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Le vrai visage de Neandertal

Mis en ligne le 17.08.2006 à 00:00

A Zurich, Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de León ont inventé la paléoanthropologie assistée par ordinateur. Grâce à eux, Neandertal reprend visage humain.

L'Hebdo; 2006-08-17

Le vrai visage de Neandertal

Histoire Il s'est éteint il y a 28 000 ans. Il appartient à une autre espèce humaine. Il obsède la paléontologie et hante la littérature. On fête les 150 ans de son exhumation.

Débat Comment a-t-il vécu? Pourquoi a-t-il disparu? Avait-il une âme? Neandertal nourrit depuis toujours des controverses passionnées.

Entretien A Zurich, deux chercheurs, Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de León, ont développé des outils informatiques permettant de rendre leur visage aux hommes-fossiles.

Christoph Zollikofer

Marcia Ponce de León

Dossier réalisé par Antoine Duplan

L'ENFANT DE GIBRALTAR. A partir de cinq fragments de crâne découverts en 1928, les paléoanthropologues zurichois ont rendu son visage à une fillette disparue il y a des dizaines de milliers d'années.

Il était tapi au fond de la mémoire collective depuis la nuit des temps. Il n'est remonté vers la lumière qu'il y a 150 ans et, depuis, il nous hante, l'homme de Neandertal, notre frère malchanceux, notre grand disparu.

En août 1856, dans la bien nommée vallée de Neander («nouvel homme», en grec!), près de Düsseldorf, des carriers mettent au jour un squelette étrange: un crâne allongé aux arcades sourcilières menaçantes, d'épais fémurs, quelques côtes et os épars. Ces restes vont bouleverser la paléontologie et les conceptions anthropocentristes.

Trois ans avant que Darwin ne publie L'origine des espèces, la notion d'évolution est diffuse. On attribue d'abord les ossements à une bête féroce, ou à un ostrogoth, ou à un déserteur rachitique de l'épopée napoléonienne... Une fois prouvée l'ancienneté des fossiles et assimilée la théorie darwinienne, les savants vont s'ingénier à exclure l'homme de Neandertal de la famille humaine. Le professeur William King, qui le baptise Homo neandertalensis en 1863, note: «Son anatomie laisse penser qu'il vivait dans les ténèbres morales.» On veut bien de Cro-Magnon au front droit comme arrière-grand-père, pas de cette créature râblée et simiesque.

Grosse brute Pendant cinquante ans, thèses racistes à l'appui, on dénie toute humanité à Neandertal. On le rattache aux «êtres humains inférieurs», un «type intermédiaire entre l'homme et le singe, semblable aux aborigènes australiens». En 1910, le paléontologue français Marcellin Boule décrit un être «au psychisme rudimentaire, n'ayant peut- être qu'un rudiment de langage articulé, l'absence de toute trace de préoccupations d'ordre esthétique ou moral s'accordant bien avec l'aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd». Même H. G. Wells n'échappe pas aux préjugés lorsqu'il écrit dans Les grandes lignes de l'histoire: «Nous en savons très peu sur l'apparence physique de l'homme de Neandertal, mais ce que nous connaissons de lui... suggère une extrême abondance du système pileux, une laideur ou plutôt une repoussante étrangeté...»

Et l'auteur de L'homme invisible de citer une étude sur l'apparition de l'homme moderne selon laquelle «l'obscur souvenir racial de ces monstres aux formes de gorille, aux cerveaux rusés, à la démarche traînante, aux corps poilus, aux dents puissantes et, vraisemblablement, aux tendances anthropophages, est sans doute à l'origine de l'ogre du folklore...»

J.-H. Rosny Aîné montre plus de curiosité, plus de tendresse lorsqu'il met en scène Naoh, Nam et Gaw, de la tribu des Oulhamr, les trois Néandertaliens les plus célèbres de la littérature, dans La guerre du feu (1909). «Ce voyage dans la très lointaine préhistoire, aux temps où l'homme ne traçait encore aucune figure sur la pierre ni sur la corne, il y a peut-être cent mille ans» condense de manière poétique les connaissances préhistoriques de l'époque et imagine deux étapes vers le progrès: l'alliance avec le mammouth, qui anticipe la domestication des animaux, et la maîtrise du feu, qui marque le début de l'ère industrielle. Dans son adaptation ciné- matographique, Jean-Jacques Annaud, malicieux, propose d'autres inventions, comme le rire et une deuxième position sexuelle...

