Elle aura donné au début de l’été 2010 sa coloration criarde: la vuvuzela, cette corne d’origine zouloue, s’est imposée comme l’organe du Mondial, un mois en enfer globalisé, transformant notre bruyante planète en pandémonium. On a l’impression qu’un essaim de frelons s’est installé dans les bistrots qui diffusent les matchs sur écran géant: ce sont 10 000 trompes célébrant à l’unisson la geste des as du ballon rond. Lorsqu’elle retentit dans la savane, à l’heure où les lions vont boire, la vuvuzela doit dégager une poignante mélancolie. Embouché par des supporters ivres de bière et de nationalisme, l’oliphant de plastoc est odieux. Il insulte la musique, il fait entendre le beuglement de la bêtise au front bas.
Une altération s’est produite dans ces démonstrations braillardes de grand rut footballistique. Au commencement, la trompette zouloue se répandait dans les rues en barrissements beaux comme le cor des quatrevingts chasseurs au fond des bois avant de se faufiler dans le lit de la marquise. Au fil des jours, les supporters se sont essoufflés, tandis que le football montrait son vrai visage, celui du fric et du cynisme. Maintenant que le raout sud-africain touche à sa fin, des flatulences hagardes troublent encore la paix du soir. On pense aux éléphants agonisants, aux batailles perdues, aux ivrognes braillant «c’est la fête», alors que la fête est finie depuis longtemps – pour autant qu’elle ait jamais commencé. Ce chant crépusculaire n’est pas sans charme.
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