ÉLECTIONS
"Le pouvoir nous fait payer nos mots"
Le 25 octobre, le président Ben Ali sera réélu après une farce électorale, dénonce l’avocate Radhia Nasraoui.
Interdite de sortie du territoire tunisien depuis mardi 20 octobre, l’avocate et militante des droits humains, Radhia Nasraoui, parle de la situation de son pays, à la veille des présidentielles de ce dimanche. Agé de 73 ans, le président Zine el-Abidine Ben Ali se présente à sa propre succession. Pour un cinquième mandat la tête de l’Etat. Quelle est la teneur de la campagne? C’est la terreur! Le pouvoir veut faire taire toute voix discordante. L’opposition légale, tolérée par le régime, est encadrée par la police. Les candidats qui ont obtenu la permission de se présenter font de la figuration. On ne leur laisse aucun espace. Dans les rues, les affiches avec le visage de Ben Ali sont partout. C’est surréaliste. Qu’en est-il des organisations de la société civile? Ces rares organisations sont aussi très contrôlées. Quand le pouvoir ne prend pas la décision de les déclarer illégales... La Ligue tunisienne des droits de l’homme reste, par exemple, entravée dans ses réunions par des policiers qui surveillent son local à Tunis. Jour et nuit. Nous ne pouvons donc pas nous exprimer, ni nous réunir. Pire, ces jours-ci, à mesure que les élections approchent, le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger. Je suis sûr que, en rentrant à Tunis, je me ferai agresser par la police comme lors de mon départ. Quelle est le message de cette société civile? Beaucoup appellent au boycott des élections. Pourquoi participer à une telle farce? Mais, la société civile n’est pas si soudée... Une partie de celle-ci est directement dans les mains du régime. Dans les secteurs qui ne sont pas alimentés par le pouvoir, certains – dont des islamistes – se rapprochent peut-être de Ben Ali. C’est que, dans l’entourage du président, comme son gendre Sakhr el-Materi, on veut récupérer l’islam. Il y a des signes qui ne trompent pas: de plus en plus de gens se réunissent désormais dans les mosquées. C’est le dernier endroit où le pouvoir tolère des rassemblements... «L’OPPOSITION LÉGALE EST ENCADRÉE PAR LA POLICE.»Radhia Nasraoui
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