Le conseiller national Roger Nordmann était invité à Annemasse par son camarade socialiste Guillaume Mathelier, député de Haute-Savoie, pour un face-à-face avec Benoît Hamon, porte-parole du PS français. Le fringant Vaudois disserta sur l’effet politique du nucléaire: puissance du lobby, frein à l’industrie du courant renouvelable, déni des dangers… Il cita les efforts concrets des Allemands pour sortir de cette technologie. Cela déplut à l’éléphanteau rose: «Vous êtes ici en France, lança-t-il, et il faudrait maintenant cesser de montrer l’Allemagne en exemple…»
Cela à la veille d’un festival d’attaques anti-allemandes. Arnaud de Montebourg compare Merkel à Bismarck, évoque un «retour du nationalisme allemand». Jean-Marie Le Guen, député de Paris, rapproche Sarkozy du Daladier au retour de Munich en 1938. Dérapages ou indices d’une aversion longtemps enfouie et soudain attisée?
Sur l’autre rive du Rhin, on la joue en sourdine. Ces provocations n’ont pas fait la une des journaux. Et le vieil Helmut Schmidt, ex-chancelier socialiste, a lancé un appel en faveur d’une attitude à la fois plus modeste et plus souple de son pays dans le débat autour de l’euro.
L’Union européenne, lien de paix entre les belligérants d’hier? C’est une rengaine dépassée, répétait-on, à l’heure où les frontières et les préjugés croisés s’effacent avec la génération nouvelle. Vraiment? Il reste si facile d’attiser la braise nationaliste.
Que l’étroit rapprochement franco-allemand soit une nécessité, qui peut en douter? Et pas seulement pour harmoniser budgets et impôts. Plutôt pour une affirmation commune et forte face au reste du monde.
Encore faudrait-il que Paris et Berlin s’y prennent avec un peu plus de tact. En commençant par impliquer davantage les autres Européens. L’Union européenne, ce n’est pas la Françallemagne. Les exhibitions du couple dit Merkozy, posé en sauveur du monde, deviennent insupportables. Pourquoi lancent-ils en public l’idée d’un nouveau traité avant même d’en avoir débattu avec leurs partenaires? Ils ne font ainsi que les irriter.
Les exhibitions du couple dit Merkozy, posé en sauveur du monde, deviennent insupportables.
Aveuglés par leur présomption, ils semblent ne pas mesurer l’inquiétude qu’ils inspirent à l’ensemble des Européens peu désireux d’être menés à la baguette par ces deux-là. Enfin les deux sœurs devront bien reconnaître leurs faiblesses. La France, elle commence à l’admettre, s’est vautrée dans l’économie à crédit.
A la différence de l’Allemagne qui a certes beaucoup emprunté… pour reconstruire un tiers de son territoire dévasté, pas pour payer les fonctionnaires à la fin du mois. Si la balance commerciale française pèche, c’est parce que gouvernement et patronat ont laissé s’effilocher l’industrie, négligé le tissu des PME, perdu pied sur des marchés d’avenir. Pas seulement par la faute des méchants Chinois!
L’Allemagne, de son côté, a démontré bien des vertus mais n’est pas en tout un modèle à suivre. Elle commence enfin à accepter l’idée d’un salaire minimum. C’est bien tard. Autrefois porteuse d’un modèle social dit rhénan, depuis une vingtaine d’années, elle a laissé se creuser les inégalités.
Bien que les prix et les loyers soient souvent inférieurs à ceux pratiqués chez ses voisins, la pauvreté, chez les travailleurs comme chez les sans-emploi, est une réalité trop vite oubliée. Un coup de pouce aux fiches de paie, une stimulation du marché intérieur profiteraient à tous… et en particulier aux partenaires européens, du moins à ceux capables d’offrir des produits compétitifs.
Et puis il y a dans la diplomatie de Berlin une raideur qui passe mal. Avec ses airs de maîtresse d’école, son manque d’empathie, sa mine butée – alors qu’il lui arrive souvent de retourner sa veste! –, Angela Merkel, en matheuse appliquée, est plus proche de l’esprit de géométrie que de finesse. Ainsi elle n’arrive pas à plaider à la fois pour plus de rigueur budgétaire, plus d’équité sociale et plus de croissance. Grand écart pourtant indispensable.
Plus grave: elle a tenu, au début du psychodrame, des propos méprisants sur les pays du Sud qu’elle ne connaît d’ailleurs pas. Paresseux, les Italiens, les Espagnols, les Portugais? Ils travaillent plus d’heures dans l’année que les Allemands!
Trouver une issue à la crise financière, c’est urgent, d’accord. Mais cesser d’empoisonner le débat avec des clichés imbéciles l’est tout autant.
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