L'Hebdo;
2006-05-24 600 leaders phosphorent sur l'emploi de demain
Nouveaux Jobs De la réindustrialisation à la réinvention du tourisme, les invités du Forum des 100 ont esquissé quelques réponses. Compte rendu par Eric Felley et Pierre Nebel.
Les 600 invités du Forum des 100 n'ont eu que ce mot à la bouche: «entrepreneur». Le pays a besoin de nouveaux créateurs d'entreprise pour compenser la disparition des emplois condamnés par les délocalisations et les restructurations. Par le truchement d'un enregistrement vidéo projeté sur l'écran géant de l'Amphimax de l'Université de Lausanne, Nicolas Hayek, président de Swatch Group, a lancé le débat par un message sans ambiguïté: la banque, l'assurance et les services ne pourront pas combler le trou. Si la Suisse veut donner du travail à chacun, elle doit favoriser l'émergence de nouveaux entrepreneurs et recommencer à croire à son industrie. Et une phrase: le temps est venu de réindustrialiser. Et lorsqu'on lui rétorque que sa proposition est idéaliste, Nicolas Hayek répond du tac au tac: «C'est en étant idéaliste que j'ai fait grandir le Swatch Group de 5000 employés à plus de 20 000.»
Est-il seulement possible de maintenir une industrie dans le pays? Le directeur de la fonderie Stadler Stahlguss de Bienne, Beat Bolzhauser, en est convaincu. En quelques minutes, il explique comment son entreprise a survécu à la faillite et parvient aujourd'hui à damer le pion à la concurrence chinoise et polonaise.
Le secret? Une réorganisation drastique et «le courage d'un véritable entrepreneur», le Thurgovien Peter Spuhler qui croit à la Suisse. «Mais attention, précise Beat Bolzhauser, survivre signifie aussi des sacrifices, notamment travailler plus longtemps pour le même salaire.» Grâce à son succès, il a pu créer 50 postes supplémentaires. «Il n'est pas malsain de travailler beaucoup; par contre, il est asocial de licencier du personnel pour une simple raison de coût.»
Comment produire des entrepreneurs? Cette remarque suscite une proposition de Michel Monbaron, vice-recteur de l'Université de Fribourg, qui se lève au milieu de l'assemblée: «Pour soutenir l'apparition des patrons dont nous avons besoin, pourquoi ne pas créer une école pour des entrepreneurs acquis au capitalisme social?» Le cofondateur d'Actelion Jean-Paul Clozel est plutôt sceptique: «Etre entrepreneur, cela ne s'apprend pas, il n'y a pas d'école pour être courageux.» En revanche, il se prononce pour le maintien de petites entreprises pour favoriser la créativité: «Le plus grand risque serait une fusion de Roche et de Novartis qui détruirait un énorme potentiel d'innovation. Pour préserver la créativité, il faut aussi préserver l'indépendance.»
Contrairement à Jean-Paul Clozel, la directrice générale de Nestlé Suisse, Nelly Wenger, ne pense pas que l'innovation soit le privilège des petites entreprises. «On peut aussi être entrepreneur dans une grande société.» Elle regrette néanmoins que certains jeunes, «bien que surqualifiés, manquent d'aptitudes générales en matière de culture et d'ouverture». Des qualités qui seraient pourtant indispensables pour inventer des solutions originales à des problèmes. Malheureusement là aussi, ce genre de qualités ne s'apprend pas à l'école, «mais au sein des familles».
Pour soutenir les entrepreneurs, l'ancienne conseillère nationale libérale Barbara Polla propose «d'encourager les gens à créer leur propre emploi en reconnaissant le statut de toute petite entreprise (TPE) et en facilitant l'accès à des fonds».
Sur ce thème, le capital-risqueur David Rimer fait une proposition iconoclaste: renoncer au sacro-saint principe d'égalité de la loi pour toutes les entreprises. «Il faudrait avoir des règles différentes pour les petites entreprises. Les démarches administratives devraient être facilitées et le droit des options devrait être différent de celui des grandes entreprises.»
Une même loi pour tous Jean-Daniel Gerber, directeur du Secrétariat d'Etat à l'économie, s'oppose farouchement à cette vision: «La loi doit être la même pour tous.» Le haut fonctionnaire préfère améliorer les conditions-cadres. «Aujourd'hui, vous pouvez créer une entreprise en quelques clics de souris sur le site du seco.» Il exclut également toute intervention fédérale pour soutenir des domaines industriels particuliers. «Ce n'est pas à l'Etat de définir les secteurs d'avenir de l'industrie.»
