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RUEDI NOSER. A l’heure où le PLR doit choisir entre deux entrepreneurs, le conseiller national fait figure d’iconoclaste face à l’orthodoxe Johann Schneider-Ammann.
Daniel Rihs / Pixsil

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Ruedi Noser
Le réformiste iconoclaste

Par Michel Guillaume, Patrick Vallélian - Mis en ligne le 25.08.2010 à 10:37

Candidat au Conseil fédéral, l’entrepreneur zurichois se bat pour figurer sur le ticket libéral-radical. Mais son étoile a singulièrement pâli au sein du groupe.

D’abord, le Conseil fédéral a besoin d’un «politicien ayant l’expérience d’un entrepreneur». Et ensuite d’une personnalité indépendante d’esprit. En deux phrases bien enlevées, le candidat libéralradical zurichois Ruedi Noser a souligné sa différence par rapport à ses deux principaux rivaux dans la course à la succession de Hans-Rudolf Merz: la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, d’une part, conseillère d’Etat depuis dix ans, et de l ’autre le patron de Langenthal Johann Schneider-Ammann, la voix d’economiesuisse en tant que viceprésident de cette association bien décidée à mieux se faire entendre au sein du gouvernement.

DEVENU CANDIDAT AU CONSEIL FÉDÉRAL, RUEDI NOSER S’EST ASSAGI. IL A ÉDULCORÉ SON DISCOURS.

Dans le monde gris souris de la politique fédérale, Ruedi Noser détone. Ses adversaires les plus redoutables ont tous annoncé leur candidature lors d’une conférence de presse bien orchestrée par leur parti cantonal. Lui pas. Un bref communiqué, rien de plus. Certains y ont vu un dilettantisme coupable de la part d’un politicien que ses détracteurs qualifient d’«insaisissable, de chaotique, voire de naïf».

Sourire désarmant aux lèvres, Ruedi Noser ne répond pas à ces critiques. «Je mène cette campagne tout seul», préciset-il. De toute façon, il n’a pas grand-chose à perdre. «Même s’il échoue, il se sera fait connaître de tous. Un peu comme Christian Luscher lors de la succession Couchepin», explique un de ses proches.

Ascenseur social. Une candidature alibi que la sienne? Ruedi Noser balaie la question d’un revers de la main: «Je me lance parce que je crois pouvoir apporter beaucoup au Conseil fédéral et à mon pays.» Son atout majeur? Il sait fixer les priorités: «En tant qu’entrepreneur, j’ai appris à distinguer une tendance lourde et durable d’une mode ponctuelle.»

Sa biographie parle pour lui. C’est celle d’un enfant que certains enseignants ont cru «sousdoué» devenu patron de Noser Engineering à Hombrechtikon (ZH), groupe à la tête duquel il a créé quelque 450 emplois en vingt-cinq ans. Cette société de technologie de la communication a développé, entre autres, Android, pour le «téléphone Google», et réalisé un chiffre d’affaires annuel de 84 millions de francs en 2009.
 
Le Zurichois est la preuve vivante que l’ascenseur social fonctionne en Suisse. A force de caractère, ce natif du Bélier est passé en quelques années du statut d’apprenti à celui d’entrepreneur, après une maturité professionnelle et des diplômes universitaires en gestion d’entreprise.

Uniquement en Suisse. «Mon parcours est aussi possible en Suisse, et pas seulement aux Etats-Unis», constate le Zurichois en avouant sa soif de connaître d’autres cultures. «J’aime aller à la rencontre des autres. De toute manière, je n’ai pas le choix. Je voyage au moins trois mois par année pour visiter mes clients et pour gérer les succursales du groupe.» L’Allemagne, le Canada, le Moyen-Orient, les Etats-Unis et même le Pakistan où une quinzaine de personnes travaillent pour lui, notamment pour le marché irakien… Ruedi Noser fait le tour du monde chaque année.