Le plus grand des chasseurs Les progrès de la science, qui analyse sans répit les in-dices livrés par plus de 80 sites néandertaliens et recourt aux technologies informatiques de pointe pour dessiner le vrai visage des hommes fos- siles (lire en page 44), réfutent nombre de préjugés véhiculés par les adeptes du créationnisme. Il est aujourd'hui très difficile de nier l'humanité de Neandertal, le premier Européen.

Son corps trapu, ses mains et ses pieds relativement courts sont parfaitement adaptés au climat froid qui régnait dans le pléistocène. Son ossature est lourde; il mesure entre 1 m 55 et 1 m 75, pèse de 70 à 90 kilos. Son crâne s'étire vers l'arrière, son front fuit, son menton est peu développé, son nez fort, ses yeux enfoncés sous un bourrelet surorbitaire hypertrophié. Son volume cérébral, de 1200 à 1700 cm3, peut être supérieur au nôtre.

Pendant 250 000 ans, il a hanté l'Europe glaciaire. Suivant les migrations des troupeaux, il a parcouru des distances énormes, s'imposant comme le plus grand chasseur de tous les temps. C'est une vie dure, comme en témoignent les fractures et l'âge des os que l'on retrouve: l'espérance de vie n'excède pas 40 ans. Les activités cynégétiques supposent une cohésion sociale forte; l'industrie lithique qu'il a développée implique une transmission du savoir. Aujourd'hui, après découverte d'un os hyoïde semblable à celui de l'homme moderne, il est admis que Neandertal était doté d'un appareil phonatoire et qu'il maîtrisait le langage articulé. Au coin du feu, qu'il savait allumer, il pouvait raconter ses récits de chasse.

Une autre humanité Si, contrairement à Cro-Magnon, Homo neandertalensis n'a pas produit de peintures rupestres, il a percé des coquillages et laissé des entailles sur des ossements. On a retrouvé des pigments ocres dont on peut déduire qu'il pratiquait la peinture corporelle, et aussi des sépultures contenant des corps repliés en position foetale parmi des fleurs. «Neandertal enterrait ses morts et réalisait des objets non utilitaires. Ces comportements attestent qu'il avait une pensée symbolique», affirme Marylène Patou-Mathis dans Neandertal - Une autre humanité.

Le monde scientifique aujourd'hui encore se scinde en deux clans: ceux qui considèrent Neandertal comme biologiquement, socialement et culturellement inférieur, et ceux qui voient en lui une forme humaine différente. Ce concept est difficile à saisir pleinement, parce que l'homme, cette exception du règne animal, est le seul représentant de son espèce. Nous devons accepter l'idée que l'humanité ne procède pas d'une marche glorieuse vers une hominisation suprême dont nous serions le parfait accomplissement, mais ressemble à un arbre aux ramifications foisonnantes, encombrées de branches mortes.

Le règne de Sapiens Il y a 100 millénaires, Homo sapiens quitte le Rift africain pour conquérir le monde. Quelque 60 000 ans plus tard, il pénètre en Europe, où il coexiste avec Neandertal. Deux espèces humaines face à face! Pour qui a déjà plongé son regard dans celui d'un gorille, notre lointain cousin, et ressenti un obscur lien de confraternité immémoriale, l'idée d'un autre soi-même est vertigineuse.

Que s'est-il passé en ces âges farouches, jusqu'à l'extinction de Neandertal, il y a 28 000 ans? Fraternisation spontanée ou guerre inexpiable? Les deux scénarios existent. L'étude des outils semble témoigner d'échanges culturels fructueux. Sous l'influence de Cro-Magnon, Neandertal aurait affiné sa technique de taille des pierres, passant du stade fruste du moustérien à celui plus sophistiqué du chatelperronien. En contrepartie, il aurait pu initier le nouvel arrivant à ses traditions orales ou à son art de la parure... Certains chercheurs dénoncent la dose de politiquement correct contaminant ces spéculations.

