ELECTION
Le surprenant poids des noms

Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 19.09.2012 à 13:41

SONS. Après l’étude de mille noms de candidats lors d’élections aux USA, Grant Smith, professeur à la Eastern Washington University, démontre l’influence des patronymes. Amusant.

Comment vous est venue l’idée, vous le professeur d’anglais, d’analyser les noms des candidats?

En 1990 a eu lieu l’élection à Washington du président de la Cour suprême. Connu et respecté de tous, Keith Callow avait pour opposant un homme aussi nul qu’inconnu, un certain Johnson. Ce dernier a gagné, à la surprise de tous. Quelques semaines plus tard, je participais à une conférence de linguistique. Un ami m’a demandé de lui expliquer pourquoi le favori n’avait pas gagné. Je lui ai dit que la réponse se trouvait à coup sûr dans la poésie de son nom. Il m’a répliqué: «Pourquoi tu ne le prouverais pas?» C’est ainsi que je me suis lancé dans l’étude de nombreuses élections passées, au Sénat, à la Chambre des représentants et à la présidence des Etats-Unis. J’ai mis des années à mettre au point un système d’analyse, avec un nombre de points positifs ou négatifs suivant le nombre de syllabes, la position de l’accent tonique, la terminaison du nom par telle ou telle consonne.

Qu’avez-vous constaté?

Tout d’abord j’ai relevé que les Smith – un nom d’une syllabe, donc pas de rythme – ont moins de succès que les Johnson. Comme dans la musique, le plus important c’est le rythme et non la mélodie. Les musiciens disent la même chose. A noter que Smith est si fréquent dans notre pays que sa familiarité est un facteur positif. Je n’affirme pas que le son des patronymes est le facteur le plus influent, mais il a son importance. Ce sont les électeurs indécis qui sont le plus susceptibles d’être influencés. Il ne faut pas oublier que nous sommes tous des créatures influencées par les émotions et la musique. De fait, l’influence sur les votants est suffisamment importante pour changer le cours d’une élection.

Pouvez-vous donner des exemples?

Les noms dont l’accent est sur la première syllabe ont toutes les chances de gagner. Ils inspirent le réconfort et le caractère prévisible d’une personne. Cela leur donne l’impression que l’univers est organisé. Au fond, les gens désirent faire confiance aux politiciens. Les noms comme Reagan, Clinton, Lincoln, Truman ont tous l’accent sur la première syllabe. De plus, une consonne nasale finale (spécialement un «n» ou un «nd») est particulièrement positive. Beaucoup de textes destinés aux enfants ont ce rythme, avec les mots accentués sur la première syllabe.

Quelles lettres font perdre des points?

Les consonnes fricatives finales, dans les noms comme Douglas, Davis, Cox. Smith, Dukakis et Bush font perdre un point et demi. A noter qu’aucun candidat à la présidentielle qui a un nom de plus de deux occlusives – pour Dukakis par exemple, les deux «k» – n’a jamais remporté une élection présidentielle. Le patronyme de Dukakis comptabilise un score de moins 3,5 et celui de Bush (le père, qui lui était opposé) arrive à moins 3.

En janvier 2008, vous aviez expliqué pourquoi Obama gagnerait face à McCain.

Oui, même si dans son nom, l’accent est sur la deuxième syllabe. Lorsque j’ai étudié les noms d’origine irlandaise, je me suis rendu compte que si je laissais tomber le «o» initial, le score obtenu était légèrement plus élevé. Il faut savoir que le Mc (ou Mac) fait changer l’accent de place – il n’est plus sur la première syllabe – et ajoute une occlusive, deux caractéristiques qui sont négatives.

Et pour les élections de novembre, quel est votre pronostic linguistique?

Obama comme Romney arrivent tous les deux à 4,5 points. A noter que le score le plus impressionnant est celui du patronyme de Reagan qui obtient 7 points. J’aimerais encore ajouter que les prénoms, eux, n’ont statistiquement aucune influence. Si mon système peut prédire la victoire dans 68 % des cas, il faut préciser que le fait d’être déjà en fonction permet de prévoir le vainqueur dans 90 % des cas. Par conséquent, Obama a un avantage cette année...

 

PROFIL - GRANT SMITH

Professeur d’anglais à la Eastern Washington University, vice-président de l’International Council of Onomastic Sciences (étude des noms propres).

-->

Mix & Remix

Voir plus »
UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Moody's dégrade la note de la France.

Moody's dégrade la note de la France.

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale