GRACE ET DISGRACE
Le plan B, nouvelle tarte à la crème

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 26.09.2012 à 13:19

«Il n’y aura pas de plan B», dit aux Allemands Michael Ambühl, notre secrétaire d’Etat chargé des questions financières et fiscales, suivi par Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers. Alors qu’à Neuchâtel, les opposants victorieux au Transrun s’étonnent que le Conseil d’Etat n’ait pas prévu un de ces fameux «plans B».

Le plan B est devenu, depuis le vote français de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, la tarte à la crème de l’argumentaire politique.

Si l’Allemagne ne ratifie pas Rubik, ou si le peuple suisse refuse in fine celui-ci par référendum, il faudra bien remettre l’ouvrage sur le métier, peut-être pas à court terme, mais certainement d’ici à deux ou trois ans. Il serait toutefois suicidaire de le reconnaître maintenant. De même, il ne faut pas accabler plus encore le Conseil d’Etat neuchâtelois: il a porté un projet de RER, issu de l’étude fine de diverses variantes. C’est la loi de la démocratie que de demander aux citoyens de dire oui ou non. Avanceraiton beaucoup mieux en demandant au peuple de se prononcer sur des variantes? Intellectuellement, l’idée est séduisante: le plan de quartier de Bussigny, avec ou sans la tour? Le Transrun brut entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, avec ou sans lignes de bus l’alimentant? Mais on viendrait ajouter de la complexité là où on demande justement aux responsables politiques d’arriver avec des idées claires aux conséquences chiffrées... l’inertie serait programmée.

La possibilité d’un plan B alimente le confort intellectuel d’opposants qui n’ont pas d’arguments très solides à faire valoir et qui se révèlent bien incapables, une fois la victoire acquise, d’esquisser la plus minime idée de solution au problème posé.

Il est utile de se souvenir que la notion de «plan B» nous vient des militaires. Face à l’ennemi, les stratèges se devaient de disposer de plusieurs options selon le déroulement des hostilités. Sous son règne, Maggie Thatcher, de son côté, a abusé du diktat assurant qu’«il n’y avait pas d’alternative», érigeant le fatalisme technocratico- idéologique en dogme absolu.

C’est bien sûr faux. En démocratie, il y a toujours une alternative, c’est même de l’existence d’autres options que les démocraties nourrissent leur supériorité sur les dictatures.

Cette tolérance intrinsèque des démocraties à la contrariété plus ou moins constructive ne doit cependant pas nous faire perdre de vue que les plans B, C, ou D, peuvent être parfois beaucoup moins bons ou profitables que les A.

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