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Par Cyril Jost - Mis en ligne le 22.02.2012 à 11:01 |
Le 11 mars, les Suisses voteront sur l’initiative de Franz Weber visant à limiter les résidences secondaires à 20% par commune. L’éventualité d’une acceptation a déclenché une vive polémique en Valais, où les autorités craignent un «gel complet» du canton. Peter Bodenmann se réjouit que le problème des lits froids fasse enfin l’objet d’un large débat. Qu’allez-vous voter à propos de l’initiative de Franz Weber? Oh, je dois encore réfléchir (rires)! Vous n’avez pas d’avis sur la question? L’initiative n’est pas bien formulée. Cela dit, il faut partir de l’idée qu’elle sera acceptée. Qu’est-ce qui vous fait dire cela? Cette initiative me fait penser à l’initiative des Alpes (visant à limiter les effets négatifs du trafic de transit, approuvée en votation populaire en 1994, ndlr). Elle fédère bien au-delà de la gauche et des Verts, en séduisant aussi ceux qui n’aiment pas les étrangers et ceux qui aiment la patrie. Bref, elle plaît aux conservateurs de tous bords. En quoi l’initiative est-elle mal formulée? J’ai entendu la cheffe de campagne, Vera Weber, faire une distinction entre la parahôtellerie, où les appartements sont reloués, et les résidences secondaires qui ne sont pas relouées à d’autres. Alors je lui ai demandé si l’esprit de son initiative admet la construction de nouvelles résidences secondaires destinées à la relocation. Elle m’a confirmé que oui. Dans ce cas, il faut admettre que l’initiative laisse une très grande marge d’interprétation au législateur. En cas d’acceptation, les opposants pourront construire de nouveaux appartements destinés à la location. Ils devraient dire merci à Vera Weber d’avoir dit une chose pareille. Mais dites-nous: êtes-vous pour ou contre cette initiative? Le problème n’est pas cette initiative. Elle sera peut-être acceptée, elle poussera dans la bonne direction, mais elle ne résout rien. Le problème, c’est qu’à Crans-Montana, par exemple, vous avez une station avec 40 000 lits dont la plupart sont froids à longueur d’année. Parallèlement, les prix dans cette station sont beaucoup trop élevés pour qu’une famille puisse y passer une semaine de vacances de ski. Quelle est votre solution? L’idée que je soutiens depuis quelques années avec Art Furrer, l’hôtelier de Riederalp, est la suivante: il faut obliger les propriétaires d’hôtels et d’appartements à acheter des abonnements de saison des remontées mécaniques qui soient librement transmissibles. A Crans-Montana, on pourrait imaginer que chaque propriétaire doive acheter un abonnement pour trois lits, disons à 3500 francs l’unité. Cela donnerait des moyens formidables aux entreprises de remontées mécaniques pour se développer. Par la même occasion, un propriétaire Turinois qui a 8 lits devra acheter pour 10 500 francs d’abonnements par an: il aura donc une incitation beaucoup beaucoup plus forte à relouer son appartement ou à le vendre. Cela fera baisser les prix et attirera de nouveaux clients.
«IL FAUT OBLIGER LES PROPRIÉTAIRES À ACHETER DES ABONNEMENTS DE SAISON LIBREMENT TRANSMISSIBLES.»
Le Conseil d’Etat dit que le Valais n’a pas attendu Franz Weber pour s’attaquer au problème des lits froids… Regardez à quel point la situation s’est dégradée. A Saas Fee, les recettes des remontées mécaniques ont chuté de 20%. A Bellwald, le président des remontées mécaniques tire la sonnette d’alarme depuis longtemps. On voit bien que le modèle actuel n’est pas bon du tout. Il faut trouver le moyen de faire bouger les gens. Y a-t-il de bons exemples à suivre? Zermatt est sur la bonne voie. Au Conseil communal, la majorité des gens sont des hôteliers. L’hôtellerie y est intacte, le nombre de lits d’hôtels a même augmenté. A Crans-Montana, il a baissé de 5500 à 2200. En tant qu’hôtelier, vous prêchez pour votre paroisse? Vous savez, je travaille surtout avec des autocaristes allemands, hollandais et français, dans un secteur qui est peu touché par ces questions. Brigue est une des rares communes valaisannes où le nombre de résidences secondaires est largement en dessous de 20%. Et personne ne veut y construire de nouveaux appartements de vacances.
PROFIL-PETER BODENMANN Président du Parti socialiste suisse entre 1990 et 1997, l’ancien conseiller national âgé de 59 ans dirige aujourd’hui le Good Night Inn à Brigue. Il signe régulièrement des chroniques dans différents médias, dont L’Hebdo.
SI L'INITIATIVE PASSE...Les propriétaires peuvent se rassurerL’initiative lancée par l’écologiste Franz Weber et sa fille Vera ne précise pas si, dans les communes où le taux de 20% est déjà dépassé, on pourra revendre une résidence secondaire en tant que résidence secondaire. Cheffe de campagne des initiants, Vera Weber confirme: «Notre initiative ne vise que les nouvelles constructions. Une résidence secondaire existante n’est pas concernée. Par ailleurs, nous souhaitons que quelqu’un qui hérite de la résidence principale de ses parents puisse la transformer en résidence secondaire.» |









