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LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET
Le vent de Budapest

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 04.01.2012 à 13:27

Et si le mal n’était pas où on le dit? L’euro que beaucoup, il y a un an, promettaient à la mort pour ce réveillon, ne se porte pas trop mal: plus lourd face au dollar qu’à son lancement. Certes nombre d’Etats pataugent dans la panade. Mais après la soupe à la grimace, rien ne devrait les empêcher de recomposer la table, comme tant de fois dans l’histoire. La gouvernance européenne? Défaillante, elle commence néanmoins à se dessiner, dans le chahut, mais avec un cap enfin posé. Pourtant l’Europe va mal. Ailleurs. Au cœur des principes qu’elle s’est donnés.

Une passion sulfureuse mijote ici et là: le nationalisme haineux et antidémocratique. Le régime de Viktor Orban dépasse toutes les bornes de l’édifice auquel elle prétend appartenir. Sa nouvelle Constitution, entrée en vigueur le 1er janvier, bétonne le pouvoir du parti dominant sur le long terme. Justice, médias – la dernière radio contestataire a été privée de sa fréquence –, culture, toutes les institutions sont mises au pas. De nouveaux responsables, proches du potentat, sont nommés pour sept, neuf, dix ans. Un article désigne le Parti socialiste comme une organisation criminelle, responsable des horreurs commises sous le communisme. Ce qui n’empêche pas le Fidesz, la formation d’Orban, d’accueillir en son sein d’anciens membres du Comité central du PC qui, eux, ont fait acte d’allégeance.

La Hongrie n’est plus une république. Le mot a été biffé officiellement. L’Etat indique ainsi qu’il se projette au-delà de ses frontières et accorde des droits aux minorités magyares dans les pays voisins. Dangereuses tensions en vue. Toutes ces dispositions ont été adoptées à la majorité des deux tiers, avec l’appui d’une mouvance, le Jobbik, ouvertement néofasciste. Elles ne pourront être revues qu’avec un soutien de même ampleur.

Même si l’opposition reprend la main, elle n’arrivera pas à un tel score avant belle lurette. Au-delà des textes, il faut voir en face l’idéologie qui les inspire. Toute personne contestant le pouvoir nationaliste en place est considérée comme un mauvais Hongrois. Comment ne pas penser à nos échauffés helvétiques qui prétendent sur leurs affiches que «les Suisses votent UDC», qui accusent leurs contradicteurs de ne pas être des «Suisses authentiques»? Cela dit, en comparaison, les blochériens restent des enfants de chœur.

Le parti de Viktor Orban a modifié toutes les règles électorales en sa faveur. Les dizaines de milliers de Hongrois qui ont manifesté dans la rue contre l’«Orbanistan» rongeront longtemps leur frein. En toile de fond, une aversion affichée envers l’Union européenne, la mondialisation, les pouvoirs financiers, les multinationales… et les Juifs! Le gouvernement vient de mettre à la tête d’un grand théâtre de Budapest un ami du premier ministre, un disciple affiché de István Csurka, auteur d’extrême droite obsédé par «le complot juif contre la nation hongroise à travers l’axe New York-Tel-Aviv-Budapest». Petit problème: l’économie, autrefois florissante, est au plus mal. La dette encore. Le FMI a couru au secours de la Hongrie au début de 2010. Mais il ne l’entend plus de cette oreille.

En décembre, les délégués ont quitté Budapest devant l’obstination d’Orban à mettre la Banque centrale sous sa tutelle. Quant à la Commission européenne, elle multiplie les mises en garde, les menaces voilées… et personne, dans l’Union, n’est prêt au moindre effort pour aider les teigneux. Dès lors le pouvoir impose la plus haute TVA d’Europe (27%), multiplie les taxes visant les entreprises – qui, du coup, n’investissent plus guère –, confisque les fonds de pension privés et bientôt ceux de la sécurité sociale.

Mais le populisme – on le sait bien en Suisse – sait ménager les riches. L’impôt sur le revenu est fixé au taux unique de 16%. La volonté de «renationaliser l’économie hongroise» sonne fort dans les discours mais le résultat est cruel: le forint a perdu 20% de sa valeur ces trois derniers mois et les prêteurs internationaux exigent des intérêts de près de 10%. Le plus inquiétant? Ces nouvelles, dans la presse de France et d’autres pays, suscitent sur le Net un flot de commentaires pleins de compréhension et même approbateurs. Le vent mauvais de Budapest souffle vers l’Ouest.




Tags: Budapest, euro, Europe, Hongrie,

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Réaction de Trianon 1920
le 07.01.2012 à 18:55
Monsieur Pilet, Vos craintes concernant la dérive antidémocratique possible en Hongrie...
 



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