Le viol d’une nation
Congo. A l’est de la RDC, une guerre de douze ans a déjà tué 5 millions de personnes. Images d’un témoin du plus grand désastre humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.
Depuis deux mois, les combats ont repris au Nord-Kivu, une province située entre un territoire sous contrôle gouvernemental et une zone occupée par un nouveau chef rebelle, Laurent Nkunda, lequel a déjà poussé à l’exode 250000 personnes. La valse des chiffres humanitaires et le bilan des crimes dans la région des Grands-Lacs donnent le vertige. En douze ans de guerre, depuis la chute du maréchal Mobutu, le Zaïre devenu la République démocratique du Congo (RDC) affiche un bilan de 5 millions de morts. Et combien de mutilés, de déportés, de femmes violées et d’enfants traumatisés, loin des yeux de l’Occident? Les Nations Unies maintiennent pourtant en RDC la plus grande force de paix du monde. Mais que peuvent les 17000 hommes de la MONUC sur un territoire grand comme 58 fois la Suisse, aux forêts impénétrables, aux cartes approximatives, dépourvu de routes? Depuis le XIXe siècle, depuis le Congo sanglant du roi des Belges Léopold II, racontée dans le terrible roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (1899), la prédation des richesses (or, diamants, coltan, étain, manganèse, etc.), à l’est surtout, n’a jamais vraiment cessé. Et le degré de violence pour s’en emparer ou pour conserver son butin, a atteint un niveau qui dépasse l’imagination. Ces dernières semaines, le secrétaire général de l’ONU, l’indolent Ban Ki-moon, a appelé à l’envoi d’une force additionnelle de 3000 hommes issus de l’Union européenne. Pourtant, même si l’UE y consent, une telle force mettra des mois à parvenir sur place. Et une présence militaire accrue ne changera pas grand-chose, s’accordent à dire les spécialistes. La solution à cette situation ne peut être que politique, régionale et internationale. Le FPR (Front patriotique du Rwanda) du président rwandais Paul Kagamé est devenu une force prédatrice à l’est de la RDC, à 1600 km de sa capitale congolaise, Kinshasa. Mais aux Tutsis, abandonnés lors du génocide de 1994, nul pays occidental (sinon la France, bien mal placée) n’ose rien dire. Depuis, Kigali est devenu un allié clé de Washington qui arme le rebelle Nkunda. Pourquoi? Dans l’espoir, sans doute, d’imposer sa suprématie sur les 20 milices et groupes armés qui s’affrontent dans la région.
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