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Leaders

Mis en ligne le 07.05.2009 à 00:00

L'Hebdo; 2009-05-07

Ceux qui dirigent et conduisent Leaders Jean-Pierre Roth

Travaux d'Hercule

Depuis son entrée à la Banque nationale suisse (BNS), en 1979, Jean-Pierre Roth vit en Suisse alémanique, à Muri (BE). Néanmoins, le Valaisan de Saxon n'a pas oublié sa Suisse romande : «Ma décision d'habiter près de Berne tient au fait que la ville est idéalement placée pour préserver les contacts professionnels et privés avec cette région.»

A la fin de cette année, Jean-Pierre Roth quittera la présidence de l'institution centrale, qu'il occupe depuis le 1er janvier 2001, pour une retraite. Mais pour l'instant, toute son attention se porte sur la gestion de la crise qui a transformé la fin de son mandat en travaux d'Hercule: «Mes activités futures me préoccuperont après mon départ de la BNS. Chaque chose en son temps.» Son successeur Philipp M. Hildebrand, son second à la tête de l'institut d'émission, a déjà été désigné pour le remplacer. Reste que le patron espère avoir la possibilité, «dès l'année prochaine», de se rapprocher de ses trois enfants, aujourd'hui adultes, tous installés en Suisse romande. De manière plus large, Jean-Pierre Roth porte un jugement inquiet sur la place de la Suisse romande dans le pays : « L'économie romande a tendance à se marginaliser. Et si elle se marginalise par rapport aux centres de décision de la Suisse alémanique, elle se fait oublier!» Un remède? «La charge de l'effort est ici clairement du côté de la Suisse romande qui doit mieux maîtriser l'allemand et mieux connaître les structures alémaniques.» A méditer.PATRICK OBERLI

Président de la Banque nationale suisse, 63 ans.

Jean-René Germanier

Le futur président

Elu à la deuxième vice-présidence du Conseil national en décembre dernier, le libéral-radical valaisan sera premier citoyen du pays en 2011, l'année des élections fédérales. Cette charge, Jean-René Germanier devrait l'endosser avec la bonhomie discrète qu'on lui connaît. D'autant que l'entreprise éponyme de vins et de spiritueux, basée à Vétroz, ne connaît pas la crise. «Les ventes de vins haut de gamme se portent très bien», assure-t-il. Les chiffres de ces derniers mois seraient même meilleurs que ceux de 2008. L'explication? Jean-René Germanier récolte les fruits d'investissements de ces dix dernières années, pendant lesquelles l'accent a été mis sur la diversification des cépages. «La vigne et le vin, ce sont des valeurs sur le long terme», explique-t-il, en VRP de luxe. Depuis juillet dernier, l'encaveur valaisan siège également au conseil d'administration de la Fédération des coopératives Migros. Mais il n'a toujours pas réussi à y vendre ses bouteilles.TITUS PLATTNER

Conseiller national (PLR/VS), 50 ans.

Marcel Maurer

Le radivert valaisan

Marcel Maurer est un atypique. Pas seulement parce que le libéral-radical vient de ravir la présidence de Sion au PDC, qui tenait la Ville depuis 1848. Pas seulement, non plus, en raison de ses affinités écologistes, qu'il met en pratique pour la collectivité, en favorisant depuis des années les énergies renouvelables et, pour luimême, en roulant en voiture électrique ou à vélo (électrique aussi, le plus souvent, d'où ses rondeurs). Ingénieur électricien de l'EPFZ, avec un postgrade en énergie à l'EPFL, le nouveau président de Sion a dirigé les Sciences de l'ingénieur de la HES-SO Valais et parle de la plaine du Rhône comme d'une grande ville qu'il rêve à la pointe des énergies vertes en Europe. Mais ce qui fait de Marcel Maurer un atypique, c'est que, en plus de son côté «Brélaz valaisan», il a encore une facette «petite sÅ“ur des pauvres»: il a présidé jusqu'il y a peu la Main tendue valaisanne, le 143, qui répond chaque année à 15 000 appels téléphoniques de personnes en détresse psychologique. Un engagement de longue date: il y est entré comme répondant il y a vingt-six ans. Pour compléter le puzzle, il a pris un étudiant rwandais sous son aile et a fait le voyage de Kigali pour le coacher, à quelques semaines de son élection.

Mais il y a surtout le safran, qu'il cultive à Savièse avec un ami. Il en a récolté 16 grammes en 2008.TITUS PLATTNER

Président de la Ville de Sion, PLR, 55 ans

Didier Berberat

Le discret avocat des périphéries

Le conseiller national et président de La Chaux-de-Fonds a la convivialité et la sérénité des fumeurs de pipe. Il s'impose naturellement, ou préfère s'effacer comme il l'a fait récemment en ouvrant une voie royale à Gisèle Ory au Conseil d'Etat neuchâtelois. Sous la Coupole, Didier Berberat est un travailleur discret.

Cet avocat des régions périphériques s'est beaucoup battu pour que l'arrêté Bonny se pérennise par le biais d'une loi sur la politique régionale. Dans les coulisses, il a effectué un gros travail de lobbying pour une réalisation rapide du projet ferroviaire Transrun, cela en collaboration avec Didier Burkhalter (PLR/NE). Président de l'association Défense du français, il s'engage aussi pour les minorités latines au sein de l'administration. La seule fois où il lui arrive de sortir de ses gonds, c'est précisément lorsqu'un office fédéral préfère traduire un rapport - rédigé en allemand - en anglais plutôt qu'en français: «C'est intolérable, nom d'une pipe!»MICHEL GUILLAUME

Conseiller national (PS/NE), président de la Ville de La Chaux-de-Fonds, 53 ans.

Nayla Hayek

Des chevaux arabes aux montres bijoux

Célèbre dans les milieux hippiques, Nayla Hayek était jusqu'ici moins connue pour ses activités horlogères, sauf au Proche-Orient et en Inde. Dans ces régions, la fille de Nicolas (président de Swatch Group), sÅ“ur de Nick (CEO de Swatch Group) et mère de Marc (CEO de Blancpain), promeut les marques du numéro un mondial de l'horlogerie dont elle est administratrice depuis 1995. Juge-arbitre internationale pour les chevaux arabes et présidente de la Show Commission de l'European Conference of Arab Horse Organisation, elle a récemment pris les rênes de Tiffany Watch & Co. Elle ambitionne de faire de cette dix-neuvième marque de Swatch Group un nouveau cheval de bataille, avec un chiffre d'affaires de plusieurs centaines de millions de francs d'ici à cinq ans. C'est dix fois plus que les ventes horlogères de Tiffany & Co. avant son rapprochement du groupe biennois, à la fin de 2007. Les années à venir nous diront si le traditionnel tiercé de la montre bijou avec Cartier, Bulgari et Chopard (dans le désordre) fera place à un quarté + intégrant Tiffany Watch.PHILIPPE LE BÉ

CEO de Tiffany Watch & Co, 58ans.

