ARCHIVES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ARCHIVES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Le retour des «Bronzés» ou le mystère du film-culte

Mis en ligne le 26.01.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-01-26

Le retour des «Bronzés» ou le mystère du film-culte

CINéMA Vingt-sept ans après s'être quittés sur les pistes de ski, ils se retrouvent sous le soleil de Sardaigne sans avoir été jamais oubliés. Michel Audétat s'interroge sur les motifs d'un tel succès.

Il en va du retour des Bronzés comme de la reformation des Sex Pistols: ça sent un peu le simulacre, l'anachronisme, voire l'opportunisme, et même les plus fans ne savent pas, au fond, s'ils doivent vraiment s'en réjouir. Le défi est de taille. Avec Les Bronzés 3. Amis pour la vie, Patrice Leconte se confronte à sa propre légende. Il se contraint à endurer la comparaison avec ses films ayant marqué la mémoire collective: Les Bronzés (1978) et Les Bronzés font du ski (1979) qui jouissent de ce statut rare et mystérieux des oeuvres dites «cultes».

Le film-culte est une énigme. Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre? Dans quelles couches obscures s'enracine cette passion maniaque et fétichiste qui pousse à revoir le film jusqu'à le connaître dans ses moindres détails? Tournons-nous vers les principaux intéressés: les six comédiens issus de la troupe du Splendid que l'on trouve réunis au premier étage du luxueux Fouquet's, sur les Champs-Elysées, à l'occasion du déjeuner de presse offert en prélude à la sortie des Bronzés 3.

«Je ne m'explique absolument pas ce genre de succès», lâche Thierry Lhermitte avant de retourner à son saumon. Gérard Jugnot n'est guère plus inspiré par le sujet: «Je ne suis pas sociologue et je n'ai pas d'explication. Sauf notre talent, peut-être...» Seul Christian Clavier risque une hypothèse: «C'est sans doute dû à la télévision qui n'a cessé de nous rappeler à la mémoire des téléspectateurs.» On quitte le Fouquet's le ventre plein, mais en restant tout de même sur sa faim.

La clé de l'énigme Coup de fil à Jean-Luc Bideau pour tenter d'y voir plus clair: «J'ai un peu connu ça avec Et la tendresse? Bordel! qui aurait pu faire dix entrées, mais qui a rencontré un succès incroyable. Un film-culte est lié à quelque chose qu'il ne peut pas dominer. Il profite de phénomènes qui lui sont extérieurs et répond, en arrivant au moment où il faut, à des questions que les gens se posent plus ou moins confusément.» Joint dans le froid polaire de Varsovie, le réalisateur lausannois Lionel Baier (Garçon stupide, 2004) s'exprime dans le même sens: «Pour qu'un film devienne culte, il doit tomber au bon moment, pour le bon public, avec les bons acteurs.»

Commençons donc par ces derniers. Selon Caroline Reali, qui publie ces jours-ci L'aventure des Bronzés (France Empire, 324 p.), c'est la principale clé de l'énigme: «On sent qu'il ne s'agit pas d'un groupe préfabriqué. Ils se sont connus sur les bancs du Lycée Pasteur, à Neuilly, et ils ont su concilier l'amitié, le rire et le travail. Leur force vient de là.» Issus du café-théâtre, les six membres historiques du Splendid (Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Marie-Anne Chazel, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Michel Blanc) ont réussi à se métamorphoser en acteurs de cinéma sans renoncer pour autant à leur énergie de bande soudée par les galères, la salle de spectacle qu'ils ont créée à la force du poignet dans une ancienne pizzeria, et cette sorte de communisme du rire qui leur a tenu lieu d'idéologie commune.

Dialogues mythiques En 1978, quand sort Les Bronzés, tous sont à peu près inconnus. Le film révèle d'un coup une génération nouvelle qui fait souffler un vent frais (ils sont passés à travers Mai 68) tout en prolongeant une tradition gauloise et boulevardière sur les plages de Côte d'Ivoire.

