Le regard flâneur de Claudio Moser
Mis en ligne le 07.05.2009 à 00:00
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Au Kunstmuseum de Thoune, l’architecte Harry Gugger met en scène les photos de l’artiste. Dialogue.
L'Hebdo;
2009-05-07 Le regard flâneur de Claudio Moser
MIREILLE DESCOMBES
Au Kunstmuseum de Thoune, l’architecte Harry Gugger met en scène les photos de l’artiste. Dialogue.
Une exposition de Claudio Moser mise en scène par l’architecte Harry Gugger, du bureau bâlois Herzog & de Meuron? L’événement n’est pas banal. On se précipite donc à Thoune pour découvrir le séduisant dialogue intellectuel et visuel entre ces amis de longue date. Une ballade à deux voix que complète l’univers sonore de Laurie Anderson dont les paroles «Your shirt on my chair» ? de la chanson Bright Red ? servent de titre fort symbolique à la manifestation.
Le Kunstmuseum de Thoune loge dans un ancien palace du XIXe siècle idéalement situé au bord de l’Aar et qui bénéficie d’une magnifique vue sur les Alpes. Dans sa scénographie très sobre, Harry Gugger a choisi de renforcer les traces de cette vie antérieure pour faire écho au thème de l’absence qui traverse la pratique photographie et les vidéos de Claudio Moser (né en 1959 à Aarau, établi aujourd’hui à Genève). Dans plusieurs des vastes salles habillées de tapis monochromes, une simple ampoule nue, comme oubliée par d’anciens occupants, remplace l’habituel éclairage muséal. Ailleurs, ce sont des cendres et quelques bûches à demi calcinées qui ont été «abandonnées» dans une cheminée. L’une des salles de l’exposition est même laissée volontairement dans la pénombre, obligeant le visiteur à développer une autre qualité de regard face à ces images nourries par l’architecture, tant dans leur thématique que dans leur composition.
Paysages citadins ou nature domestiquée, Claudio Moser explore des territoires faussement banals, à l’esthétique souvent industrielle. Il aime les failles, les fentes, les déchirures, les griffures et les reflets dans les vitres. Donner à voir, à entrevoir, tout en laissant planer le doute sur ce qui est perçu: sa quête et sa pratique s’inscrivent avec subtilité dans cet intervalle incertain où peuvent s’enraciner tous les récits et fantasmes. Fasciné par le peintre Henri Rousseau à qui il dédie une des ses séries, il s’affirme tout comme lui en artiste qui compose, sélectionne et construit. Une dimension qui rebondit et s’explicite à merveille dans son discret dialogue avec Harry Gugger.
Thoune. Kunstmuseum. Jusqu’au 5 juillet, ma-di 10-17 h (me 21 h).
L’ABSENCE
Naro, 2009, 151 x 229 cm. De la série Nowhere Near Far Enough.
LE RÉCIT
Plateau d’Avron, 2009, 160 x 245 cm. De la série Für Henri Rousseau.
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