Jean-Claude Mermoud

Un quart d'heure de gloire nationale

Au Gouvernement vaudois depuis onze ans, seul conseiller d'Etat romand UDC, il a eu droit à son quart d'heure de gloire en novembre dernier, lorsqu'il s'est agi de remplacer Samuel Schmid au Conseil fédéral. L'UDC vaudoise a officiellement lancé Jean-Claude Mermoud dans la course, en le désignant candidat à la candidature. Mais personne, même pas lui-même, n'a pris cette aventure au sérieux. Et le chef du Département vaudois de l'économie, qu'il dirige depuis un an, n'est plus apparu dans les titres de la presse nationale, si ce n'est pour un problème d'appendicite qui l'a contraint à se reposer quelques semaines.

A 56 ans, il semble toutefois loin d'un retrait de la politique. On dit même qu'il pourrait rebondir à Berne en 2011, en reprenant à la gauche l'un de ses deux sièges au Conseil des Etats. Un poste davantage à la mesure de son tempérament discret et pondéré.TITUS PLATTNER

Conseiller d'Etat vaudois (UDC), 56 ans.

Roland Decorvet

Le mercenaire missionnaire

Dans son bureau de La Tour-de-Peilz sont exposés tous les produits de Nestlé Suisse. Une galerie impressionnante qui rappelle à Roland Decorvet l'ampleur de sa tâche: «Je suis un mercenaire-missionnaire. Mercenaire, parce que j'aime l'aventure, les défis et me battre pour parvenir au but qui m'est fixé. Missionnaire, parce que je crois en l'engagement personnel pour la communauté, sans oublier les objectifs de l'entreprise qui m'engage.» En l'occurrence, pour cet enfant de Corsier-Corseaux, la mission consiste depuis une année à relever Nestlé Suisse. «J'étais au Pakistan, lorsque l'on m'a appelé pour ce poste. Une demande qui m'a honoré en tant que Suisse, mais qui du même coup place très haut la barre de la réussite. Un défi que je prends comme une chance de pouvoir faire de cette entreprise un modèle.» Cela faisait dix-sept ans que Roland Decorvet sillonnait l'Asie pour Nestlé. «A la fin de mes études, je voulais l'aventure. Je ne la concevais pas en travaillant pour Nestlé.» Fausse évaluation. L'homme partira dans les endroits les plus reculés de Bornéo, apprendra le mandarin, avant d'être l'un des pionniers du développement de la multinationale en Chine. Il y passera douze ans, mettra en place un réseau de distribution et une stratégie marketing pour prendre ensuite la direction de l'entreprise à Hong Kong, puis à Taiwan, avant d'être envoyé au Pakistan. «L'aventure continuait, mais en plus dangereux.» C'est également dans ce pays qu'il a acquis la certitude que les intérêts du peuple et d'une multinationale ne sont pas incompatibles. Une philosophie qui lui a valu quelques critiques - «mais aussi beaucoup de félicitations» - lors de sa nomination dans les instances dirigeantes de 1'EPER (Entraide protestante). D'habitude, chez Nestlé, on ne change pas de continent. Pour relever sa branche suisse, le groupe a fait une exception. «Il y avait trois défis: retrouver la croissance, remotiver les gens et améliorer l'image. Pour les trois, 2008 a constitué un tournant.» La recette du patron: une bonne dose d'écoute - «ma mère est psychologue et mon père pasteur» - autant de compréhension et la définition de valeurs communes. Le cocktail parfait!PATRICK OBERLI

CEO de Nestlé Suisse, 43 ans.

Julia Marton-Lefèvre

Ambassadrice de la nature

Nommée en 2007 à la tête de l'UICN dont le siège est à Gland, Julia Marton-Lefèvre séduit et impressionne à la fois, tant son parcours est riche. Cette femme née en Hongrie et dont la famille s'est exilée aux Etats-Unis en 1956, a étudié à la fois l'histoire et l'écologie et elle a fait une maîtrise en planification de l'environnement, «avant tout le monde», à une époque où cette discipline suscitait des ricanements dans la communauté scientifique. Elle s'est ensuite engagée dans une brillante carrière internationale, qui l'a conduite du Programme des Nations Unies pour l'environnement, au rectorat de l'Université pour la paix, affiliée à l'ONU, au Costa Rica. Entretemps, toujours soucieuse de «continuer à apprendre», elle a dirigé à Paris le Conseil international pour la science, «un grand réseau de scientifiques», ou encore, à New York et à Londres, le programme LEAD de la Fondation Rockefeller, destiné à identifier de jeunes scientifiques de talent. Cette Franco-Américaine polyglotte (elle parle hongrois, anglais, français, espagnol et même thaïlandais) poursuit aujourd'hui son combat pour la préservation de la nature à l'UICN. A la tête de ce réseau mondial qui dispose d'un siège à l'ONU, Julia Marton-Lefèvre compte bien démontrer que «les changements climatiques et la biodiversité sont liés». L'année 2010, déclarée Année de la biodiversité par l'ONU, lui donnera de multiples occasions de faire entendre «la voix de la nature».ELISABETH GORDON

Directrice générale de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), 63 ans.

François-Paul Jourhe

L'horloger encensé par ses pairs

DIDIER PRADERVANDRÉDACTEUR EN CHEF DE «MONTRES PASSION»

De Marseille à Genève, en passant par Paris et Sainte-Croix, François-Paul Journe est devenu un horloger de référence, encensé par ses pairs, collectionnant prix et récompenses et bâtissant, pas à pas, sa légende et sa manufacture au cÅ“ur de la ville. Décrit comme «sérieux, mystérieux, fascinant et pudique», mais également comme «exigeant et explosif», ses proches rappellent aussi qu'il aime les bons vins, la bonne chère et les mécaniques automobiles. A ceux qui le considèrent comme un génie, héritier des grands horlogers du passé, il répond qu'ils «étaient les chercheurs, les inventeurs. Moi, je combine, je joue, je réinvente avec ce qu'ils ont créé, je n'ai encore rien amené. Un jour, peut-être...» Une chose est sûre pourtant, cet ancien cancre qui a quitté l'école obligatoire pour le lycée technique à 14 ans, est entré en horlogerie comme d'autres en religion. Installé à Genève depuis 1994, il y a présenté, en 1999, sa première collection F.P. Journe Invenit & Fecit (j'ai inventé, j'ai réalisé): «La seule politesse d'une montre, c'est de donner l'heure, rappelle-t-il. C'est ma philosophie, celle qui explique tout mon travail...»

