active allait être absente du travail pendant vingt-cinq jours, ce qui coûterait six milliards de francs à l’économie suisse, soit 1,08% du produit intérieur brut. Cette prévision masturbatoire a été publiée avec le plus grand sérieux. Les psychiatres se penchent-ils sur le plaisir que prennent certains à faire peur?

On a rarement connu une telle pandémie… de bobards. Qui avait intérêt à bombarder la planète de telles prévisions catastrophistes?

En premier lieu, l’Organisation mondiale de la santé. Sa directrice chinoise, contestée pour sa gestion, a pu se frotter les mains: vu la prétendue urgence, plus personne n’a parlé des problèmes internes de l’institution. Celle-ci a renforcé sa notoriété et décroché ainsi des financements précieux. Ensuite, les laboratoires pharmaceutiques qui ont sauté sur l’aubaine et du coup, enregistrent des résultats florissants.

Bien des gouvernements ont aussi tiré leur épingle du jeu. Par la rigueur de sa réaction initiale, celui du Mexique a donné une image de sérieux. Bien d’autres, par leur activisme, ont pensé se faire ainsi bien voir. Le cas de l’Argentine est aussi intéressant: alors que ses dirigeants étaient dans une mauvaise passe politique, ils ont poussé des hauts cris face à la maladie qui ont éclipsé tous les sujets plus gênants. Alors que la grippe n’y a guère été plus méchante qu’ailleurs.

Dans nombre d’entreprises, les services du personnel étaient ravis de trouver là une façon de se donner de l’importance. Ils ont multiplié les séances, les plans de crise… comme ils l’avaient fait en vue du bug informatique bidon de l’an 2000.

Enfin, les médias ont été tout heureux de tartiner sur un sujet censé intéresser tout un chacun. En abandonnant – L’Hebdo a heureusement fait exception! – toute mesure et tout sens critique.

Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d’informations complémentaires.

On a rarement connu une telle pandémie… de bobards.




Tags: Jacques Pilet, pandémie, grippe A,

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