Adrian Herzog ne saura jamais pourquoi, un matin de janvier sur une terrasse d’un café de Saint-Rémy-de-Provence, Martijn van Vliet le choisit comme confident. Adrian, chirurgien en rupture de ban, remonte au nord, vers Berne, après avoir tenté de renouer avec sa fille. Martijn fera le voyage avec lui, lâchant au fil des kilomètres les bribes de sa propre histoire, celle d’un jeune veuf qui, croyant faire le bonheur de sa fille, fera son malheur – et le sien.
Quatre ans après la parution en français de Train de nuit pour Lisbonne, best-seller international immédiat, Pascal Mercier, alias Peter Bieri, professeur de philosophie à l’Université libre de Berlin, né à Berne en 1944, confirme avec Léa qu’il sait raconter des histoires intimistes et fortes aussi bien qu’il manie les concepts philosophiques et les récits initiatico-érudits comme l’était Train de nuit pour Lisbonne.
Avec une langue d’une douceur infinie, comme effrayée de l’inexorabilité de ce qu’elle s’apprête à raconter, Pascal Mercier fait vivre, puis mourir Léa, qui l’année de ses 8 ans, orpheline mutique, découvre le violon et s’y accroche avec l’énergie du désespoir. Surdouée, elle y sacrifie tout, devient une soliste admirée de tous, une étoile filante exigeante et indomptable. Son père se met au service de sa passion, prévient ses désirs, même lorsqu’ils virent à la folie, même au détriment de sa carrière à lui, même lorsqu’il s’agit d’aller à Venise jouer aux échecs un précieux Guarneri del Gesù. Plus tard, on lui reprochera d’avoir volé la jeunesse de Léa, de l’avoir laissée s’enfoncer dans un perfectionnisme qui ressemblait à de l’autodestruction – il ne savait pas, ne voyait pas, ne voulait qu’avidement son bonheur.
Longtemps après, dans cette voiture qui roule vers le nord, lorsqu’il n’est plus question de violon, il se demandera ce qu’il a fait faux, pourquoi le bonheur les a fuis avec tant de détermination, mais ne trouvera pas la réponse.
Portrait d’une relation père-fille bouleversante, ce beau roman grave et poétique, laconique et lyrique tout à la fois, dresse aussi celui de deux scientifiques désenchantés, Martijn et Adrian, qui n’ont jamais appris le langage des sentiments et maintenant qu’ils se racontent, se battent avec les mots pour exprimer la violence de leurs émotions. La musique n’est pas toujours une consolation. Léa. De Pascal Mercier. Libella-Maren Sell, 240 p.
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