Maître horloger et patron de la manufacture éponyme, 52 ans.

Astrid Stuckelberger

«Madame Vieillesse»

Le proverbe le dit: «Nul n'est prophète en son pays.» La chercheuse en vieillissement en sait quelque chose: «Je suis bien plus reconnue à l'étranger qu'en Suisse.» Chargée d'enseignement en santé publique, vieillissement et questions de genre à l'Université de Genève - un poste à 50% - ce docteur en psychologie officie comme experte tout aussi bien à l'OMS, à la Commission économique pour l'Europe, que pour des gouvernements ou des think tanks internationaux.

Directrice adjointe du premier centre interfacultaire universitaire de gérontologie en Suisse, elle a ensuite pris la tête du programme national de recherche «vieillesse» du Fonds national de la recherche scientifique. Cette mère de deux adolescents compte une centaine de publications à son actif, et des livres dont le dernier, Médecine anti-âge - écrit pour Ta-Swiss (centre d'évaluation des choix technologiques) et la Confédération -, a paru en août 2008. Pas de doute, «Madame Vieillesse» a la pêche. Le meilleur moyen de rester jeune très longtempsSABINE PIROLT

Présidente du comité «vieillissement» de l'ONU, Genève, 50 ans.

Claude Ruey

Un regard libéral sur la santé

Ces jours-ci, Claude Ruey passe pas mal de temps à réfléchir à l'avenir du système de santé. «Il faut que nous arrivions à une concertation entre les différents partenaires pour limiter la hausse des coûts, que nous sortions des querelles stupides», soupire le conseiller national libéral.

Président de Santésuisse, il représente pourtant un intérêt bien particulier: celui des caisses maladie. «Mais je suis un vrai libéral. Je prends mes décisions en toute indépendance, en fonction de mes valeurs politiques et de mon éthique personnelle.» Un non-conformisme qui lui a déjà valu de défendre des positions à l'opposé de celles de l'association qu'il dirige, comme lorsqu'il s'oppose aux importations parallèles de médicaments ou défend le libre choix du médecin. La même vision libérale amène l'ex-conseiller d'Etat vaudois à se méfier de toute régulation étatique. Pour lui, les cantons doivent se contenter de fixer les règles du jeu et ne surtout pas intervenir dans la fourniture de soins. «Sinon, chacun se contente de défendre son pré carré, dit l'avocat, qui siège au Parlement depuis 1999. On l'a bien vu avec la planification hospitalière.» Mais l'ancien président du Parti libéral (2002-2008) ne se laisse pas entièrement accaparer par les questions de santé. Président de l'Entraide protestante, de la Fondation du château de Chillon ou de ProCinema, il envisage d'étendre encore son engagement culturel: «Je pourrais reprendre la présidence du Festival Visions du Réel, à Nyon.»JULIE ZAUGG

Conseiller national (PLR/VD), Nyon, 59 ans.

Thierry Mauvernay

«Facilitateur» au chevet de la santé

En 2001, Thierry Mauvernay se trouve au sein de la société pharmaceutique Sanof (plus tard devenue Sanofi-Avenus) pour négocier un contrat. Jean-François Dehecq, alors PDG, l'invite dans son immense bureau. «Quel est le secret de votre père?», lui demande-t-il. Thierry Mauvernay, conscient que son père Roland-Yves est «un génie de la molécule», ne sait trop que répondre. Lui vient alors la réplique: «Ce n'est pas qu'il soit meilleur que les autres.

Mais il se trompe moins souvent!» Et Jean-François Dehecq de répliquer. «Vous avez raison. On peut maintenant négocier le contrat» Dans sa jeunesse, Thierry Mauvernay s'est juré de ne jamais travailler dans l'entreprise familiale. Après ses études supérieures de sciences éco à Clermont-Ferrand, il fonde sa propre société de produits cosmétiques à Paris, dont le principal marché est au début le Liban, un pays où il a travaillé. Par la suite, ses produits se vendront dans 32 pays. En 2001, il envisage de mettre un terme à la direction de sa société vendue trois ans plus tôt. C'est le moment d'accepter l'offre paternelle de rejoindre Debiopharm SA à Lausanne. Aujourd'hui Debiopharm Group compte plus de 300 collaborateurs. Thierry Mauvernay se veut un «facilitateur», comme disent les Canadiens. Il s'agit de tout entreprendre pour faciliter le développement des molécules. Mais le numéro deux du groupe n'est pas qu'un gestionnaire. L'avenir de la santé le préoccupe grandement. La «médecine personnalisée» est selon lui, l'une des clés de l'avenir.PHILIPPE LE BÉ

Vice-président exécutif de Debiopharm Group, Lausanne, 56 ans.

David Hiler

Un grand argentier estimé

On dit de David Hiler qu'il est l'homme fort du Gouvernement genevois. Vert de l'espèce non dogmatique (lui préfère dire «rationnelle»), il ajoute cette année à sa fonction de chef des Finances, celle de président du Conseil d'Etat Pivot entre la droite et la gauche, il bénéficie d'une solide estime bien au-delà du Parti écologiste genevois, dont il fut l'un des pionniers. Peu avant son élection, en 2005, il annonçait son envie d'économiser dans les services généraux de l'administration. Et il l'a fait. Avec un tel bilan, l'Américano-Suisse serait depuis longtemps sur la liste des papables pour le Conseil fédéral s'il n'y avait ce problème de langue. David Hiler ne parle pas un traître mot d'allemand. Comme tout bon Genevois.TITUS PLATTNER

Conseiller d'Etat genevois (Les Verts), 53 ans.