Parmi les différents facteurs qui se sont combinés pour générer le film-culte, Jean-Michel Frodon, directeur de la rédaction des Cahiers du Cinéma, souligne leur talent de dialoguistes: «Ils font mouche. Ces dialogues qu'on retient sans avoir à les apprendre sont à la fois drôles et pertinents par rapport à la réalité sociologique qu'ils abordent. Les gens ont trouvé que cela sonnait juste.» Pour la bonne bouche, on rappellera la complainte de Jean-Claude Dusse (Michel Blanc) sur ses déconfitures amoureuses: «J'ai vécu avec une femme. Et puis, au bout de 48 heures, elle a décidé qu'on se séparerait d'un commun accord. J'ai fait une tentative de suicide: j'ai avalé deux tubes de laxatifs. J'ai perdu seize kilos et ma moquette...»

Mais il n'y a pas que les dialogues, enchaîne Jean-Michel Frodon: «La grande réussite des Bronzés, vient aussi de cet étonnant assemblage de figures, de types humains et de corps dont on se peut se moquer, mais dans lesquels on peut également se reconnaître.» Le triomphe du film tiendrait donc à cette miraculeuse conjonction entre une drôlerie décapante, dont la férocité n'exclut pas un fond de tendresse à l'égard de ces personnages, avec un public fermement disposé à rire de lui-même.

C'est une espèce encore nouvelle qui se reconnaît dans le miroir tendu par le film: le vacancier moderne, produit de la démocratisation des voyages et du marché des loisirs. «On est loin des Vacances de Monsieur Hulot, note le cinéaste Lionel Baier. On n'y trouve pas la remise en question de la société des loisirs qu'il y avait chez Tati. Le spectateur est au contraire totalement immergé dans le monde clos du Club.» Hulot était au fond un intrus qui venait semer le désordre sur la plage et dans la pension de famille. Rien de tel dans l'univers balnéaire des Bronzés où règne un nouvel ordre ludique et sexuel auquel tous les personnages sont soumis.

Robinsonnade de masse Après la plage, les Bronzés iront faire un tour à la montagne, et il était prévu qu'un troisième film se déroule à New York. Un quart de siècle après ce projet avorté, il est significatif que Patrice Leconte retourne au bord de la mer avec Amis pour la vie. La force première des Bronzés, c'est d'avoir mis en images cette grande utopie contemporaine que le sociologue Jean-Didier Urbain avait parfaitement analysée (Sur la plage, Payot, 1994). L'utopie balnéaire. Cette robinsonnade de masse. Ce petit monde éphémère qui s'établit sur le sable, avec ses pratiques, ses rites, sa religion solaire. Cette société des hommes (presque) nus qui, tout en sollicitant le désir sexuel, impose une loi cruelle: on n'y est jamais trompé sur la marchandise.

C'est tout le problème. D'un côté, l'après-68 a imposé l'idée que chacun avait droit à une sexualité libre et épanouie. De l'autre, la réalité montre que tout le monde (à commencer par Jean-Claude Dusse) ne se retrouve pas à égalité sur le marché sexuel. Sous son air avenant, l'émancipation des désirs n'est pas une sinécure. Et le génie des artistes du Splendid, c'est d'avoir saisi ce paradoxe avec une légèreté hilarante, anticipant par là des questions dont nous ne sommes pas sortis. Les Bronzés, c'est du Houellebecq moins la dépression, et avant l'heure. |

Les Bronzés 3. Amis pour la vie. De Patrice Leconte. Sortie en salle le 1er février.

1978 Issue du café-théâtre, la bande des Bronzés va se retrouver dépassée par son succès à l'écran.

2006 Retour à la plage: avec Les Bronzés 3, Amis pour la vie, le réalisateur Patrice Leconte parie sur un triomphe en salles.

on rit mais...

On s'arrange rarement avec l'âge, et c'est vrai des Bronzés. Les revoilà fidèles à eux-mêmes, égoïstes, mesquins, pas fréquentables, et malgré tout attachants. Les occasions de rire ne manquent pas, comme la promo s'est déjà chargée de le faire savoir. Les seins siliconés de Marie-Anne Chazel. Les perruques de Michel Blanc. Christian Clavier dans son rôle de parasite. L'imbroglio qui les pousse à revenir sur une coucherie vieille de 27 ans, à l'époque du ski. Et pourtant... On n'a pas envie d'être méchant avec le réalisateur Patrice Leconte qui a fait de son mieux, mais même le soleil de Sardaigne a un petit air de réchauffé.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.