La Suisse est un pays qui se lève tôt mais qui se réveille tard. La célèbre formule sied à merveille aux cleantechs, ces technologies, processus de fabrication et services qui contribuent à protéger et préserver les ressources et les systèmes naturels.
«Après un boom prometteur dans les années 90, la Suisse a perdu du terrain durant cette dernière décennie (...) Il importe de renverser cette tendance.» Doris Leuthard, présidente de la Confédération
Comme l’a reconnu tout récemment Doris Leuthard, présidente de la Confédération, «après un boom prometteur dans les années 90, la Suisse a perdu du terrain durant cette dernière décennie (...) Il importe de renverser cette tendance.»
La conseillère fédérale introduisait ainsi un Masterplan Cleantech en Suisse publié le 11 octobre dernier, après l’éclosion, en seulement quelques mois, d’un impressionnant parterre d’initiatives destinées à renforcer les technologies propres aux couleurs les plus éclatantes: Cleantech Fribourg, CleantechAlps (cluster pour la Suisse occidentale), Cleantech pour Genève et la Suisse occidentale, Zurich Green Region, I-net Basel-Technologies vertes et Cleantech Switzerland pour les marchés destinés à l’exportation.
La cause est entendue. La Suisse s’est enfin réveillée. Reste à savoir si elle a vraiment mis les moyens pour rattraper le temps perdu.
L’enjeu planétaire des cleantechs est considérable. Pour l’ensemble des Etats, il s’agit non seulement de faire face au changement climatique en cours et aux graves atteintes faites à l’environnement mais aussi de garantir un minimum d’autonomie énergétique.
Dans dix ans, les cleantechs devraient représenter jusqu’à 6% du volume de l’ensemble des activités économiques mondiales avec un marché estimé à près de 2900 milliards de francs.
Selon l’agence Bloomberg, les Etats-Unis ont investi l’an dernier l’équivalent de 66 milliards de francs dans les cleantechs, la Chine – qui produit déjà 45% des panneaux solaires dans le monde – 47 milliards, la Corée du Sud 28 milliards et l’Union européenne 13 milliards. En Suisse, les investissements publics en faveur des cleantechs ne se déclinent qu’en petites dizaines de millions.
De l’audace. La Suisse ne part évidemment pas de zéro. Son secteur des technologies propres emploie actuellement environ 160 000 personnes offrant une valeur ajoutée qui représente 3 à 3,5% du PIB.
Autant que le secteur du tourisme! Des centaines d’entreprises, essentiellement des PME et des start-up, sont concernées. Personne ne connaît précisément leur nombre: les plateformes récemment créées ont notamment pour mission de les recenser et d’augmenter leur visibilité.
La tâche n’est pas aisée car il est désormais de bon ton d’afficher une couleur cleantech. Eric Plan, secrétaire général de la plateforme CleantechAlps qui réunit les cantons de Suisse occidentale (Suisse romande plus Berne), distingue trois catégories: les sociétés visant l’image cleantech (si 10% de leurs activités le sont réellement), celles qui sont en transition (30% de leurs activités) et les sociétés authentiquement cleantechs (100%).
«Les bons projets trouvent de l’argent», notamment auprès de fonds comme Emerald Ventures, à Zurich, estime Eric Plan. «Encore faut-il que les entrepreneurs soient en mesure de présenter aux investisseurs potentiels un prototype industriel qui fonctionne. Les plateformes comme la nôtre peuvent les y aider.»
Dans son projet d’un «pôle d’excellence cleantech à Genève et en Suisse occidentale», Claude Béglé prévoit la mise en place d’un incubateur à Plan-les-Ouates (GE) pour aider le passage délicat entre innovation et création d’entreprise, en accompagnant entre 10 et 20 projets.
Prônant «le sens de l’audace», l’ex-président de La Poste estime que cet incubateur devrait «travailler en réseau et collaborer notamment avec le parc technologique de Zhangjiang à Shanghai ou la Silicon Valley».
Vladimir Mange, responsable de Cleantech Fribourg, estime que «Béglé a raison. La Suisse est trop petite. Si elle veut lutter à armes égales avec les autres pays, elle devra lancer un signal beaucoup plus fort et plus rapide.»
L’urgence d’une coordination. La légendaire prudence de la Suisse et son grand amour pour le fédéralisme pourraient bien lui jouer des tours. Face à des Etats qui concentrent leur force de frappe dans les cleantechs, chaque canton ne peut se permettre de tirer la couverture à lui.
L’éparpillement des plateformes, auxquelles il faut ajouter les offices fédéraux de l’énergie et de l’environnement ainsi que les lobbies associatifs, ne plaide pas en faveur d’une efficacité exemplaire.
«Il y a urgence à coordonner tous ces mouvements. Si l’on ne met pas d’ordre dans la maison, il ne se passera rien», prévient Pierre Renaud, directeur de la société d’ingénieurs-conseils Planair à La Sagne (NE).
Concernant le financement des cleantechs, le nerf de la guerre, le regard des industriels est significatif. «On pourrait faire mieux. Certains entrepreneurs qui ont d’excellentes idées ne reçoivent rien du tout», observe Adrian Riedo, responsable de Riedo Networks à Guin (FR), petite société fondée en 2005.
«Il faudrait encourager tous ceux qui prennent des risques financiers et qui engagent leurs propres ressources, par exemple en doublant la mise», poursuit Walter Thut, fondateur de Planet Horizons Technologies, à Sierre (VS).
Aide publique en déclin. En Suisse, ce sont principalement l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) qui font réaliser dans le domaine des cleantechs des mandats de recherche par des hautes écoles ou des entreprises.
