Surprise, dans la torpeur de l’été, le débat européen repart à la faveur du voyage de Doris Leuthard à Bruxelles. Voilà qui nous changera de l’insupportable omniprésence médiatique du chanvrier Rappaz. Or donc, la présidente de la Confédération vient de rencontrer son homologue du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et José Manuel Barroso, numéro un de la Commission. Leur message? Les relations avec la Suisse sont de plus en plus laborieuses, la voie des bilatérales s’apparente à un cul-de-sac. Le quotidien Neue Zürcher Zeitung parle même d’un «changement de paradigme» au sommet de l’Union.
Bien sûr, il y a une bonne part de tactique dans les propos polis mais fermes des dirigeants européens. Cela fait bien longtemps que l’on parle d’épuisement des bilatérales et, pourtant, les diplomates helvétiques ont toujours, jusqu’ici, trouvé des solutions à rallonge, quitte à fermer les yeux sur les brèches faites à notre souveraineté, c’est vrai. En quoi la situation actuelle serait-elle différente?
Ce n’est pas un hasard si le think tank Avenir Suisse, financé par les milieux économiques, propose maintenant le scénario d’une adhésion «light», soit sans l’euro. Il n’est pas non plus innocent que des voix dissidentes d’economiesuisse réclament une stratégie claire de la part du Conseil fédéral – jusqu’ici, la doxa dominante s’identifiait à 150% au bilatéralisme.
Qu’en est-il? L’orthodoxe Micheline Calmy-Rey reste la garante de la ligne officielle. La clé du grand marché, selon elle? Un accord-cadre, visant à simplifier nos relations actuelles et à venir avec l’Union. Que cette approche n’ait jusqu’ici rien donné de concret, mais rien du tout, ne semble pas la troubler. Se voulant plus pragmatique, sa collègue Doris Leuthard, elle, ose l’évocation d’un retour à l’Espace économique européen, refusé par le ppeuple en 1992 (lire aussi en page 21).
On peut déplorer le manque de coordination du gouvernement. Mais, au moins, la discussion est relancée, elle va continuer. Et ceux qui prétextent, dans les partis du centre droit, qu’un débat sur l’Europe ne peut que servir les intérêts de l’UDC font un mauvais calcul. Le refuser, c’est programmer le retour du refoulé.
Bien sûr, le thème est difficile à manier: à la fois émotionnel et terriblement institutionnel, il offre un terrain facile aux antieuropéens hardcore, alors qu’il reste un casse-tête pédagogique pour les tenants d’une approche plus différenciée.
Pour les médias aussi, ce sujet essentiel reste aride, compliqué à mettre en phrases et en images. A moins d’adopter une narration systématiquement destructive – il est vrai que l’actualité européenne fournit des munitions faciles.
Est-ce une raison pour renoncer? Mieux vaut faire mûrir la discussion et énoncer clairement les différents scénarios, plus d’un an avant les élections de 2011, plutôt que d’être poussé dans les cordes, au dernier moment. L’histoire récente du secret bancaire devrait servir d’avertissement.
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