Gisèle Ory

Le combat pour les droits des invalides

Elue fin avril au Conseil d'Etat neuchâtelois, Gisèle Ory s'apprête à entamer une nouvelle vie politique. «Je me réjouis de pouvoir mener un projet du début à la fin, note la socialiste. Je suis une bâtisseuse dans l'âme.» Placée à la tête du Département de la santé et des affaires sociales, la Chaux-de-Fonnière aura bien besoin de cette énergie pour mener à bout la difficile réforme hospitalière, contestée par quatre initiatives populaires. «Je vais commencer par organiser des états généraux de la santé. Le but est d'arriver à une solution qui soit acceptable pour tous, par exemple en garantissant une équité de traitement aux sites de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds.» Elle pourra s'appuyer sur sa longue expérience dans le domaine de la santé. Présidente de Pro Infirmis Neuchâtel, elle est très présente sur les questions de santé au Conseil des Etats, où elle siège depuis 2003. «Je me suis battue pour que la cinquième révision de l'AI soit la moins défavorable possible pour les invalides.» La votation de septembre sur une hausse de la TVA pour renflouer l'AI représente une autre bataille décisive. «J'espère un oui, mais ce sera un combat difficile. Il n'est jamais très populaire de demander la hausse d'une taxe.» Ces jours-ci, l'ancienne porte-parole de Ruth Dreifuss s'engage pour un autre oui, celui à la réintroduction des médecines complémentaires dans l'assurance de base. «Cela fait vingt-cinq ans que je les utilise pour soigner mes enfants. Elles nous ont évité de nombreuses visites chez le médecin, opérations des amygdales et antibiotiques.»JULIE ZAUGG

Conseillère aux Etats (PS/NE), conseillère d'Etat élue, 53 ans.

Michel Probst

Le Jura au centre de tout

Ces derniers temps, la presse l'a malmené en lui reprochant de ne pas être assez visible. Alors qu'en 2009 il préside à la fois le Gouvernement jurassien et la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale. Michel Probst soupire: il n'est ministre que depuis 2006. «Mes dossiers sont sur le point d'éclore.» Cela donnera le tournis. Car ce libéral-radical cultive une vision stratégique «à 360 degrés». Principe de base: «Le Jura n'est plus périphérique mais central.» Ainsi les Jurassiens s'arriment-ils enfin à la BaselArea. Ce qui ne va pas sans choix cornéliens. Le Jura se considère bien sûr comme partie de l'espace romand.

Mais au moment d'unir leurs promotions économiques, les Conseils d'Etat de Suisse occidentale lui ont demandé de choisir son camp: le leur ou celui de Bâle? A Delémont, le gouvernement tergiverse encore, mais pour Michel Probst, c'est clair. L'avenir économique de son canton est d'abord du côté de la métropole bâloise. Cela ne vaut pas pour tout. «Nos stratégies de coopération seront à géométrie variable.» Le ministre s'emballe pour le rapprochement culturel qui s'opère avec le Territoire de Belfort. «Le TGV Rhin-Rhône mettra Porrentruy à deux heures cinquante de Paris.» Vers le sud, l'autoroute transjurane sera entièrement réalisée entre Porrentruy et Bienne dès 2014. Les Jurassiens ont donc l'avenir pour eux. Sauf qu'il leur reste toujours à décider d'exister ou non dans un même canton, du Nord au Sud. Satanée question, tellement anachronique pour qui développe des vues à 360 degrés. «Mais il faut en passer par là», défend Michel Probst.DANIEL AUDETAT

Ministre jurassien, chef du Département de l'éco-nomie, de la coopération et des communes, 49 ans.

Directeurs des banques cantonales

Banques de proximité, le retour gagnant

Ils ont le triomphe modeste. Les patrons des banques cantonales sont satisfaits, et la plupart des établissements qu'ils dirigent ont enregistré une hausse de leur volume d'affaires. Le record suisse appartient à la Banque cantonale neuchâteloise (progression de son bilan de +19,32% en 2008, loin devant le résultat de celle de Lucerne, les banques cantonales fribourgeoise et valaisanne occupant la troisième et la quatrième places!), alors que les grandes banques, et l'UBS en particulier, marquent le pas. Mais aucun d'entre eux ne se réjouit du malheur de ces géants devenus colosses aux pieds d'argile. Nous sommes entre gentlemen. D'autant plus que plusieurs de ces CEO romands ont eu des responsabilités au sein des deux grandes banques, à l'exemple - précisément - du Neuchâtelois Jean-Noël Duc, du Valaisan Jean-Daniel Papilloud, du Fribourgeois Albert Michel ou du Genevois Biaise Goetschin. On ne crache pas dans la soupe qui, naguère, vous a nourri.

Chahutées tout au long des années 90 à cause de la crise immobilière, les banques cantonales tiennent leur revanche. Elles étaient perçues comme vieillottes, elles sont redevenues modernes, attrayantes. Elles peuvent jouer crânement la carte de la proximité, de Delémont à Lancy et de Sierre au Locle. Elles se sont recentrées sur leurs activités de base, sur leur métier premier - récolter l'épargne et prêter cet argent -, tout en multipliant leurs collaborations dans le domaine des fonds de placement (Swisscanto), de la formation continue ou des indicateurs économiques, à l'image de la publication annuelle du PIB romand, lancé à l'occasion de l'édition 2008 du Forum des 100.

Aux commandes, c'est le Valaisan Jean-Daniel Papilloud et le Fribourgeois Albert Michel qui sont les plus «anciens», en poste respectivement depuis 1992 et 1993. Tous deux sont extrêmement bien implantés dans le terreau économique de leur canton. En une seule formule, Jean-Daniel Papilloud résume le mot d'ordre d'une banque cantonale: «Nous n'entendons pas modifier notre modèle d'affaires, celui d'une banque universelle de proximité. Comme banquiers, nous sommes des gens pragmatiques. Ce qui nous guide, ce sont les besoins de nos clients.» Rares sont les grandes entreprises locales qui n'ont pas de relation d'affaires avec l'établissement du cru.

Mais on aurait tort de les considérer comme des personnages qui n'ont tété qu'aux mamelles locales. Jean-Daniel Papilloud a travaillé à Londres et à Monaco; Biaise Goetschin s'est exilé un temps à New York; Pascal Kiener a déployé ses activités de consultant en Europe. Plusieurs d'entre eux sont en possession d'une licence HEC, mais le Jurassien Bertrand Valley a un brevet d'avocat et Pascal Kiener un diplôme d'ingénieur de l'EPFL. Au fil des ans, ces formations de base ont été complétées par des études de management. Mais ce qui ne s'apprend pas dans les hautes écoles, c'est la maîtrise des arcanes politiques locales. Avec les années, ces CEO ont donc aussi été appelés à pratiquer un exercice très éloigné de leurs compétences techniques ou managériales. Tout sauf une mince affaire.ROLAND ROSSIER

PASCAL KIENER

Président de la direction générale de la Banque cantonale vaudoise, 47 ans.

ALBERT MICHEL

Président de la direction générale de la Banque cantonale de Fribourg, 60 ans.

BERTRAND VALLEY

Directeur général de la Banque cantonale du Jura, 44 ans.

JEAN-DANIEL PAPILLOUD

Président de la direction générale de la Banque cantonale du Valais, 58 ans.

JEAN-NOËL DUC

Directeur général de la Banque cantonale neuchâteloise, 55 ans.