Le Conseil fédéral a cru judicieux de proposer au Parlement de biffer une aide annuelle de 4,4 millions octroyée par l’OFEV directement aux entreprises, pour les années 2011 à 2013 (lire L’Hebdo du 10 juin 2010, page 22).
Les parlementaires peuvent encore annuler cette mesure qui ne cadre pas vraiment avec la volonté affichée de soutenir les technologies propres. Quant à l’OFEN, ses budgets pour la recherche énergétique (20 millions en 2010) et pour des projets-pilotes et de démonstration (5 millions) seront encore réduits dès 2013.
Restent le Fonds national suisse (FNS) et surtout la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) qui soutient la collaboration en matière de recherche entre les hautes écoles et les entreprises. En 2009, la CTI a encouragé 46 projets R&D en relation avec les cleantechs pour un montant de 17,2 millions.
Fondateur de la société Domteknika, à La Neuveville, qui développe notamment des véhicules électriques, Jean-Luc Thuliez critique vertement les subsides de la CTI, «cette manne universitaire qui sert uniquement à financer de la recherche fondamentale et certainement pas un projet industriel».
Cet entrepreneur qui vient de se tourner vers un grand groupe français affirme «avoir abandonné l’idée de recevoir de l’aide en Suisse».
Sans se prononcer sur ce dossier, Michael Grätzel, professeur à l’EPFL et expert de l’énergie solaire, souligne que les soutiens de la CTI sont bien destinés aux entreprises et qu’ils intègrent des critères à la fois scientifiques et économiques.
Conscient toutefois d’une ruée de la demande qui laisse maints entrepreneurs sur leur faim, Michael Grätzel plaide en faveur «d’une CTI spécialement dédiée aux cleantechs».
L’idée séduit aussi l’ingénieur Pierre Renaud qui considère qu’un fonds cleantech, dont le règlement serait différent de celui de la CTI, devrait recevoir au moins 100 millions par année. «Sinon, le jeu n’en vaut pas la chandelle.»
Pour continuer à fleurir, il est clair que le printemps des cleantechs devra encore être bien arrosé et ses jardiniers sont invités à collaborer entre eux le plus étroitement possible.
Vue d'ensemble des principaux instituts, incubateurs et entreprises Cleantechs en Suisse

Mobilité
Domteknika, La Neuveville.
Entreprise de développement fondée en 1998 et active dans l’électroménager et le médical, Domteknika développe des véhicules électriques ultralégers conçus pour être peu polluants durant tout leur cycle de vie.
Elle est dirigée par l’ex-ingénieur impliqué dans la Swatchmobile Jean-Luc Thuliez. Dix ingénieurs travaillent jour et nuit pour sortir en août 2011 les 10 premières UPGO, 4 places, 400 kg, à un prix inférieur à 16 000 francs (avec batterie).
Eau
Planet Horizons Technologies, Sierre.
Cette jeune société issue du Technopôle de Sierre produit et distribue des technologies pour l’eau potable et industrielle. Avec un chiffre d’affaires en hausse de plus de 50% en 2009 et 2010, Planet Horizons vit une phase de rapide expansion.
L’entreprise emploie dix personnes à Sierre. Fondée par Walter Thut, qui la dirige, elle vient de breveter un nouveau procédé qui élimine et prévient l’entartrage et la corrosion des conduites d’eau potable dans les bâtiments industriels ou d’habitation.
Cycle de vie
Quantis, Lausanne.
Spin-off de l’EPFL créée en 2006, la société s’est spécialisée dans l’analyse du cycle de vie de produits et d’entreprises et de leurs impacts sur l’environnement. Sous la conduite d’Yves Loerincik, les 45 collaborateurs de Quantis viennent de commercialiser un logiciel permettant aux entreprises de réaliser l’écobilan de leurs activités.
Ils développent aussi une base de données afin d’intégrer l’empreinte eau dans ce logiciel. La société s’est récemment dotée d’une holding unissant son siège du parc scientifique de l’EPFL et ses bureaux canadien, américain et français.
Solaire
Sputnik Engineering, Bienne.
Sous la marque SolarMax, la société conduite par Christoph von Bergen conçoit, produit et commercialise des onduleurs solaires. Composants essentiels des systèmes photovoltaïques, ces derniers transforment le courant continu produit en courant alternatif conforme au réseau de distribution.
Sputnik Engineering emploie 330 collaborateurs, au sein de son siège à Bienne (BE), dans ses filiales étrangères en Allemagne, Espagne, Italie et France ainsi que dans ses succursales belge et tchèque.
Bâtiment
Riedo Networks, Guin.
Après avoir œuvré pour le compte d’entreprises comme Logitech sur la base de mandats, Adrian Riedo et son collaborateur ont décidé de développer leurs propres produits dès 2008. Leur dernière invention assurant une meilleure gestion de la consommation électrique des éclairages publics a séduit le jury du prix Cleantech Fribourg.
En Suisse, l’éclairage public représente 1,5% de la consommation électrique totale. Riedo Networks a également mis au point un système de mesure de la consommation d’énergie dans les centres de calcul.
Déchets
Sebeco, Genève.
Pionnière dans le recyclage et le transport des déchets, cette société dirigée par Bernard Girod a été fondée en 1977. Serbeco n’occupait alors que quatre personnes chargées de récupérer le verre de bouteilles.
Aujourd’hui, ses 65 collaborateurs recyclent des matières qui échappent ainsi à l’incinération (bois, PET, verre, papier, déchets de chantier, etc.) Son dernier objectif: améliorer le taux de recyclage de ses installations. La société a créé la filiale ED Energie durable, qui gère des installations clés en main de chauffage collectif par biomasse.
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