Contrairement à ce qu’ils prétendent, les caciques de l’UDC ne s’attendaient pas à prendre une telle raclée dans leur course au Conseil des Etats. A Zurich, Christoph Blocher n’a même pas inquiété le radical Felix Gutzwiller. A Saint-Gall, le président du parti Toni Brunner s’est fait doubler par le syndicaliste Paul Reichsteiner. Sans oublier la défaite en rase campagne argovienne d’Ueli Giezendanner et l’échec du sosie bernois de Richard Gere, Adrian Amstutz.
Du coup, le 14 décembre, Eveline Widmer-Schlumpf devrait l’emporter (lire son portrait en page 24). Ce n’est pas L’Hebdo qui déplorera ces défaites à répétition, bien évidemment. Elles sanctionnent les travers blochériens que nous soulignons depuis des années: un populisme hardcore en contradiction avec la culture politique de ce pays; des positions économiques souvent incohérentes; une instrumentalisation sans scrupule des questions d’immigration; une vision rétrograde du monde et de la Suisse.
"La défaite est cruelle pour les chefs autoritaires. Désormais, Blocher rime plus que jamais avec loser."
Alain Jeannet
L’UDC reste, c’est vrai, le premier parti helvétique, mais son élan est brisé et son leader décrédibilisé. La défaite est cruelle pour les chefs autoritaires et qui prétendent avoir toujours raison. Désormais, Blocher rime plus que jamais avec loser.
Regardez-le, lui et sa créature Toni Brunner, ramper chez Bruno Zuppiger, le président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), pour le convaincre de se présenter. Après avoir en vain cherché un candidat blochérien AOC, ils se rabattent sur un homme opposé à l’initiative sur l’immigration massive et qu’ils ont longtemps snobé. Une couleuvre difficile à avaler.
Les durs du parti flirtent aussi avec un scénario de rupture s’ils n’obtiennent pas un deuxième siège: Ueli Maurer quitte le gouvernement et l’UDC joue l’opposition totale. Personne n’y croit vraiment. Et même si ces menaces étaient mises à exécution, le monde ne s’arrêterait pas de tourner.
En fin de compte, le statu quo reste l’issue la plus probable: le Parti libéral radical (PLR) sauve (par les cheveux) son conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, les membres actuels du gouvernement sont tous réélus. Et Alain Berset (ou Pierre-Yves Maillard) reprend le poste de Micheline Calmy-Rey. Tout ça pour ça, direz-vous?
Le paradoxe de 2011, c’est que, au moment où la situation économique se détériore, où l’on redoute un regain de chômage, le parti connu pour jouer sur les peurs de la population recule. Quand l’heure devient grave, les recettes simplistes ne font plus mouche. Et les citoyens retirent leur confiance aux bonimenteurs. C’est la leçon, décisive, de ces élections. Christoph Blocher est peut-être un bon client, sur les plateaux de télévision, et un chef de meute avisé. Mais, face à une authentique femme d’Etat comme Eveline Widmer-Schlumpf, il ne fait pas le poids.
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