Si les participants au débat sont unanimes sur la nécessité de favoriser les entrepreneurs, ils relèvent que l'Etat a un rôle à jouer dans la formation d'une main-d'oeuvre qualifiée. Carlos Dias, le fondateur de la manufacture Roger Dubuis, regrette que «l'école de micro-horlogerie de Genève ne forme que 20 étudiants par an. C'est totalement insuffisant et je dois recruter en France, très loin à la ronde.»
L'hôtellerie suisse hors-jeu? Une remarque qui rejoint celle de Marc Bürki, fondateur de la banque en ligne Swissquote, qui déplore dans son domaine le manque d'ingénieurs financiers. Une formation pointue d'autant plus indispensable que «les métiers du back-office peu qualifiés sont en train de chuter», prévient le président du conseil d'administration de la BCV Olivier Steimer. «Auparavant nous recrutions 10% d'universitaires, désormais ils représentent 30 à 40% des engagements.»
Après avoir évoqué la piste de la réindustrialisation et rêvé avec le projet Solar Impulse présenté par Bertrand Piccard (lire en page 93) pendant la matinée, les participants du Forum s'attaquent durant l'après-midi à un autre secteur susceptible de créer de nouveaux emplois: le tourisme. Une activité qui génère 165 000 postes de travail. Même si la branche se porte plutôt bien puisque, depuis 1970, le flux du tourisme international a été multiplié par quatre, de lourdes menaces pèsent sur l'avenir. Peter Bodenmann, l'hôtelier le plus célèbre de Brigue, prédit que sur les 5000 établissements actuellement en fonction, il ne devrait, à terme, en rester que 1000. Vrai ou faux ? Probable ou non?
Sans entrer dans ces chiffres, Hervé Bertrand, directeur d'Académie Accor à Paris, estime que «le marché a tendance à devenir bipolaire entre le low-cost et le luxe abordable. Nous constatons l'émergence de marques comme Holiday, Novotel, Sofitel, etc.» La mort du petit hôtelier semble ainsi programmée. Dans cette optique, Peter Bodenmann voit «deux scénarios porteurs pour le futur: les chaînes hôtelières et des réseaux sur le modèle américain.» C'est-à-dire une concentration verticale dans une station donnée, de l'hébergement aux remontées mécaniques en passant par les infrastructures annexes.
La directrice d'Hôtels et Patrimoine, Anne Southam, va dans ce sens: «L'hôtellerie suisse n'est plus à un niveau de qualité internationale, d'où l'opportunité de racheter des établissements, notamment des établissements de genre, pour les transformer.» Une chaîne d'hôtels permet des économies d'échelle dans le «back-office», voire même de gérer à distance un groupe d'hôtels avec système électronique pour les clés, paiement par carte de crédit et arrangement avec des partenaires locaux, pour le petit-déjeuner, par exemple. Les «chaînes hôtelières» partent du principe de niches. Michel Ferla, vice-directeur de Suisse Tourisme, a insisté sur cet aspect de l'activité, les hôtels à caractère historique, mais aussi les «KidsHotels» à vocation familiale.
La crise qu'on ne veut pas voir Cela dit, l'avenir de l'hôtellerie helvétique, en particulier dans les régions périphériques, passe par la cohabitation entre les lits chauds et froids. Actuellement les seconds ont le vent en poupe, le prix du mètre carré habitable atteint des sommets extraordinaires. Peter Bodenmann met le doigt sur le problème: «Nous sommes dans la phase où l'on ne veut pas voir que l'on est dans une crise. Il y a beaucoup d'hôteliers qui vont transformer les hôtels en appartement, si le mètre carré est vendu entre 15 000 et 20 000 francs.»
Le président de Téléverbier, Jean-Pierre Morand, partage cet avis: «Le principal problème est que le prix du mètre carré proposé aux hôteliers pour transformer leurs établissements en appartements est très élevé. Il est difficile de résister. C'est un problème majeur. Il faudrait bloquer des zones, intéresser des opérateurs. Contrairement à l'horlogerie où l'unité de production est la montre, dans le tourisme, c'est le sol.» Mais pour Michel Ferla, le problème des lits froids n'est pas aussi important qu'on peut le craindre: «Sur le net, on peut louer aujourd'hui 15000 appartements d'un seul clic».
L'optimisme de Guy Sorman Le Forum des 100 a permis de mettre en évidence les multiples facettes du tourisme, dont on sous-estime parfois la grande diversité. Omar Danial, président du groupe Manotel, a plaidé pour le tourisme lacustre avec la CGN et son 1,4 million de passagers par an. L'importance des événements culturels a été abordée par Emmanuel Gétaz, fondateur des Docks à Lausanne. Festivals, musées, expositions ou concerts génèrent près de deux millions de nuitées annuelles. Pour le directeur de l'Office fédéral de la culture, Jean-Frédéric Jauslin, «la motivation du tourisme urbain est à 80% culturelle».
