ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

La chronique de Jacques Pilet
Le puzzle arabe tremble

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 18.01.2012 à 13:33

Le cynisme du pouvoir de Damas est sans bornes. L’horrible embrouille de Homs que raconte l’envoyé spécial de L’Hebdo, Patrick Vallélian, rescapé de l’attentat, en témoigne (lire en page 12 de l'édition papier).

L’indignation est légitime. Elle ne saurait pourtant dispenser de l’analyse froide d’un méli-mélo géostratégique lourd de conséquences. Pour les opinions occidentales, la région est secouée par deux conflits: les démocrates contre les autocrates, les musulmans contre les autres religions. En y regardant de plus près, c’est un peu plus compliqué.

Les révoltés de Syrie réclament-ils une démocratie telle que nous l’entendons avec la pluralité des partis et le respect des minorités? C’est ce que veulent certains d’entre eux: une minorité. Mais foin d’angélisme: la vague de fond part des mouvances islamiques, plus précisément sunnites, dont le projet n’est pas précisément la liberté à l’occidentale. Elles se dressent contre un régime qui les a réprimées avec violence. Un clan basé sur la minorité alaouite (branche du chiisme) qui par ailleurs a protégé les chrétiens, dont beaucoup sont partis mais dont beaucoup sont arrivés en fuyant l’Irak… et même les quelques centaines de juifs qui n’ont pas émigré en Israël. A ces populations s’ajoutent des laïcs, des femmes modernes, les bénéficiaires du pouvoir, les flics innombrables, les commerçants aspirant d’abord au calme, les dirigeants des entreprises associées à l’Etat: cela fait du monde. Au moins la moitié des 23 millions de Syriens, si elle ne soutient pas activement Assad, ne souhaite pas sa chute. Par peur de ce qu’il adviendra ensuite. Or, tout indique que tôt ou tard, le régime tombera… et que les Frères musulmans sortiront gagnants du bain de sang.

 

Tout indique que tôt ou tard, le régime tombera… et que les Frères musulmans sortiront gagnants du bain de sang.

 

L’appui aux révoltés qu’apportent les pays du Golfe, du Qatar notamment avec la télévision Al Jazeera, n’est pas sans arrière-pensée. Tels catholiques et protestants d’autrefois, les sunnites détestent les chiites (15% des musulmans dans le monde dont 90% en Iran). La montée en force de Téhéran les effraie. Du coup, les dirigeants arabes voient dans la lutte contre la dictature syrienne un moyen d’affaiblir le rival perse associé à elle. Dans une alliance de fait avec les Etats-Unis qui ne cachent pas leur désir d’en finir avec les mollahs iraniens.

Mais en déplaçant les pièces du puzzle, c’est tout le paysage de la région que l’on fait trembler. Le Hezbollah d’obédience chiite qui dirige le Liban avec une fraction chrétienne a du souci à se faire. Un signe minuscule du désarroi. Des bombes ont éclaté à Tyr (Sud-Liban) dans des commerces vendant de l’alcool. La TV a donné aussitôt la parole aux victimes et plaidé pour la tolérance. Suggérant que ce ne sont pas des chiites qui ont fait le coup mais des sunnites, peut-être sous le label d’al-Qaida. Le pays des cèdres, au carrefour de tous ces courants, redoute autant ou même plus le séisme d’une guerre entre musulmans qu’une nouvelle agression israélienne.

Mais au-delà de ces déchirements fratricides, une perspective se dégage. Le monde musulman, de l’Atlantique jusqu’au bout de l’Asie, se détache de l’ère postcoloniale, des modèles occidentaux. Même si une large frange de ses sociétés surfe sur l’internet, espère voyager, étudier, et consommer à notre manière.

Les Arabes attribuent l’origine de leurs maux aux tutelles anciennes (ottomane, européenne, américaine), aux déboires du «nationalisme arabe» à l’époque de la rivalité Est-Ouest, au conflit israélo-palestinien. Avec l’émergence de régimes islamiques – plus ou moins modérés, là n’est pas la question – ce pan du monde est placé devant un défi historique: comment entrera-t-il dans la modernité et laquelle? Comment les pouvoirs d’inspiration religieuse répondront-ils aux attentes concrètes des peuples? Choisiront-ils la voie des affrontements ou des maturations lentes?

Pour nous, Européens, démocrates, rien ne sert de pousser des hauts cris ou, pire, de concocter des plans belliqueux avec les faucons américains et israéliens. Nous ne modèlerons plus le Moyen-Orient comme autrefois. C’est l’appétit matériel et culturel des générations montantes qui contraindra les dirigeants de ces pays – Syrie de demain comprise – à dépasser les archaïsmes. A trouver leur place dans le monde autrement qu’en brandissant le Coran.




Tags: Damas, révolution arabe, monde musulman, révoltés,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
L'hélicoptère avait touché un câble avant le crash
L'hélicoptère a vraisemblablement heurté un cable (archives). Keystone
L'hélicoptère qui s'est écrasé jeudi soir dans l'Oberland bernois a vraisemblablement heurté un câble avant l'accident, selon les premiers éléments...


ACTUALITÉ
 Syrie: Au cœur du piège de Homs
«Nous voulons que l’armée syrienne nous protège des terroristes.» Un slogan brandi par des partisans de l’armée à Homs. Photo Caroline Poiron
Boum. Une détonation puissante secoue le quartier alaouite de New Akrama, à deux pas de l’Université de Homs. Il est...
ACTUALITÉ
 Transport RER: Big bang romand à Neuchâtel
C’est écrit en page 2 de l’ample rapport qu’il consacre à son projet d’Agglomération et de RER. Le Conseil d’Etat...
ACTUALITÉ
 Lanceurs d'alerte: De la fine ligne qui sépare le mouchard du juste
Jean-Charles Rielle (Affaire Rylander), W. Mark Felt (Watergate) et Christopher Chandiramani (Credit Suisse-Swissair). Photo Christian Brun/Keystone, Keystone, Nell Andris RDB/Illustré
«La bouche de lion». C’est le nom de la boîte aux lettres qui, au Palais des Doges de Venise, permet...
ACTUALITÉ
 Lanceurs d'alerte: Ces parias en Suisse
Aux Etats-Unis, ce sont des héros. En Suisse, des parias. Les donneurs d’alerte – ou whistleblowers comme on les appelle...
ACTUALITÉ
 La lettre ouverte de Peter Bodenmann à Reto T.
Cher lanceur d’alerte Reto T., Nous ne vous connaissons pas encore, bien que nous en sachions toujours plus sur votre compte....
ACTUALITÉ
 La chronique de Christophe Passer: Mark Muller et la morale à deux balles
Je suis de plus en plus embêté avec la morale. J’observe qu’elle a bon dos, cette brave fille, et qu’elle...
ACTUALITÉ
 Contre-temps: Au clair de la lune...
Intrinsèquement lié à la mesure du temps, l’affichage des phases de lune apparaît dès les premières grandes horloges du Moyen...
ACTUALITÉ
 Ne partons pas fâchés
Nous nous sommes jetés sur l’idylle supposée entre Gad et Charlotte comme la pauvreté sur le monde. Je dis nous...
ACTUALITÉ
 Point Final: La vierge fait du marketing
Large et souveraine, elle veille sur la vallée qui grimpe de Wengen vers la Petite Scheidegg, lovée sous une tendre...