BLAISE GOETSCHIN

Président de la direction générale de la Banque cantonale de Genéve, 51 ans.

Astrid Epiney

L'heure d'adhérer à l'Europe

L'Europe, l'Union et ses nombreuses institutions, son histoire, ses idéaux...

Les étudiants n'en ont encore qu'une très vague idée lorsqu'ils débarquent à l'Institut de droit européen de l'Université de Fribourg, que dirige Astrid Epiney.

Celle-ci sourit: «C'est vrai qu'il faut expliquer aux jeunes d'aujourd'hui que l'Union européenne est d'abord un projet de paix.» Allemande d'origine, Astrid Epiney arrive en Suisse en 1989. Cinq ans plus tard, elle est nommée professeur de droit européen à l'Université de Fribourg, dont elle devient vice-rectrice en mars 2007.

Comment cette binationale vit-elle la virulente dispute fiscale qui a éclaté entre les deux pays? «Je me sens plus Suissesse qu'Allemande», précise-t-elle d'emblée avant d'ajouter: «Je pense que la Suisse n'a pas réalisé assez tôt qu'un problème allait surgir et qu'elle a raté le bon moment pour agir de manière proactive.» A l'heure où l'eurobaro-mètre est au plus bas en Suisse, Astrid Epiney reste cependant persuadée de la nécessité d'adhérer à l'UE. «La Suisse est de plus en plus isolée sur le plan international et elle n'a plus le choix. Ses intérêts seraient mieux défendus au sein de l'UE qu'à l'extérieur, d'autant plus qu'elle est déjà bien intégrée sur le plan du droit communautaire».

MICHEL GUILLAUME

Vice-rectrice de l'Université de Fribourg, 43 ans.

Pierre-François Unger

Un urgentiste au secours de la santé genevoise

Ancien chef des urgences aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG), Pierre-François Unger reprend logiquement le Département de l'économie et de la santé (DES) lorsqu'il est élu au Conseil d'Etat en 2001. Huit ans plus tard, il y est toujours et souhaite conserver ce poste à l'issue des élections de cet automne. «J'ai entamé un certain nombre de projets que je voudrais mener à bout. Aussi, ce n'est pas le moment de lâcher l'économie, quand elle est au plus mal.» Se retournant sur ses années à la tête du DES, le démocrate-chrétien est particulièrement fier de deux réalisations: «La loi sur l'intégration des personnes handicapées et la réforme du système d'aide sociale, qui permet de supprimer les effets de seuil. Il s'agit de vrais succès de justice sociale.» Sur le front de la santé, il a apporté sa pierre à l'édifice de la maîtrise des coûts en mettant en place le Réseau communautaire d'informatique médical.

Un projet pionnier qui n'a finalement abouti - au bout de sept ans - que grâce à un partenariat public-privé. Concrètement, il s'agissait de regrouper l'ensemble du parcours médical du patient sur un support informatique, auquel ce dernier a accès. «Le malade devient authentiquement propriétaire de son dossier et se responsabilise par rapport à son parcours de santé.»

L'économicité mais aussi la qualité et la sécurité du système en bénéficient. Pour la prochaine législature, il aimerait i voir l'agglomération genevoise se développer, «sur le plan de la mobilité, du logement et de l'attractivité pour les entreprises.»JULIE ZAUGG

Conseiller d'Etat, PDC, chef du Département de l'économie et de la santé, Genève, 57 ans.

Yvan Perrin

Le bûcheur

C'était pendant la session de printemps. Pour la première fois, dit-il, il a réussi à ne plus s'agripper au pupitre avec les deux mains, au moment de prendre la parole à la tribune. Voilà cinq ans et demi que le Neuchâtelois siège au Conseil national. «Je me sens enfin un peu plus sûr de moi.» Ce genre de confidence candide, c'est du Yvan Perrin tout craché. Sa marque de fabrique, sa façon à lui de s'affirmer. Mais on aurait tort de le sous-estimer. Découvert tout au fond d'une arrière-salle de bistrot en 2001 par Ueli Maurer (entre temps devenu conseiller fédéral), l'inspecteur de police a fondé la section cantonale UDC, conquis un siège au National en 2003, avec 22,5% des voix et confirmé en 2007, avec 23,2%. Depuis 2006, il est vice-président de l'UDC suisse. En 2005, il échouait certes au Conseil d'Etat. Mais c'était une candidature malgré lui. Car Yvan Perrin est avant tout un bon soldat, un commu-nicateur qui a l'intelligence de l'autodidacte. Et surtout un bûcheur. Le dimanche précédant un passage à un débat à Infrarouge sur la TSR, il le consacre tout entier à la préparation de l'émission. Plus les heures perdues les autres jours.

Il affûte les arguments, prépare ses phrases. Sur le plateau télé, face aux autres politiciens plus doués, mais moins scrupuleux, cela se sent.TITUS PLATTNER

Conseiller national (NE), vice-président de l'UDC, 42 ans.

Martial Saugy

Des jeux et des tests sanguins

Expert renommé de la lutte antidopage sur le plan mondial, Martial Saugy dirige le laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), installé à Epalinges (VD). Passionné de course à pied, il compte plusieurs marathons à son actif et participe chaque année à la fameuse épreuve Sierre-Zinal. «Pour mon travail, l'expérience des réalités du terrain se révèle extrêmement importante», souligne ce fils de paysans de la Broye. Ces dernières années, le LAD s'est spécialisé dans les tests sanguins et se voit régulièrement sollicité lors des grands rendez-vous sportifs internationaux (Mondial de foot, Euro, Jeux olympiques, etc.). A l'heure où nous écrivons ses lignes, l'équipe de Martial Saugy contrôle les échantillons dans le cadre des Mondiaux de hockey qui se déroulent à Berne et à Zurich. Bref, toujours au cÅ“ur de l'actualité sportive suisse ou mondiale.LUDOVIC CHAPPEX

Directeur du Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), Epalinges, 54 ans.

