Le producteur sanglant
Phil Spector. Alors que commence son second procès, portrait d’un producteur au génie éclatant et à la folie meurtrière.
Los Angeles, 3 février 2003. Au petit matin, un coup de feu retentit dans un quartier huppé. Les mains ensanglantées, un homme à la chevelure folle balbutie: «Je crois que je viens de tuer quelqu’un.» Couchée sur un fauteuil, une femme de 40 ans repose dans sa maison, le crâne transpercé d’une balle. Le fait divers pourrait être aussi banal que morbide. Mais l’homme aux mains rouges, c’est Phil Spector, ancien producteur aux doigts d’or, mythe des sixties. Génie malade. Acquitté l’année dernière par défaut d’unanimité du jury, celui qui fut le producteur des Beatles est de retour, cet automne, dans le box des accusés, pour un procès qui captive les gazettes people, au point de forcer le juge à bannir les projecteurs de la salle d’audience.
Coiffé de perruques délirantes, Phil Spector, 68 ans, clame son innocence, faisant de la victime Lana Clarkson une suicidée. Difficile de le croire. Les faits plaident contre lui et son passé n’arrange rien. Le producteur légendaire est aussi connu pour son travail que pour sa folie. Côté face, il a inventé un son – le Wall Of Sound – transformant la pop en symphonie. Côté pile, il a canardé le plafond du studio de John Lennon, planté un flingue dans la nuque de Leonard Cohen, tenu en joue les Ramones.
Génie dérangé, Spector n’a pas survécu à l’avènement d’un rock nouveau, du heavy au punk. Exclu des paillettes, il s’est reclu dans un château, isolé à la manière d’un Howard Hugues, misanthrope se repassant indéfiniment Citizen Kane d’Orson Welles. Jusqu’à disparaître du monde des vivants pour se figer entre deux pages de la grande histoire du rock, de Be My Baby à Bohemian Rhapsody. Ou dans la colonne des faits divers aujourd’hui, risquant quinze ans de prison. Quatre murs comme dernière demeure pour le bâtisseur du mur du son.
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