On n’arrête pas l’internet. La semaine dernière, les sites de 24 heures, de la TSR et du Matin, via Twitter, ont retranscrit quasiment minute par minute les péripéties du procès de triple homicide qui s’est joué «à guichets fermés» devant le Tribunal criminel de Lausanne.
A lui seul, le quotidien vaudois a fait un tabac avec 15 000 consultations par jour. Enorme, même si une personne peut avoir cliqué dix fois durant la même journée.
Ce n’est pas encore le spectacle de Douze hommes en colère, ce drame américain qui montre l’évolution d’un jury face au sort d’un accusé portoricain présumé parricide, mais c’est une nouveauté pour les juges suisses: «C’est la première fois que je vois ça, s’est exclamé Me Pierre de Preux, l’un des deux avocats genevois de François L. J’ai été soufflé d’entendre l’un des neveux Légeret émettre des doutes sur le témoignage de la vendeuse qui témoignait avant lui.»
Rien n’indique toutefois que le témoin ait consulté l’internet dans la salle d’attente, où il attendait son tour. Ses doutes pouvaient être motivés par des interviews données à la TV romande.
Un premier pas vers la TV dans la salle? Le ver est dans le fruit et pourrait donner des idées de recours aux avocats de la défense, si leur client venait à être condamné, le 18 mars: «François L. attend son acquittement, non sa condamnation. Le moment n’est pas aux spéculations sur les moyens d’un recours», s’exclame Me de Preux. L’avocat qui défend l’accusé avec Me Robert Assaël ne conteste pas le principe d’une couverture plus complète des débats: «Jusqu’à présent, le public n’était informé que par les comptes rendus d’audience. Je n’ai rien contre ce nouveau procédé. Du point de vue de la publicité des débats, l’idéal serait de placer micros ou caméras à même la salle. Il n’y aurait pas de distorsion possible. Le journaliste peut avoir un oubli, un instant de torpeur ou avoir mal compris un propos. Mais il est à craindre que les témoins soient “pollués” par ce qu’ils ont appris.»
Dans la pratique actuelle, beaucoup d’efforts sont mis en œuvrepour que les témoins ne soient pas tenus au courant des déclarations des témoins précédents. Au pays des Douze hommes en colère, on enferme les jurés dans une pièce dont ils ne peuvent sortir avant d’avoir pris leur décision à l’unanimité. La procédure pénale vaudoise est différente, mais elle veut aussi que les témoins soient isolés avant leur comparution. En principe, la personne citée à la barre ne connaît pas les questions à l’avance. Dès lors, la direction de l’Ordre judiciaire vaudois se tâte: «Ce n’est en tout cas pas interdit, mais nous allons devoir faire le point sur cette nouveauté.»
Prouver l’influence. Pour qu’un vice de forme puisse être pris en compte, il faudrait prouver que cela a pu avoir une influence sur le déroulement du procès. Professeur de procédure pénale à l’Université de Lausanne et… ancien défenseur de François L., Me Laurent Moreillon n’y voit pas un bouleversement.
Les juges pourraient n’accepter que des journalistes accrédités ou déconnecter le wifi: «Cette forme très achevée d’exercice de la liberté de presse ne doit pas être redoutée, estime aussi Me de Preux. Pour autant que les précautions soient prises pour préserver la fraîcheur des témoignages, l’indépendance et l’impartialité des juges, ce qui est encore plus vrai dans notre système actuel de cour avec jury. En 2011, avec l’introduction du code de procédure unifié, il n’y aura plus de jury, mais d’ici là se tiendra à Genève le long procès de la BCGe, devant une cour avec jury. Les mesures adéquates doivent être envisagées.» De quoi donner des idées aux quotidiens du bout du lac?
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