Invité à conclure les débats, l'essayiste Guy Sorman a identifié quelques secteurs capables de créer de nouveaux emplois: la gestion du capital, les services rapprochés aux personnes dépendantes et la sécurité. Mais le plus important pourrait être «le secteur qui n'a pas de nom, car il n'a pas encore été inventé». Il y a quinze ans seulement, qui aurait pu prévoir le succès de l'internet? |
«Aujourd'hui, vous pouvez créer une entreprise en quelques clics de souris sur le site du seco.»
Jean-Daniel Gerber, secrétaire d'Etat à l'économie
«Pour soutenir l'apparition des patrons dont nous avons besoin, pourquoi ne pas créer une école pour des entrepreneurs acquis au capitalisme social?»
Michel Monbaron, vice-recteur de l'Université de Fribourg
Forum
Bruno Giussani, programmateur du Forum.
Jean-Pierre Morand, président de Téléverbier.
Barbara Polla, ancienne conseillère nationale libérale.
Claude Hauser, président de Migros.
Olivier Steimer, président de la BCV, et Liu Jun, correspondant chinois du Guangming Daily.
Michel Guillaume, correspondant parlementaire à Berne de L'Hebdo, et Nelly Wenger, directrice générale de Nestlé Suisse.
Horst Edenhofer, directeur général de Cartier Suisse et François Thiébaud, patron de Tissot SA.
Jacques Pilet, Grégoire Furrer, Festival du rire de Montreux et Christophe Passer, L'Illustré.
Jacques Richter, architecte.
Pascal Corminboeuf, conseiller d'Etat fribourgeois.
Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne, aux côtés d'Anne-Catherine Lyon, conseillère d'Etat vaudoise, et de François Longchamp, conseiller d'Etat Genevois.
André Kudelski, patron de Kudelski SA, et Serge Leyvraz, directeur du service d'oncologie du CHUV.
Isabelle Falconnier, cheffe de la rubrique culturelle de L'Hebdo, et Bertrand Piccard, fondateur de Solar Impulse.
Bettina Ferdmann, Fondation Philias, et Alexandre Bergmann, directeur de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe.
Robin Cornelius, patron de Switcher.
Guy Sorman, économiste et essayiste.
Daniel de Roulet, écrivain, Alain Jeannet, de L'Hebdo, La biologiste Marisa Jaconi et Oskar Freysinger, conseiller national valaisan.
Martine Brunschwig Graf, conseillère nationale genevoise, et Jean-Luc Nordmann, patron de Manor SA.
Gilles Tschudi, comédien.
Nicole Petignat, arbitre UEFA.
Denis Etienne, rédacteur en chef adjoint de L'Hebdo, Waterlilly, DJ', Eric Lehmann, commandant de la Police cantonale vaudoise, et Giovanni Giunta, Centre patronal vaudois.
Daniel Rossellat, président du Paléo Festival, Michel Ferla, vice-directeur de Suisse Tourisme, et Nelly Wenger, directrice générale de Nestlé Suisse.
Thierry Lombard, associé senior de LODH.
Le plénum avec, notamment, Laurent Staffelbach, CFF immobilier, Bernard Gander, Logitech, Alain Riedo, Maxwell Technologies.
Anne Southam, fondatrice de Hôtel et Patrimoine, et Omar Danial, patron de Manotel SA.
Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l'OFC, et Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne.
Chantal Tauxe, de L'Hebdo, Nelly Wenger, directrice générale de Nestlé Suisse et Carlos Dias, patron de Roger Dubuis.
Patrick Aebischer et Laurent Vuillet, de l'EPFL.
Allan Tschopp, responsable des raéliens de Suisse, Jean-Jacques de Dardel, DFAE, et l'écrivain Jacques Neirynck.
Véronique Goy Veenhuys, initiatrice de Equal Salary, et Chantal Prod'Hom, directrice du Mu.dac.
Nadia Karmous, Institut culturel musulman de Suisse.
Daniel Pillard, directeur de Ringier Romandie, et l'éditeur Pierre-Marcel Favre.
René Longet, président d'Equiterre, et Stéphanie Fontugne, directrice des TPG.
Beat Bolzhauser, patron de Stadler Stahlguss.
Brigitte Waridel, SERAC (VD), et Jean-Luc Bideau, acteur.
Charles Kleiber, secrétaire d'Etat à l'Education et à la Recherche, et Daniel de Roulet, écrivain.
Jean-Pierre Danthine, directeur du Swiss Finance Institute.
Ralph Lewin, conseiller d'Etat bâlois, et Samuel Hess, Bâle-Ville.
Jean-Frédéric Jauslin, Paola Ghillani et Claude Hauser, président de Migros.
Petites et grandes phrases du Forum
«Une Suisse où ne vivraient que des banquiers, eh bien, permettez-moi de le dire, ça risque d'être légèrement ennuyeux!»
