Le showcase montreusien de Lana Del Rey

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 05.07.2012 à 11:16

Affluence des grands jours au Miles Davis Hall, où Lana Del Rey donnait mardi soir son premier concert helvétique - un des événements de l’été musical au vu du buzz phénoménal qu’a suscité la jeune Américaine depuis la mise en ligne, à l’automne 2011, du clip de Video Games, réalisé selon ses dires par elle-même. Ballade lancinante, envoûtante, Video Games est assurément l’un des plus beaux titres sortis l’an dernier. Las, la chanteuse aux lèvres exagérément gonflées lui donnant des airs de produit marketing formaté, ce qu’elle a toujours nié être, n’a pas confirmé: son deuxième album - sorti deux ans après un premier essai dont personne ou presque n’avait entendu parler jusqu’à ce jour - contient certes trois bonnes chansons (Video Games donc, plus Blue Jeans et Born To Die), mais aussi une alignée de titres pop totalement insipides.

Sur la scène du Miles, Lana Del Rey a pris des risques. Plutôt que de reproduire à l’identique le son de l’album Born To Die, elle a opté pour une formation incluant, outre un clavier et une guitare, un quatuor à cordes. Le problème, c’est qu’elle n’a pas (encore) assez de charisme pour tenir une scène dans une telle configuration intimiste. Sans solide base rythmique pour la soutenir, l’Américaine a parfois paru hésitante, tremblante. Mais elle s’est néanmoins plutôt bien sorti de cet exercice périlleux qui ressemblait finalement plus à un showcase qu’à un véritable concert – sa prestation n’a d’ailleurs duré que trois petits quarts d’heure, pas de rappel ni d’au revoir, la belle a ensuite filé sans demander son reste, laissant à Claude Nobs le soin d’annoncer à un public médusé que les lumières allaient se rallumer définitivement. Un concert en demi-teinte donc, pas indigne mais très loin des attentes. Franchement, je doute que le phénomène Lana Del Rey tienne la route sur la durée et qu’elle devienne une star de premier plan. En début de soirée, la découverte de Woodkid, Yoann Lemoine au civil, fut par contre un véritable choc.

Dans une formation elle aussi atypique (trois cuivres, un clavier, deux percussionnistes et une boîte à rythme), le Français a livré un show d’une densité incroyable. Avec sa voix évoquant parfois le trémolo du bouleversant Antony Hegarty et son univers passant de l’intime au grandiloquent avec une aisance rare, il a scotché une bonne partie du public. Son premier album devrait sortir à la fin de l’année et il faudra se précipiter dessus. Ceux qui ont payé 80 balles pour voir Lana Del Rey et ont raté Woodkid peuvent se mordre les doigts. De mon côté, privilège du journaliste badgé, j’ai filé après m’être à moitié endormi en écoutant l’Américaine à l’Auditorium Stravinski, où Noel Gallagher finissait son concert.

En rappel, trois classiques d’Oasis: Whatever, Little By Little et Don’t Look Back In Anger. Cela m’a donné la pêche pour le retour. En 2006, j’avais demandé à l’aîné des frères Gallagher, rencontré lors d’un concert d’Oasis à Winterthour, s’il envisageauit sortir un jour un album solo. «Si je devais le faire, je l'aurais déjà fait, m’avait-il répondu. Je ne peux plus maintenant. Entre les tournées, je préfère rester au lit, boire, manger et voir mes amis.» Six ans plus tard, il a finalement sorti son album et prend encore du plaisir à se rappeler au bon souvenir d’Oasis, dont il fut le compositeur en chef et le chanteur occasionnel. Le public du Strav’, contrairement à celui du Miles, n’a pas boudé son plaisir, comme on dit.
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