Le temps de l'art au Peace Hotel
A Shanghai, le numéro un de l’horlogerie suisse s’apprête à inaugurer le Swatch Art Peace Hotel dans les murs d’un établissement légendaire du Bund. Un «work-inprogress» dédié aux artistes du monde entier avec en prime expos, resto et boutiques des marques. Nick Hayek nous dévoile les dessous des négociations.
Shanghai, 1932. Chinois et Japonais s’affrontent autour de la zone internationale des légations étrangères et Albert Londres, de sa chambre d’hôtel de la concession française, télégraphie 26 reportages. Le dernier câble est pour dire qu’il «ramène de la dynamite», une enquête sur l’opium et les triades chinoises, «le couronnement de [sa] carrière». Elle ne sera jamais publiée: peu après avoir quitté l’établissement, le journaliste disparaît en mer avec elle dans le naufrage du paquebot qui le ramène en Europe. Même hôtel, vingt ans plus tôt. La Révolution chinoise de 1911 brûle le pays et Sun Yat-sen, «le père de la Chine moderne», réside ici, dans les salons les plus cosys de la ville, pour y être nommé premier président provisoire de la République de Chine.
Chaplin y a dormi. L’hôtel – déjà mythique – ne s’appelle pas encore Peace mais le Palace Hotel. Construit par les Britanniques entre 1903 et 1906 à l’angle des avenues les plus célèbres de Shanghai, le Bund et Nanjing Road, l’établissement est un havre de luxe. Le premier hôtel de la ville-surplombant-la-mer à posséder deux ascenseurs «de personnes», des salles de bains mais aussi un jardin extraordinaire sur le toit. La façade style «Renaissance» voire «colonialiste», dira Nick Hayek, président de Swatch Group, dissimule 120 chambres et des salons sur une surface de 11 300 m2. Avec ses six étages et ses 30 mètres de haut, le Palace Hotel est alors le plus grand building de Nanjing Road.
Après quelques péripéties, parmi lesquelles l’explosion de bombes devant sa porte en août 1937, son occupation par l’armée japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale, puis peu après 1949, sa réquisition par le Département de construction de la ville, l’hôtel se voit annexer vingt ans plus tard par son non moins célèbre voisin, le Peace Hotel, construit en 1926. Plus imposant que sa nouvelle aile, le Peace et son style gothique s’érigent sur 12 étages. C’est un hôtel où l’on court: ses concerts d’old jazz dans son bar, son extraordinaire entrée Arts déco, ses sols de marbre italien et son toit pyramidal vert qui perce sur 77 mètres le ciel shanghaïen ont fait sa réputation. Y sont venus, entre mille autres personnalités, le général Marshall, Chiang Kai-shek mais aussi Charlie Chaplin et Paulette Goddard qui viennent y consommer leur union secrète en mars 1936.
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