L'Hebdo;
2000-11-16 Le prince Alex secoue Berne au bois dormant
Elections Dans sa course jubilatoire à l'exécutif de la capitale, le socialiste Alexander Tschäppät horripile les féministes, mais séduit le peuple.
Quand il déboule sur la place Fédérale, à cheval sur une moto aussi rouge que vombrissante, AlexanderTschäppät sait qu'il agace féministes et éco- logistes. Loin de lui l'idée d'en rester là: d'un geste, il retourne sa cravate griffée Dolce & Gabbana pour dévoiler... une femme nue. «Vous savez, au Parti socialiste bernois, être un homme est en soi une provocation.» Macho il est, selon ses camarades, macho il restera. Alexander Tschäppät, 48 ans, président de tribunal et conseiller national, veut entrer au gouvernement de sa ville. Puis, dès que la voie sera libre, devenir maire de Berne, comme papa Reynold le fut de 1966 à 1979. Plus personne ne doute qu'il y parvienne, d'ailleurs. Il a réalisé le meilleur résultat du canton aux dernières élections fédérales: 120 000 citoyens lui ont donné leur voix. Le PS bernois a dû se résigner: son candidat pour le seul poste vacant ne sera pas une femme, mais bien Alex Tschäppät.
Depuis, «drTschäppät», comme on dit au bord de l'Aar, est partout. Sur les affiches électorales bien sûr, mais aussi sur les 10 000 chapeaux arborant le nom «Tschäppu» brodé en lettres d'or qu'il distribue à chaque occasion. De plus, par un heureux hasard de calendrier, les votations sur l'AVS tombent le même jour que les élections bernoises, le 26 novembre. Si bien qu'Alex Tschäppat fait deux campagnes en une puisqu'il est le président de la Société suisse des employés de commerce, à l'origine d'une des deux initiatives pour une retraite à 62 ans. Il est de tous les débats, allant jusqu'à intervenir le même soir dans deux émissions différentes à la TV alémanique. «On ne peut plus m'éviter», s'amuse-t-il. Jolie revanche pour le juge qui, il y a douze ans, s'était vu refuser une place sur la liste des candidats pour le municipal.
Berne doit compter avec cet extraverti. Et c'est tant mieux pour elle. Cité protestante s'il en est, tapissée de discrétion et d'amabilité, elle est en passe de devenir la ville la plus soporifique du pays. Son seul théâtre égrène des productions aussi médiocres les unes que les autres sans que son directeur, élu à vie, en soit inquiété. Le Musée des beaux-arts n'est plus que l'ombre de lui-même, idem pour la Kunsthalle, célèbre du temps où Harald Szeemann y attirait les plus innovateurs des artistes: le premier emballage signé Christo fut le pont du Kirchenfeld!
Sortir de la torpeur
Enfin, le comble pour une ville dirigée par une majorité rose-verte, ses dirigeants ne s'émeuvent pas du fait que les femmes qui travaillent ne trouvent pas de places de crèche pour leurs enfants, sauf les cas sociaux. Leurs trésors d'imagination vont plutôt au triage des ordures ou au choix d'une nouvelle couleur pour les trams: un rouge très audacieux. La force de proposition du gouvernement se concentre sur un point: augmenter les impôts. Les électeurs refusent, mais la responsable des Finances Therese Frösch revient régulièrement à la charge. Une obstination et une interprétation de la démocratie qui laissent pantois. Résultat: la ville se dépeuple, elle perd en moyenne 1000 personnes par année.
Alex Tschäppat ose ce jugement sévère: «La ville de Berne a le plus mauvais gouvernement depuis trente ans. Et la gauche n'a plus d'idées nouvelles.» Il prédit d'ailleurs des frictions au sein de l'exécutif, lui qui rêve de grandeur, souhaitant que Berne ne parle pas seulement économies, mais aussi investissement dans la création artistique, les festivals. La capitale, promet-il, sera la meilleure ville d'Europe, et pas seulement pour sa qualité de vie et son air pur. Le politicien veut irriguer ce terrain fertile qui a vu éclore Bernhard Luginbühl, Markus Raetz ou Franz Gertsch. «Berne ne sera jamais une capitale économique, notre vocation est culturelle.» Pour dessiner une ville à son image, gageons que «drTschäppät» n'hésitera pas abuser de son charme pour circonvenir ses collègues.
Catherine Bellini
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