Le règne animal
Sur son nouvel album, Animal Collective ose un Pet Sounds moderne, entre pop droguée et transe hypnotique.
Lors de sa dernière tournée, Animal Collective avait laissé les guitares au repos. Sans surprise, les six-cordes sont à nouveau aux abonnés absents sur Merriweather Post Pavilion, septième album en autant d’années d’activité pour ces quatre New-Yorkais aux airs d’étudiants trentenaires. A la place, synthétiseurs, samplers et autres ordinateurs tiennent la vedette, soutenus par un déluge rythmique aux accents tribaux. A ce canevas sonore inédit s’ajoute une mutation pop, que le groupe avait déjà entamée sur son précédent disque, Strawberry Jam. Laissant de côté ses premières amours cérébrales, Animal Collective trouve un souffle nouveau en distillant des mélodies plus accrocheuses, sans pour autant se risquer à une limpidité trop évidente. A l’image de l’illusion d’optique créée par sa pochette – des feuilles vertes semblent onduler sur un fond violet – Merriweather Post Pavilion révèle un malin plaisir à touiller les mélodies, tout en les rhabillant d’arrangements sonores et vocaux minutieux.
Pop chamanique. Dans cette incarnation moins sauvage, Animal Collective évoque plus que jamais une descendance sous ecstasy des Beach Boys de Brian Wilson. Les symphonies pop ont laissé leur place à une transe quasi chamanique, mais l’effet est le même, entre hédonisme et folie alchimique. Les plus belles réussites de l’album offrent ainsi le visage fidèle de la pop de demain, organique et digitale à la fois. Brother Sport invente un ragga synthétique, sautillant et obsédant; My Girl se pare d’une naïveté hypnotique; In the Flowers recrée un feu d’artifice en son sans lumière. Et même si le milieu du disque donne parfois l’impression de tourner en rond – notamment sur un Daily Routine en pilotage automatique – les New-Yorkais s’imposent sans peine comme le groupe le plus passionnant de l’époque, seul capable de marier instincts primaires et architectures plus complexes. Le règne animal est en marche, troquant le Pet Sounds des Beach Boys contre une immense rave moderne sur la plage, les pieds dans l’eau et les synapses rôties par un soleil psychédélique.
Merriweather Post Pavilion. Domino/Musikvertrieb
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