James Pulcrano

L'Américain aux commandes de l'IMD

Il aurait pu choisir Harvard pour faire son MBA. Mais l'Américain James Pulcrano désirait une carrière internationale et lui a préféré «une toute petite école à Lausanne», l'IMD. C'était en 1983 et ce choix fera de lui, vingt-cinq ans plus tard, le directeur exécutif de cette école de management. Une école qui peine encore à se faire connaître aux Etats-Unis, mais qui a su se hisser dans le top 20 des rankings. L'IMD s'est spécialisé dans les cours sur mesure que sollicitent des grandes entreprises et compte la moitié de ses clients hors Europe. Son prochain défi? Réussir à séduire encore plus à l'étranger. «Nous créons un cours ouvert au Brésil, explique le directeur exécutif. Cela permet de nous y faire connaître et à nos profs de découvrir le terrain.» A l'IMD depuis seize ans, James Pulcrano a-t-il abandonné ses rêves de carrière internationale? «C'en est une! se défend-il. Je suis un jour à Munich, un jour à la Silicon Valley et, avec nos 320 collaborateurs, je découvre tout le temps de nouvelles choses.» Adoptée, la Suisse, donc. L'Américain et son épouse anglaise se sont naturalisés et ont fini par apprécier la logique et la réglementation du pays, qui les agaçaient au départ. «La Suisse, c'est un parc Disney! Nous voulions déménager dans un pays exotique, pour que nos enfants découvrent le monde réel, qu'ils voient ce qu'est un SDF.» Mais finalement, pourquoi se faire violence?TASHA RUMLEY

Directeur exécutif de l'IMD, 51 ans.

Jesús Martin-Garcia

Un partenariat pour les sciences de la vie

RAYMOND LORETAN PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE GENOLIER SWISS MEDICAL NETWORK

Jesús Martin-Garcia est un des entrepreneurs les plus expérimentés de notre région. Il a été le cofondateur du Shop en 1997, et a participé pendant plus de dix ans au développement d'autres start-up telles que Silverwire ou VTX. Une telle expérience entrepreneuriale, précédée d'un MBA de la Harvard Business School, appelle généralement à passer du côté du capital-risque. Mais Jesús Martin-Garcia a voulu ouvrir une voie originale: «Je voulais créer une nouvelle approche, qui allie technologie, capital et savoir-faire, mais où l'angle entrepreneurial et industriel prime sur le plan purement financier.» C'est de cette volonté, et de trois ans passés à convaincre tous les partenaires, qu'est né Eclosion: un partenariat entre le canton de Genève, les grands instituts académiques de l'arc lémanique, des industriels et des investisseurs privés, qui sert de plate-forme de lancement pour de nouvelles sociétés dans le domaine des sciences de la vie. Jesús Martin-Garcia a été rejoint par Benoît Dubuis, alors doyen de la Faculté des sciences de la vie à l'EPFL et ils inaugurent Eclosion fin 2004. Depuis, huit nouvelles sociétés ont été lancées, lèvent des fonds et continuent leur développement malgré la crise. C'est par exemple le cas de GeNeuro qui est passée en quatre ans d'une théorie sur le développement de la sclérose en plaques à une société développant une molécule qui pourrait arrêter cette maladie, et qui a levé les fonds pour commencer les tests cliniques en 2010. Un beau succès pour ce modèle original! La Suisse est en aise, elle a besoin de regarder vers l'avenir et d'ouvrir des perspectives, Jésus Martin-Garcia est une des personnalités qui nous le permet.

Directeur d'Eclosion Sciences de la vie, 46 ans.

Fabienne Lupo

L'enthousiasme du Sud au service de la haute horlogerie

DIDIER PRADERVANDRÉDACTEUR EN CHEF DE «MONTRES PASSION»

Fabienne Lupo, directrice de la Fondation de la haute horlogerie (FHH), c'est d'abord un sourire éclatant, un regard énergique, un enthousiasme. Et on s'interroge: comment cette enfant de Toulouse, qui se rêvait danseuse ou comédienne, se retrouve-t-elle à diriger la FHH, elle que rien ne prédisposait à cet univers? «Pour mes parents, artiste n'était pas un métier, ils m'ont donc poussée à faire des études.» Diplômée en commerce, puis en marketing et modélisation mathématique, elle commence sa carrière à Paris (cosmétiques, parfums, études de marché), puis retourne dans le Sud, y dirige une entreprise de produits naturels, avant d'être nommée commissaire générale auprès de la Foire internationale de Marseille. Elle y reste cinq ans, le temps de «se régaler» et de devenir maman. En 1998, recrutée par un chasseur de têtes, elle met en place la structure du SIHH (Salon international de la haute horlogerie) et, en 2000, pose ses valises à Genève.

Depuis, le SIHH est devenu un incontournable de la planète horlogère et la FHH (fondée en 2005) un organisme qui, ici et ailleurs, se bat pour la défense et la promotion de l'art horloger. Si, côté cour, Fabienne Lupo vit à 100 km à l'heure, côté jardin, ce n'est pas plus calme puisque, avec son compagnon «et l'aide d'une nounou», elle «gère» trois ados et un bout de chou de 18 mois: «Je suis dans la fleur de l'âge. Si j'arrêtais, je me fanerais...»

Directrice de la Fondation de la haute horlogerie, 41 ans.

Thomas Hinderling

Innovation et équité, un style de management gagnant

VÉRONIQUE GOY VEENHUYS CEO EQUAL-SALARY

La quête et la rétention de talents sont des mots qui reviennent régulièrement dans la bouche de Thomas Hinderling, CEO du CSEM, Centre suisse d'électronique et de micro-technique SA à Neuchâtel. Pas étonnant dès lors que le CSEM soit la première entreprise certifiée Equal-salary. Pour ce diplômé en physique nucléaire de l'Université de Zurich et professeur titulaire à l'EPFL, «l'égalité salariale doit être assurée pour des raisons d'éthique et de justice». Le CSEM, centre de recherche et de développement spécialisé en micro et nanotechnologies, microélectronique, ingénierie des systèmes et technologies de la communication, emploie près de 400 collaborateurs. Grâce à son style de management qui privilégie l'innovation, l'éthique et l'équité, Thomas Hinderling, à la tête du CSEM depuis 1997, a su attirer des collaboratrices et collaborateurs hautement qualifiés, originaires de plus de 20 pays, qui constituent la base de la créativité, du dynamisme et du potentiel d'innovation extraordinaire de l'entreprise. En 2007, le CSEM a créé Nolaris, sa 25e start-up dont l'objectif est d'assurer la conception et la réalisation d'îles solaires flottantes dans les Emirats arabes unis. Imaginées par Thomas Hinderling, ces îles doivent permettre de produire de l'électricité et de faire fonctionner des systèmes de dessalinisation ou de refroidissement. Outre l'obtention du label Equal-salary à la fin de 2007, le CSEM s'est vu décerner le prix Egalité 2008 dans la catégorie des entreprises de taille moyenne et a été finaliste au prix Equité.

CEO du CSEM Centre suisse d'électronique et de microtechnique SA, 63 ans.