Mais s’il roule dans un beau coupé Mercedes – son «seul signe extérieur de richesse» – c’est qu’il s’est toujours battu. A l’école, le petit Ruedi, issu d’une famille de cinq enfants au revenu modeste au point de ne jamais pouvoir s’offrir de vacances à l’étranger, cause beaucoup de soucis à ses parents. Souffrant d’une dyslexie orthographique que personne ne parvient à déceler, il est nul en allemand, se ramassant systématiquement la note 1.

«J’ai passé toute mon enfance avec des certificats scolaires laissant entendre que j’étais inadapté. Cela laisse des traces, c’est sûr. Mais j’ai aussi appris à développer des stratégies de survie pour contourner le système», confie-t-il aujourd’hui.

Durant toute sa carrière, Ruedi Noser a gardé ce goût de la remise en question permanente. Son ascension politique est elle aussi fulgurante. Elu au Grand Conseil en 1999, il accède à la vice-présidence du Parti radical suisse en 2003, six mois avant de faire son entrée au Conseil national.

Avec les socialistes. Dans un parti qui déjà aligne les défaites électorales, Ruedi Noser incarne l’espoir d’un renouveau. Une droite décomplexée de l’UDC, sachant s’allier avec elle à l’occasion tout en s’en distanciant par des positions clairement réformatrices. Pour cela, une seule recette: «Le meilleur moyen de défendre la place économique est d’avoir le meilleur système de formation du monde», martèle le candidat au Conseil fédéral.

C’est indiscutablement dans ce domaine peu médiatisé que le député zurichois a enregistré ses plus grands succès, au sein d’une Commission dont il est devenu le vice-président, celle de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC).

Il se bat pour une hausse conséquente des crédits alloués à la recherche, pour une revalorisation de l’agence pour la promotion de l’innovation qu’est la CTI, pour l’inscription dans la loi sur la recherche du financement de parcs d’innovation. «Ruedi Noser est un radical avec une dimension humaniste qui se démarque totalement du cliché que l’on a du radical de la Bahnhofstrasse zurichoise», note Jean François Steiert (PS/FR).
 
Dans la loi sur la culture, il vote avec les socialistes lorsqu’il s’agit d’accorder aux intermittents du spectacle un minimum d’acquis sociaux.

Toujours, il mêle à son libéralisme une touche de social et d’écologie, ce qui a le don d’irriter les purs et durs de la doctrine libérale. Dès le moment où il porte le projet d’«Avenir radical» qui doit relancer le parti après les élections de 2003, il ne réclame pas seulement la libéralisation des marchés de l’électricité ou de la poste. Il s’affiche en faveur d’écoles de jour pour la petite enfance, pour une taxe écologique au centre des grandes villes (le road pricing) ou encore pour un service civil généralisé.

Très vite, son indépendance d’esprit fait tache dans le parti. Comme au Parlement. «C’est difficile de le cataloguer», déclare Dominique de Buman, conseiller national (PDC/FR) et vice-président du PDC. «Il a des côtés décapants à cause de ses idées atypiques. Il ose au moins les exprimer.» Et lui qui se réclame de l’esprit – presque révolutionnaire à l’époque – des radicaux qui ont fondé la Suisse moderne en 1848, il n’est souvent plus compris par les dirigeants actuels du PLR.

Europhile. Sur de nombreux points, il fait figure d’iconoclaste dans les réponses qu’il apporte au questionnaire du site smartvote.ch à l’occasion des élections fédérales de 2007. Il s’y déclare en faveur des importations parallèles des produits brevetés, d’une dépénalisation des consommateurs adultes de cannabis, d’une hausse des moyens financiers pour mieux intégrer les étrangers et pour promouvoir les transports publics, d’un abaissement du droit de vote à 16 ans. Il se montre même europhile en disant «oui» à des négociations avec l’Union européenne dans le but d’y adhérer, «pas demain, mais à terme», précise-t-il.

L’Hebdo a vérifié. Sur tous ces points du questionnaire de smartvote.ch, l’autre entrepreneur candidat au Conseil fédéral, Johann Schneider-Ammann, vote différemment, soit conformément à l’orthodoxie libérale-radicale!