«Avoir une image» Dans Les Héritiers, William Golding (Sa Majesté-des-Mouches) imagine le contact entre une poignée de Neandertal et une tribu de Sapiens. Les premiers vivent dans un monde magique. Se souvenir ou faire un projet, c'est «avoir une image», des images qu'on partage, qu'on mime. Ils communiquent oralement mais apprécient surtout «un de ces profonds silences qui semblaient tellement plus naturels que la parole». Il s'étonnent de la pérennité des choses («La rivière n'était pas partie, ni les montagnes»). Ils vouent un culte à la grande Oa, qui accoucha de la terre, laquelle engendra la femme, qui eut le premier homme; et lorsqu'un des leurs meurt, ils l'ensevelissent: «Oa l'a pris dans ses entrailles», disent-ils en guise d'oraison funèbre.

Ils se croyaient seuls au monde. Ils redoutent les «hommes nouveaux» qui leur lancent des «brindilles» en offrande (qui leur décochent des flèches), qui se livrent à des rituels étranges comme de passer de main en main un «animal qui urine dans des formes de bois» (une outre, des bols). De son côté, Sapiens a peur des «fantômes», ces formes humaines furtives qui les guettent depuis la lisière des bois obscurs. Sapiens qui lance ses pirogues sur l'eau, Sapiens qui s'apprête à conquérir le monde, Sapiens qui a déjà inventé le fouet, les entraves, le travail forcé...

Les conjectures concernant la disparition de Neandertal sont multiples. Aurait-il été victime d'une épidémie? D'un changement climatique brutal? Aurait-il perdu l'agressivité nécessaire pour survivre? Serait-il arrivé dans un cul-de-sac évolutif?

Le premier génocide? Certains soutiennent la théorie du génocide: doté d'une technologie supérieure (armes de jet), Sapiens aurait éliminé son prédécesseur. Aucune preuve archéologique n'étaye toutefois l'hypothèse de la guerre totale. Selon Marylène Patou-Mathis, Neandertal, foncièrement pacifiste, aurait reculé devant l'envahisseur, se serait replié dans la péninsule Ibérique, «dilué dans le paysage».

D'autres imaginent que Neandertal aurait été absorbé par Sapiens, que les deux espèces se seraient hybridées. Mais, à ce jour, les séquences de l'ADN mitochondrial néandertalien analysées ne correspondent pas à celles de Sapiens: il y a peut-être eu des rencontres sentimentales, des accouplements même entre les deux bipèdes, mais aucune descendance possible.

«Vraiment vilain» Dans une nouvelle de science-fiction intitulée La maison en os, Robert Silverberg imagine un voyageur temporel perdu dans le pléistocène. Autour du campement cro-magnon qui l'héberge, rôde un fantôme. «Il a des cheveux jaunes et des yeux gris. Et il est affreux. Vraiment vilain. Une grosse tête, un gros nez aplati. Il marche les épaules voûtées et la tête basse.» Armé d'une lame de silex, le naufragé temporel est envoyé traquer le Charognard, comme ils disent. Le rôdeur primitif excite les préjugés: ces gens-là sont comme des animaux, ce sont de mauvais chasseurs qui ramassent les choses mortes, ils sentent mauvais, ils ne savent ni peindre ni sculpter...

Dans la forêt, le pisteur tombe nez à mufle avec un Neandertal bon teint, qui lui offre à manger. «S'il sourit et partage sa nourriture avec moi, il est tout ce qu'il y a d'humain selon mes critères.» Incapable de tuer le pauvre hère, il le ramène à la tribu, prêt à payer de sa vie ce moment d'apitoiement. Il est accueilli comme un héros: il ne s'agissait pas d'éprouver sa capacité de prédation, mais de tester son pouvoir de compassion, son humanité.

On aimerait adhérer sans réserve à la rêverie de Silverberg, dissiper les ombres, se savoir vraiment humain, miséricordieux et absous du crime de Caïn... Et entendre peut-être le message que le grand frère disparu nous lance depuis le fond des âges: Neandertal a vécu 300 000 ans; Sapiens 100 000 seulement. Et à ce jour, notre principal mérite est d'avoir réussi à subsister. |

Neandertal - Une autre humanité. De Marylène Patou-Mathis. Perrin, 346 p.

«Son anatomie laisse penser qu'il vivait dans les ténèbres morales»

William King, paléoanthropologue, 1863

«Il enterrait ses morts. Cela atteste qu'il avait une pensée symbolique».

Marylène Patou-Mathis, paléoanthropologue, 2006

La Longue marche de l'Humanité

Les hominidés voient le jour en Afrique, il y a moins de 8 millions d'années. Apparue il y a quelque 4 millions d'années, la lignée des Australopithèques s'éteint 300 millénaires plus tard. Le genre Homo apparaît il y a 2,5 millions d'années. Homo ergaster serait le premier à quitter l'Afrique (- 2 Ma). Apparu il y a 150 000 ans, Homo sapiens est le contemporain de Neandertal, éteint il y a 30 000 ans.