Olivier Steimer, président du conseil d'administration de la BCV
«Google est le plus gros consommateur d'électricité au monde. Il est très difficile de distinguer aujourd'hui l'industrie du secteur des services.»
David Rimer, associé d'Index Ventures
«On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il peut emmagasiner.»
Dominique Arlettaz, recteur désigné de l'Université de Lausanne, citant Kant
«Une fusion Roche-Novartis serait une catastrophe, car cela signifierait la destruction d'un énorme potentiel d'innovation. Rester indépendant est essentiel pour innover.»
Jean-Paul Clozel, cofondateur d'Actelion
«Nous sommes quand même le seul pays qui a le signe "plus" sur son drapeau.»
Jean-Daniel Gerber, directeur du seco
«Après le plaidoyer très stimulant de Bertrand Piccard pour une mutation énergétique, je propose que le prochain Forum des 100 parte de ce qu'il nous a dit et se pose ces deux questions: "comment faire du développement durable un outil de compétitivité pour notre pays?", "comment passer concrètement aux énergies renouvelables, les seules qui aient un avenir?". L'avenir se prépare aujourd'hui et non demain.»
René Longet, président d'equiterre, partenaire pour le développement durable; conseiller administratif de la Ville d'Onex
«L'université doit se rapprocher de la société et participer au débat citoyen.»
Dominique Arlettaz, recteur désigné de l'Université de Lausanne
«A la BCV, il y a dix ans, moins de 10% des employés venaient de l'université. Aujourd'hui, ils sont entre 30 et 40%.»
Olivier Steimer, président de la BCV
«Il faut oser dire que lorsqu'on lance une entreprise, on est seul. Il faut accorder de nouvelles facilités pour accéder à des fonds aux TPE, aux toutes petites entreprises.»
Barbara Polla, ancienne conseillère nationale libérale
Si c'était à refaire, je ne sais pas si je le referais... Parce que les sacrifices auxquels je me suis confronté ont été énormes.»
Carlos Dias, fondateur de Roger Dubuis
«La capacité de la culture à rajouter de la valeur au tourisme est avérée depuis longtemps.»
Emmanuel Gétaz, directeur des Docks
«Suisse Tourisme est une organisation trop proche de la politique, faite pour quelques vieux radicaux qui viennent y passer leurs dernières années.»
Peter Bodenmann, hôtelier à Brigue
«Internet donne aujourd'hui à chaque individu la possibilité de devenir lui-même un centre de profit. Dans une dizaine d'années, ces activités créées sur internet constitueront un groupe de professions très important.»
David Rimer, associé d'Index Ventures
«On ne crée pas une entreprise comme ça, mais parce qu'on a perçu une différence.»
Nelly Wenger, directricegénérale de Nestlé Suisse
«On doit absolument se réunir. Que les cinquante plus grandes stations de Suisse s'associent, comme Zermatt et la région lémanique se sont mis ensemble.»
Michel Ferla, vice-directeur de Suisse Tourisme
«La culture n'est pas une subvention, c'est un investissement.»
Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l'Office fédéral de la culture
«Peter Spuhler aurait pu investir son argent avec moins de risques dans une banque plutôt que dans notre fonderie. Mais il a préféré croire à la place industrielle suisse.»
Beat Bolzhauser, CEO de Stadler Stahlguss
«La culture est un domaine dans lequel l'emploi est en forte progression. Malheureusement, ce n'est pas perçu par l'opinion publique.»
Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne
«Celui qui ne veut rien faire trouve une excuse, celui qui veut faire quelque chose trouve un moyen.»
Carlos Dias, fondateur de Roger Dubuis
«Il y a un potentiel important pour transformer davantage de découvertes académique en brevets.»
Laurent Miéville, fondateur d'Unitec
«J'ai l'impression que les musées modernes n'ont plus rien à voir avec ce qui se fait en Suisse.»
Emmanuel Gétaz, directeur des Docks
«L'innovation, ce n'est pas seulement dans les petites entreprises, elle peut aussi avoir lieu dans les grandes. Les jeunes, s'ils ont souvent plusieurs diplômes, manquent souvent d'«aptitude», de hauteur de vue, pourtant indispensable pour résoudre des problèmes de façon originale. Des gens cultivés sont nécessaires à tous les étages.»
Nelly Wenger, directricegénérale de Nestlé Suisse
«Il faudrait créer un statut spécial pour les investissements privés dans les start-up en garantissant que les éventuels gains seront taxés comme du gain en capital.»
David Rimer, associé d'Index Ventures
propos recueillis par SA, GB, MD, AD, DE, EF et PN
EMMANUEL GéTAZ ET PETER BODENMANN Rencontre entre un entrepreneur culturel et un hôtelier novateur.
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