SPEECH DEBELLE
Le poids des maux
Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 01.02.2012 à 12:40
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Trois ans après avoir reçu le Mercury Prize, la rappeuse londonienne revient avec un deuxième album essentiel.
Il suffit de comparer les pochettes et les titres des deux albums enregistrés par Speech Debelle pour comprendre l’évolution de la rappeuse, l’une des voix les plus fortes de la scène hip-hop européenne. Loin des clichés dans lesquels s’empêtrent encore nombre d’artistes urbains, la Londonienne explose le cadre du rap stricto sensu. Sa musique, au-delà des genres et des étiquettes, est simplement l’une des plus pertinentes du moment.
Les pochettes, donc. En 2009, Speech Debelle apparaissait sur son premier album les yeux clos, visage incliné, comme si elle n’osait pas assumer ses textes. L’album s’intitulait d’ailleurs Speech Therapy, thérapie par la parole. Pour la chanteuse, il s’agissait autant d’exorciser son passé, ses démons intérieurs, que de rapper sur ce qui l’entoure, de parler politique et société, de chanter une Angleterre qui a mal à ses acquis. Cet hiver, elle revient avec un second enregistrement qu’elle a baptisé Freedom of Speech. Après la thérapie, la liberté. Et sur la pochette, la voici sûre d’elle, esquissant, main levée, le signe de la victoire.
Conscience sociale. Née Corynne Elliot en 1983 dans les quartiers sud de la capitale anglaise, Speech Debelle aime à la fois Michael Jackson et la poésie. Son père est absent, sa mère la pousse hors de la maison alors qu’elle a 19 ans, l’obligeant à trouver refuge dans des abris pour SDF. De cette époque douloureuse dont elle parlera sur Speech Therapy, elle garde une conscience sociale la poussant à s’engager dès qu’elle le peut dans des projets caritatifs. En 1993, alors qu’elle retrouve sa mère et la stabilité d’un foyer, elle compose ses premiers textes, les met en musique et décide d’aller frapper à la porte du label Big Dada. Lequel la signe sans hésiter. Bien lui en a pris puisqu’en 2009 Speech Therapy obtient le Mercury Prize, le trophée le plus prestigieux de l’industrie musicale british. Autant dire que Freedom of Speech est l’un des disques les plus attendus de ce début d’année.
On en connaissait déjà deux titres, notamment le fantastique Blaze up a Fire et sa rythmique soul, sur les émeutes qui embrasèrent l’Angleterre l’été dernier. Les onze autres plages? Rien à jeter. A l’instar des Américains de The Roots, Speech Debelle mise sur des orchestrations live pour produire un hip-hop qui joue essentiellement sur l’émotion et la mélodie. A l’image de ce groovy I’m With It ou de la superbe ballade Angel Wings, deux morceaux qui résument à eux seuls le génie de l’Anglaise.
«Freedom of Speech». Big Dada/Musikvertrieb. Sortie le 13 février.
Tags: Speech Debelle, Mercury Prize, Corynne Elliott,
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