Hélène Béguin

La promotion des carrières féminines

Plus d'un tiers des postes de cadres sont occupés par des femmes chez KPMG en Suisse romande. Elle estime ce résultat très positif, Hélène Béguin, directrice de l'antenne lausannoise de la multinationale depuis 2006 et première femme à occuper une telle position en Suisse. Pour cette mère de deux filles, il n'a pourtant jamais été question de forcer les choses: «La promotion des carrières féminines doit venir d'une envie de l'entreprise, pas d'une obligation. Il faut simplement que les femmes qui veulent faire carrière puissent se réaliser sans se heurter à des obstacles structurels.» Pour ce faire, Hélène Béguin soutient depuis 2007 un réseau féminin au sein de KPMG, baptisé le KNOW (KPMG Network Of Women). Son but consiste à convaincre les jeunes femmes que combiner carrière et famille est possible car, observe Hélène Béguin, «la pression sociale pour qu'elles arrêtent de travailler au moment de fonder une famille peut être très forte». Si la directrice de KPMG encourage les carrières féminines, ce n'est pas parce qu'elle considère que les femmes possèdent des qualités spécifiques, mais par souci de diversité: «Privilégier un seul type de profil ne profite pas à l'entreprise. Les équipes les plus dynamiques sont formées de nationalités, de générations et de genres divers.»GENEVIEVE RUIZ

Directrice du siège de KPMG, Lausanne, 43 ans.

Michel Pierre Glauser

Vecteur de rayonnement

JEAN-FRÉDÉRIC JAUSLIN DIRECTEUR DE L'OFFICE FÉDÉRAL DE LA CULTURE

S'il y a quelqu'un qui fait naturellement partie des personnalités qui font la Suisse romande, c'est bien Michel Pierre Glauser. Son engagement sans bornes dans les domaines scientifique, culturel et social le désigne tout naturellement dans ce groupe. De par ses fonctions passées et présentes, il contribue à un rayonnement exceptionnel de toute la région romande. Discret mais très engagé dans ce qu'il croit, travailleur acharné mais sachant aussi jouir de la vie et des bons moments, extrêmement exigeant et rigoureux avant tout avec lui-même mais aussi au niveau des projets qu'il défend avec ardeur, et pardessus tout homme hautement apprécié pour ses grandes qualités humaines et son sens de l'amitié, Michel Pierre Glauser peut être qualifié de personne exceptionnelle. Originaire de Montreux, il acquiert sa formation médicale à Lausanne, à Hambourg et à Berlin. Il effectue de nombreux stages en Suisse puis aux Etats-Unis, notamment à Yale et à San Diego. C'est là qu'il s'oriente vers sa spécialisation, les maladies infectieuses. Revenu en Suisse, il connaîtra un cursus prestigieux, l'amenant à divers postes à hautes responsabilités au CHUV et à la Faculté de médecine de l'Université de Lausanne. Il sera également très actif au sein du Fonds national suisse de la recherche scientifique et même élu par le Conseil fédéral au poste de président de la Commission fédérale de contrôle de la recherche sur le sida. Il deviendra dès lors une référence mondiale dans la lutte contre les maladies infectieuses telles que le sida, le SRAS, la grippe aviaire ou même la listeria. Depuis 2004, Michel Pierre Glauser préside avec brio le conseil de la Fondation Leenaards, contribuant ainsi à un large soutien de la science, de la culture et du domaine social dans les cantons de Vaud et de Genève.

Président du conseil de la Fondation Leenaards, 69 ans.

Ueli Leuenberger

Le Vert métallo

Le Genevois ne se passionne ni pour l'écologie, ni pour les longs débats idéologiques. Pourtant, Ueli Leuenberger préside les Verts suisses depuis un an. Car Ulrich (son vrai prénom) est d'abord un syndicaliste altermondialiste. Entré au PS à 16 ans, sa conversion à l'écologie s'est faite par accident, dans les années 70, durant les neuf années pendant lesquelles il était ouvrier à lUsine genevoise de dégrossissage d'or. Un «travail dégueulasse», dit-il, qui consistait à récupérer le précieux métal sur toute sorte de bijoux ou d'objets en les trempant dans un bain à base d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique. Elu délégué syndical (tendance maoïste), il a obtenu la création d'une commission d'hygiène et de sécurité dans l'entreprise. De l'écologie du travail, Ueli Leuenberger est passé à l'écologie tout court, parce que les acides, le chlore et le cyanure de potassium étaient non seulement dévastateurs pour la santé des ouvriers, ils étaient aussi rejetés dans le Rhône. Puis Ueli Leuenberger s'est formé pour devenir travailleur social, est devenu syndicaliste SIT et a finalement été élu conseiller national, en 2003. Grâce à ses talents de rassembleur et son bilinguisme, lui, l'apprenti cuisinier autodidacte, a su maintenir depuis un an une certaine cohésion dans un parti avant tout composé d'individualistes intellos. Et il a mis entre parenthèses le fait que jusque-là, il était le Vert le plus à gauche du parti.TITUS PLATTNER

Conseiller national (GE), président des Verts suisses, 57ans.

MgrJoseph Roduit

Le partage fraternel

EDGAR FASEL EXPERT EN COMMUNICATION FBL CABINET CONSEILS

Ce fils d'un arboriculteur qui pensait faire de lui un avocat prêt à défendre les intérêts des agriculteurs valaisans, souhaitait devenir assistant social. En 1960, à l'âge de 21 ans, il fait un essai à l'Abbaye de Saint-Maurice, essai concluant puisqu'il y est encore! Après sa théologie à Fribourg et à Rome, il vit sa pastorale dans la vallée de Bagnes, dont il va garder des expressions de sagesse Tel ce balayeur de rue qui lui disait à l'oreille, lors d'un discours qui durait: «Il parle beaucoup trop pour avoir raison!» Durant dix ans prieur de l'Abbaye qui va fêter en 2015 ses 1500 ans d'existence ininterrompue, Mgr Joseph Roduit en devint l'abbé en 1999, succédant à Mgr Salina. Reconnaissant d'avoir reçu de sa famille un capital affectif qui lui rapporte des intérêts tout au long de sa vie, il est cofondateur de la Maison de la famille, une institution qui veut former les personnes aux valeurs familiales. Dans un monde où chaque matin on vous sert tout chaud des nouvelles fraîches, il préfère le silence du livre aux bruits des médias. Il sait que dans la forêt l'arbre qui craque fait beaucoup plus de bruit que toute la forêt qui pousse. Sans dénier au journaliste le droit de répercuter les craquements de la société, il préfère, lui, écouter les silences de la sève humaine qui fait grandir les personnes. Attentif au déséquilibre mondial, il aime cette phrase de Jean Paul II: «Il est temps de passer d'une aumône humiliante à un partage fraternel.» Une foi active, une espérance fondamentale lui permettent de vivre au quotidien son attention toute chrétienne aux personnes.