«Hommes préhistoriques chassant l'ours». Peinture de Franz Roubal (1937). Chasseur aguerri mais dépourvu d'armes de jet, Neandertal élaborait des tactiques de groupe pour affronter le gibier.

PIERRETTE Reconstitution d'une jeune Néandertalienne.

Ténèbres morales Ce diorama d'un musée de Hanovre donne d'Homo nean dertalensis l'image simiesque en vogue autrefois, lorsque les savants, lui déniant toute humanité, le rattachaient «aux êtres humains inférieurs entre l'homme et le singe, semblables aux aborigènes autraliens»...

Les arbres du possible

Homo sapiens vient-il directement d'Afrique (hypothèse «Out of Africa»)? Aurait-il émergé en plusieurs endroits (hypothèse multirégionale)? Ou serait-il issu de croisements (hypothèse réticulée)?

Adam et Eve Une vision rousseauiste de Neandertal.

Ceux qui font parler les fossiles

A Zurich, Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de León ont inventé la paléoanthropologie assistée par ordinateur. Grâce à eux, Neandertal reprend visage humain.

Ils étaient retournés à la poussière depuis 50 000 ans et plus. Aujourd'hui, ils reviennent à la vie par la grâce de la paléoanthropologie assistée par ordinateur. Les pionniers de cette nouvelle discipline travaillent à Zurich. Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de León ont commencé en 1992 à développer les outils informatiques permettant de reconstituer l'intégralité d'un crâne à partir de fragments isolés, sans les abîmer.

Les fossiles sont passés au scanner. Un système de programmes permet d'élever les images transversales bidimensionnelles à la tridimensionnalité, de les compléter et de les emboîter. Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de León travaillent à quatre mains. Ils planifient et exécutent ensemble tout le travail scientifique, alternant les phases de recherches indépendantes garantissant des résultats impartiaux et celles où ils comparent leurs travaux pour discuter de possibles améliorations.

Ils viennent de terminer la reconstitution du premier homme de Neandertal que l'on ait découvert, il y a 150 ans dans le nord de l'Allemagne. Par la grâce de l'ordinateur, la boîte crânienne du «saint patron de tous les Néandertaliens», complétée par quelques fragments découverts en 1997, a engendré un individu de belle prestance au visage large et au regard voilé de mélancolie.

Que ressentez-vous lorsqu'apparaît l'image d'un homme disparu depuis des milliers d'années?

Après des heures et des heures de réflexion et de travail sur l'ordinateur, c'est une grande satisfaction de comprendre comment une série de pièces de puzzle construisent un être humain. C'est comme de tourner à l'envers la roue du temps, comme d'effacer le temps écoulé depuis la mort d'un individu. C'est une machine à remonter le temps.

Etes-vous surpris par ce que vous révélez?

Oui, parfois. Chaque fois, nous nous rendons compte de ce que l'homme fossile est différent de nous, et en même temps semblable.

Au-delà de la rigueur scientifique, ressentez-vous une sorte de confraternité à travers les âges? Ou même d'avoir affaire à des éléments invisibles comme l'âme?

Oui, parce que chaque squelette dont nous nous occupons, et spécialement celui des enfants, a une histoire humaine derrière lui. Nous sommes heureux de trouver des ossements, mais ceux qui, il y a 50 000 ans, ont perdu un proche éprouvaient sans doute un profond chagrin.

Ressentez-vous une sorte de responsabilité morale envers les hommes qui nous ont précédés?

Notre responsabilité morale est d'expliquer l'évolution humaine, de transmettre la notion que nous sommes tous le produit d'un processus biologique à long terme qui se poursuit encore.

Y a-t-il une part d'imagination qui entre dans votre travail?

Bien sûr. La bonne science a besoin de beaucoup d'imagination. Ce qui n'implique pas la subjectivité, mais de trouver la façon de résoudre les problèmes - parfois de façon non conventionnelle: il y a dix ans, les paléoanthropologues qui élaboraient des programmes informatiques pour reconstruire et mesurer les fossiles humains étaient considérés comme des originaux. Aujourd'hui, c'est «hype» de parler de fossiles virtuels.

