Banlieue de Zurich, un aprèsmidi de pluie. De l’un des bâtiments les plus laids de la zone industrielle de Pfäffikon s’échappent des effluves de chocolat fondu. Derrière une porte borgne et sans enseigne, Sven Beichler accueille les visiteurs, le sourire jusqu’aux oreilles: «Bienvenue chez myswisschocolate.ch!»
Willy Wonka des temps modernes, il a de quoi faire saliver les adeptes de Charlie et la chocolaterie: «Ici nous proposons 300 millions de plaques de chocolat différentes», lance-t-il l’œil provocateur.
Dans ses locaux pourtant, point d’Oompa Loompas qui concheraient des montagnes de cacao en chantonnant. La fabrique paraît au contraire ridiculement petite. Ce jour-là, seules deux ouvrières s’y affairent.
Cas d’école. C’est que la startup, créée il y a une année par Sven Beichler et Christian Philippi, ne stocke pas la moindre tablette: elle produit, une par une, les plaques que ses clients lui commandent via le Net. Et chacun d’eux peut choisir entre un et cinq composants parmi à peu près 150 arômes et ingrédients; de quoi générer les 300 millions de combinaisons évoquées.
Au menu, des garnitures classiques (noisettes, raisins secs…), fantasques (marshmallows, oursons de gomme…) et inédites (paillettes d’or, photos imprimées sur le chocolat…). De quoi façonner des plaques complètement personnalisées, dont le prix oscille entre 3.50 et 25 francs, hors frais de livraison.
Des prix élevés, qui n’empêchent pas le concept de cartonner. «Nous fabriquons entre 200 et 2500 tablettes par jour. Avant Noël, nous avions tellement de commandes que quatorze personnes se relayaient à la production», détaille Sven Beichler.
Clé de cette popularité: la créativité du marketing, née d’un manque total de ressources lors du lancement. «Nous nous sommes positionnés sur Facebook, parce que c’était gratuit», résume Sven Beichler.
Bingo: la page de myswisschocolate.ch compte aujourd’hui plus de 30 000 fans, avec lesquels les deux patrons interagissent quotidiennement pendant une à deux heures. Histoire de demander à cette communauté de voter pour des logos, des arômes, des slogans… Une manière de faire vivre ce réseau, tout en le faisant bosser.
«Notre expérience est aujourd’hui considérée comme exemplaire. Si bien que nous sommes invités dans des rencontres, telles que le Forum des entrepreneurs de Lilienberg, ou dans le cadre de l’OSEC (une organisation suisse pour la promotion des exportations, ndlr) pour parler de notre utilisation de Facebook», indique Sven Beichler.
Sur les blogs. Les deux quadras ont aussi ciblé des blogueurs influents pour gagner en visibilité. «Nous avons offert à dix d’entre eux la possibilité de créer gratuitement leur propre plaque de chocolat, puis d’offrir à leur tour la même possibilité à dix autres blogueurs de leur choix. Et ainsi de suite.» Résultat: 5000 plaques offertes et autant d’occurrences dans la blogosphère.
Les deux fondateurs de la maison n’hésitent pas non plus à aller sur le terrain pour faire connaître leurs produits. Plantés dans un lieu de passage de l’aéroport de Kloten, ils ont notamment réalisé la plus grande «déclaration d’amour en chocolat» du monde. Un record estampillé «I love you», composé de 1500 plaques et scrupuleusement validé par un représentant du Guinness Book.
C’est que le marché international compte: si les deux hommes refusent de donner le chiffre d’affaires de leur premier exercice, ils précisent que la moitié de leurs produits sont vendus à l’étranger.
Une approche qui plaît: au-delà des clients, les investisseurs se pressent, eux aussi, au portillon. Même si les deux patrons sont parmi les rares entrepreneurs à avoir fait décoller une entreprise sans un franc de crédit.
«Cela pourrait changer, précise toutefois Christian Philippi. Nous voulons nous développer à l’international ainsi que sur le segment des entreprises.» Or, sauter dans ce marché impose une augmentation des capacités de production et de marketing. Donc de nouveaux investissements, qu’ils ne peuvent pour l’heure pas supporter seuls.
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