Abbé de Saint-Maurice, 70 ans.

Bruno Meier

Un financier au gouvernail de Rolex

Etre seulement le quatrième patron de Rolex en un siècle, après Hans Wilsdorf (1908-1960), André Heiniger (1963-1992) et Patrick Heiniger (1992-2008), c'est d'emblée s'installer dans un courant de continuité, quasiment une lignée royale. Forte d'un chiffre d'affaires estimé à plus de 3 milliards de francs, la montre à la couronne demeure la première marque horlogère de luxe de la planète. Elle est aussi le premier employeur de Genève avec 4000 collaborateurs sur un total d'environ 8500 dans le monde. Pourtant, l'arrivée surprise de Bruno Meier à la présidence de la direction intervient alors que le fleuve tranquille dans lequel baignait son groupe subit de très fortes turbulences, surtout aux Etats-Unis, son vivier traditionnel. «Nous traversons sans aucun doute une période difficile, mais Rolex, avec sa position de leader et sa force de frappe internationale, se prépare d'ores et déjà à l'après-crise», nous confie Bruno Meier. Directeur financier pendant quatre ans dans la maison, ce dernier pense «apporter un certain savoir-faire et de solides compétences de gestion qui devraient s'avérer utiles pour passer le cap de la crise dans les meilleures conditions possibles». Avant de rejoindre Rolex en février 2005, Bruno Meier a collaboré au sein de JP Morgan & Co., Banque Paribas, Republic National Bank of New York puis Deutsche Bank. En regard de la banque, il goûte aujourd'hui l'avantage d'appartenir à une fondation: «Elle nous met à l'abri de la pression permanente des actionnaires et des marchés.»PHILIPPE LE BÉ

Président de la direction de Rolex, Genève,59 ans.

Caroline Krug

Ambassadrice de rêve

«Nous vendons du rêve. Du plaisir.» Depuis presque trois ans, Caroline Krug dirige la filiale helvétique du géant mondial du luxe, le groupe français LVMH. Huit boutiques nichées dans les grandes villes et les stations huppées. Et 110 collaborateurs et collaboratrices. A ce poste, cette chaleureuse Française native de Reims doit allier des compétences de gestion d'entreprise et de marketing. Ce dernier domaine, elle l'a acquis puis maîtrisé tout au long de son parcours professionnel.

Après avoir grandi en Champagne, au milieu des vignes, elle «monte» à Paris pour suivre une école de commerce. Elle vit alors dans une chambre de bonne, au 7e étage sans ascenseur, un sort romantique connu par d'innombrables jeunes Français venus de province. Caroline Krug dirige ensuite des fabricants de Champagne - dont le groupe familial Krug -puis rejoint Louis Vuitton en 2001. De la Suisse, elle a adopté «la richesse des contradictions et des contrastes d'un pays à la fois fier et très ouvert». Elle a vite perçu les atours et les contours du pays. Sa diversité et ses aspérités. La modestie - parfois feinte - de ses habitants. Elle est optimiste, volontaire, sportive. «J'aime pratiquer le ski, que j'ai appris toute gosse à Chamonix.» Caroline Krug a un faible pour la ville savoyarde, comme pour deux autres stations alpines, Verbier et Zermatt. «Cet été, mon rêve serait d'ailleurs de me lancer sur la Haute Route, de relier à pied durant cinq jours Chamonix à Zermatt.»ROLAND ROSSIER

Directrice de Louis Vuitton Suisse SA 43 ans.

Pascal Kiener, CEO, BCV

«Le canton de Vaud joue un rôle de plaque tournante»

Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?

Comme l'économie mondiale, l'économie romande est entrée en récession. Ce n'est pas vraiment surprenant car notre économie est très orientée vers l'exportation dans des pays qui sont eux-mêmes déjà en récession. En revanche, notre économie locale semble encore, à ce stade, mieux résister que les économies intérieures de nos voisins. A terme, je reste cependant confiant car l'économie romande regorge d'entreprises saines et peu endettées. Par ailleurs, cette économie est bien diversifiée notamment dans les branches de moyennes et hautes technologies.

Qu'est-ce qui unit, qu'est-ce qui divise les Romands?

Avant tout une langue, une culture et les éléments qui s'y rapportent tels que la presse écrite et radio-télévisée. De par sa position géographique, le canton de Vaud joue un rôle de plaque tournante importante en Suisse romande. Par exemple, avec Genève pour une nouvelle collaboration autour d'une 3e voie CFF, avec le Valais pour le projet d'un hôpital dans le Chablais, avec Fribourg dans le cadre du Gymnase intercantonal de la Broye ou avec le Valais, Neuchâtel et le Jura en ce qui concerne la promotion économique. Je ne pense pas que la Suisse romande soit divisée même s'il y a parfois des sensibilités différentes, ce qui est infime à l'échelle mondiale, et des rivalités. Ces dernières sont d'ailleurs parfois sources de progrès...

Pourquoi la BCV s'engage-t-elle dans le soutien au Forum des 100?

Nous estimons que c'est une des initiatives qui met en avant la Suisse romande en tant qu'entité propre, au-delà des frontières cantonales. C'est un lieu où les idées à ce sujet peuvent se confronter. Nous encourageons ce débat d'idées nécessaire et fructueux.

www.bcv.ch

Dominique Arlettaz, recteur, UNIL

«L'économie romande peut reposer sur des valeurs sûres»

Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?

Qui peut le dire, dans une conjoncture aussi incertaine que l'actuelle? Mais l'économie romande peut reposer sur les valeurs sûres et l'investissement à long terme que constituent une formation supérieure de premier niveau et une recherche scientifique de pointure internationale.

Qu'est-ce qui unit, qu'est-ce qui divise les Romands?

Les guerres de clocher amènent encore trop souvent à des distorsions de perspective, dans un périmètre politique et économique déterminé à l'échelle planétaire. Tous les grands projets structurels romands démontrent que la solution réside dans la constitution de réseaux et la mise en commun de ressources et compétences complémentaires, à l'échelle régionale, nationale ou mondiale. C'est ce que les hautes écoles romandes appliquent depuis plusieurs années. C'est pourquoi elles caracolent en tête dans le paysage universitaire suisse, animées par un dynamisme qui fait des envieux dans d'autres parties du pays.

Pourquoi l'UNIL s'engage-t-elle dans le soutien au Forum des 100?

Le Forum a montré sa capacité d'aborder année après année des thématiques qui constituent un enjeu fondamental pour celles et ceux que l'UNIL a la mission de former et qui joueront un rôle novateur nécessaire à l'avenir du pays.

www.unil.ch





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