IDENTITÉ
Le suisse allemand écrit a la cote
L’«Aargauer Zeitung» a titré les articles de ses éditions régionales en «langue parlée» régionale. Une initiative plébiscitée par ses lecteurs.
Les vacances ont parfois du bon! Y compris dans les médias. Confrontée aux creux d’automne dans l’actualité régionale, l’équipe de l’Aargauer Zeitung s’est torturé les méninges pour trouver le sujet qui intéressera ses lecteurs. L’étincelle a jailli d’un constat d’une de ses journalistes. Native d’Argovie, aujourd’hui domiciliée à Zurich, Sabine Kuster a fait remarquer combien la langue parlée régionale, le mundart, se perdait, influencée par les grandes villes voisines que sont Bâle, Berne et Zurich, assidûment fréquentées par les pendulaires. Et d’oser la question: est-ce que les dialectes sont en danger? S’est ensuivie une série d’articles et d’analyses d’experts, particulièrement appréciée. Le plébiscite a été tel que, explique Werner de Schepper, membre de la direction du journal, «la rédaction a décidé de titrer tous ses articles de son édition de vendredi dernier dans la langue parlée. Soit quatre cahiers, qui tenaient compte des spécificités géographiques.» Les réactions des lecteurs ont été nombreuses, oscillant entre «remerciements sincères et propositions d’expression un peu oubliées à remettre en lumière». Sans le vouloir, l’opération de vacances a relancé le débat de l’identité régionale. Du pain bénit pour un journal de proximité. Mais aussi la base d’une réflexion profonde sur son propre rôle. «Ce besoin de racines doit nous faire réfléchir aux attentes placées en nous et à notre relation à la langue», continue Werner de Schepper. Faut-il généraliser la pratique au quotidien? Ou passer au «tout-dialecte», y compris les textes? «Je ne pense pas. Le mundart est très difficile à lire et il demande des efforts de rédaction énormes. Mais pourquoi ne pas renouveler l’opération à intervalles réguliers? » D’autant que l’exercice ne risque pas de créer une scission entre jeunes et moins jeunes. Car les premiers sont aux avant-postes en matière d’utilisation écrite du dialecte: plus de 90% utilisent la langue parlée pour écrire leurs SMS. Et ceux qui ne maîtrisent pas, comme les Romands ou Thurgoviens? Ils pourront toujours s’exercer à haute voix (plus facile à comprendre) pour leur prochain voyage à Aarau ou Baden: «Vöu spass!»
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