«Economiquement, c’est un entrepreneur du XXIe siècle qui a du succès dans une technologie d’avenir. Politiquement, c’est un bâtisseur de ponts, mais aussi un homme courageux qui n’hésite pas à prendre le risque de s’exposer avec des avis peu conventionnels», résume sa collègue de parti Doris Fiala (PLR/ZH), qui lui a succédé à la tête du parti cantonal en 2004.

Un avis que partage Andreas Hugi, un ami, propriétaire d’une société de communication bien connue sous la Coupole fédérale. «Il ne cherche pas le conflit, mais des solutions concrètes. Pour y arriver, il dit les choses franchement, comme un ingénieur, quoi…»

On ne saurait si bien dire. En mars 2009, Ruedi Noser, qui est encore vice-président du parti suisse, accorde une interview au journal Sonntag qui fait beaucoup de bruit. Il s’y oppose aux régimes fiscaux cantonaux «lorsqu’ils mettent la Suisse sous pression» et s’y dit favorable à la suppression des forfaits fiscaux.

Ces déclarations lui valent une réputation de «franc-tireur», et le président du parti, Fulvio Pelli, tout comme la cheffe de groupe, Gabi Huber, s’en distancient. «J’ai été en partie mal compris, se défend aujourd’hui Ruedi Noser. «En observant l’évolution de ces dossiers, les cantons font des réformes qui vont dans la bonne direction. Mais pour moi, c’est une affaire classée.» Quelques mois plus tard, il démissionne de la vice-présidence du parti où il n’a finalement pas réussi à imposer ses idées. Jadis si flamboyante, l’étoile Noser a singulièrement pâli.

«JE VEUX AMENER LE CONSEIL FÉDÉRAL À AVOIR LE COURAGE DE PRENDRE DES RISQUES.» Ruedi Noser, candidat PLR au Conseil fédéral
Discours édulcoré. A la surprise générale, il rebondit en Suisse romande. Il emmène toute sa famille à Versoix (GE) pour y améliorer son français. Une expérience douloureuse au départ: deux de ses enfants qui maîtrisent encore mal la langue se montrent agressifs en classe. «Je me suis senti comme le père d’une famille immigrée», avoue-t-il.
 
Ruedi Noser joue le jeu de l’immersion à fond. Il adhère aux deux partis – libéral et radical – qui n’ont pas encore fusionné à Genève. Il soutient Genève-Servette au hockey, y compris à Berne lors de la finale à laquelle il est invité par le président du club de l’Allmend. Il déjeune avec plusieurs conseillers d’Etat de l’arc lémanique.

Il tire de cette expérience un enseignement majeur. «Genève et Zurich, qui ont des places financières très complémentaires, ne collaborent pas assez. Si elles le faisaient, ces deux métropoles seraient encore plus fortes et toute la Suisse en profiterait.»

Devenu candidat au Conseil fédéral, Ruedi Noser s’est assagi. Il a édulcoré son discours. Il affirme désormais très prudemment son europhilie, certifie que ses relations avec Fulvio Pelli sont «excellentes» et nie être à l’origine de rumeurs dénigrant ses concurrents: «Je ne fais campagne que pour moi, pas contre d’autres candidats.»

Nicolas de Flue du XXIe? Quel visage Ruedi Noser révéleraitil au Conseil fédéral? Celui du réformateur engagé qui a tenté de rénover le PLR ou celui du candidat assagi qui a arrondi presque tous les angles? «On le découvrira en homme indépendant de tout lobby, doué d’une forte intelligence émotionnelle», assure Doris Fiala. «Un libéral bon teint si convaincu de la responsabilité individuelle qu’il a tendance à l’ériger en credo absolu», tempère le socialiste Jean-François Steiert.

L’intéressé assure vouloir d’abord souder le collège. «Je veux amener le Conseil fédéral à avoir le courage de prendre des risques assumés tous ensemble dans l’intérêt du pays.» Un peu comme un Nicolas de Flue du XXIe siècle? «Je ne pourrais pas», corrige-t-il en riant. Et pourquoi pas? «Je suis protestant.»




Tags: Ruedi Noser, Conseil fédéral, libéral-radical,

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