Dans quelle mesure est-il possible de réduire la part d'imprécision qui entre dans les reconstitutions?

Il faut définir chaque étape d'une reconstruction en termes quantitatifs très précis qui permettent de reproduire tout le processus avec toutes les hypothèses. C'est le principal critère de toute procédure scientifique.

Etes-vous confrontés à des réactions hostiles émanant de personnes qui nient l'humanité de Neandertal?

Oui. Pour beaucoup de gens, il est difficile d'admettre l'idée que nous ne sommes qu'une option parmi plusieurs humanoïdes dotés de gros cerveaux et des capacités cognitives y afférant.

Des préjugés idéologiques ont longtemps déterminé la paléoanthropologie. Le recours à l'ordinateur permet-il d'aller vers une version objective des hommes qui nous ont précédés ou reste-t-il une part d'interprétation?

L'ordinateur ne peut résoudre ce débat, car il n'est qu'un outil entre les mains des scientifiques. Mais il permet de porter à un niveau sans précédent l'analyse critique des fossiles. On aura toujours besoin de scientifiques disposés à être autocritiques et à bien faire comprendre quelles hypothèses ont servi pour obtenir telle reconstruction. Le risque de falsification existe toujours en science. En utilisant nos outils informatiques, nous pouvons par exemple réfuter certaines reconstructions hypothétiques ou l'attribution de fossiles à certains groupes.

La tendresse qui se dégage de vos reconstitutions peut étayer certaines théories, comme celle qui attribue la disparition de Neandertal à son pacifisme.

Les Néandertaliens sont un joli miroir, dans lequel nous projetons des images de nous-mêmes. Chaque génération a son image spécifique de Neandertal. Il y a 100 ans, c'était des brutes; dans les années 60, des «flower kids»; aujourd'hui, des «computer kids»... Scientifiquement, nous pensons que l'extinction de Neandertal a été similaire à celle des indigènes nords-américains.

Dans de nombreuses reconstitutions, «Homo neandertalensis »est roux. C'est une façon de marquer son altérité?

Pour utiliser un terme d'histoire de l'art, c'est une tradition iconographique - difficile à expliquer. La rousseur pourrait représenter l'idée d'un homme plutôt peu pigmenté, bien qu'arctique. Mais ce ne sont que des spéculations. Aujourd'hui, les peuples arctiques ont typiquement des cheveux noirs et des peaux sombres, tannées par le soleil. |

Reconstruction du visage de l'enfant de Gibraltar

1Les cinq fragments de crâne découverts en 1928 sont modélisés en trois dimensions. L'acquisition des données se fait par tomographie. Le programme FoRM-IT permet de transformer les fragments en objets 3D. Ils sont repositionnés sur l'écran selon des critères biologiques. Les parties manquantes sont complétées.

2La reconstruction virtuelle est transformée en modèle physique par stéréolithographie laser.

3Les tissus organiques sont extrapolés d'après le squelette et la chair d'un enfant moderne du même âge dentaire.

4Les couches de tissus faciaux, les oreilles et autres traits sont reconstruits avec de la plasticine directement appliquée sur la réplique stéréolithographique.

5Moulé en silicone, le modèle final est soigneusement peint pour produire la texture naturelle de la peau humaine et doté d'implants capillaires.

Christoph Zollikofer

A étudié la biologie à l'Université de Zurich, où il a obtenu un doctorat en neurobiologie. Après avoir étudié la musique (violoncelle), il retourne à la science pour un postdoc en informatique et anthropologie. Son principal champ de recherche est l'anthropologie assistée par ordinateur, incluant des études sur les schémas de variabilité morphologique et sur la diversification des singes fossiles et actuels, la modélisation informatique des processus morphogénétiques, et le développement d'instruments analytiques basés sur l'image pour l'anthropologie. Professeur d'anthropologie à l'Institut anthropologique de l'Université de Zurich.

Marcia Ponce de León

A étudié le génie civil à La Paz (Bolivie) et la biologie à l'Université de Zurich, où elle a obtenu un doctorat en anthropologie. Ses recherches portent sur le développement de la biologie évolutionnaire des hommes fossiles et modernes et des singes, sur de nouvelles mesures d'analyse morphométrique des schémas tridimensionnels de la variation des formes crâniennes, sur la paléontologie et l'ostéologie légale. Elle est actuellement assistante de recherche à l'Institut anthro-pologique de l'Université de Zurich. |




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