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Par Julien Burri - Mis en ligne le 25.07.2012 à 15:52 |
Gotham City, transformée en autocratie par le redoutable Bane, est qui plus est menacée par une bombe atomique. Batman, es-tu là? Problème, cela fait huit ans que Bruce Wayne a remisé la combi de l’homme chauve-souris au vestiaire. Abîmé et meurtri, boiteux, le milliardaire philanthrope ressemble de plus en plus à l’ermite Howard Hughes, mais répondra une nouvelle fois présent. L’histoire, quand on y pense, a la naïveté d’un comics de superhéros, mais la réalisation est grandiose. Le ton sombre et adulte, empreint de pathos.Cela fait longtemps que la BD avait montré Batman (héros créé en 1939) affaibli ou vieillissant (dans les bandes dessinées de Frank Miller, dès 1986). Au cinéma, il a fallu attendre Christopher Nolan pour que le justicier acquière cette épaisseur. Dès Batman Begins, en 2005, puis avec The Dark Knight en 2008, le réalisateur âgé aujourd’hui de 41 ans, d’une indépendance farouche, a su transformer la chauve-souris d’opérette mise en scène par Tim Burton ou Joel Schumacher, en héros de tragédie. Plus les effets spéciaux et la technique ont progressé, plus Batman s’est, à l’inverse humanisé. Héros baudelairien. Cet opus donne le ton dès la grande scène d’ouverture, spectaculaire abordage d’un avion en plein vol, auquel on rogne les ailes. C’est ce qui arrivera à Batman, albatros baudelairien cloué au sol. Aveuglé, «maladroit et honteux», persécuté et moqué par Bane et ses comparses, les pirates qui mettent Gotham à feu et à sang. Bien sûr, c’est un film produit par l’industrie hollywoodienne et il ne trahit pas son cahier des charges (un superhéros triomphe toujours), prenant soin de relancer, à la fin, la franchise pour de nouvelles aventures lucratives. Mais le talent de Christopher Nolan est de faire oublier que l’on est sur des rails pendant 2 heures 45. Avec lui, le pire devient possible, un gouffre s’ouvre sous les sièges des spectateurs. C’est glaçant, comme un meurtre. Le viol de la chauve-souris par un tortionnaire SM de premier ordre.Le plus troublant, c’est de voir Batman se jeter dans la gueule du loup. Le héros a envie d’en finir. Brûlé, il n’a plus peur de la mort (donc plus envie de vivre non plus). Frêle papillon de nuit dans son exosquelette de métal, il se laisse encager par Bane, personnage lui aussi dévoré par un masque (en l’occurrence, une sorte de mygale métallique qui le prive de bouche, mais apaise ses douleurs chroniques et le maintient en vie). La vérité dans le masque. Mi-Zorro mi-Sherlock Holmes, Batman n’a jamais eu de superpouvoirs. Il pouvait jusqu’alors compter sur des gadgets high-tech, mais ils sont aujourd’hui inopérants. Humain trop humain, il se bat à mains nues. Batman, saint héros et martyr, a tout perdu. Le héros de notre enfance, figure protectrice, est à terre. Son masque tombe. Sur certains plans, cette coque noire paraît en train de fondre, évoquant les orbites d’un crâne. Le masque est au centre du film, qui en fait l’objet d’une réflexion quasiment philosophique. Rien n’a changé depuis Madame de Merteuil dans Les liaisons dangereuses: pour survivre il faut se composer un masque. Mimer le bonheur même quand on a la haine, sourire même si on vous plante un couteau dans la main. Paradoxe: au lieu de cacher Bruce Wayne, son costume le révèle. Son masque le démasque. C’est l’habile renversement qu’opère le film: Batman est le seul personnage à ne pas y avancer masqué. Sa chair de latex est à vif. Tous les autres, et nous aussi, spectateurs, avançons masqués. Et gare à la trop belle Tromperie, qui, si elle vous offre du miel d’une main, cache un dard venimeux dans l’autre. «The Dark Knight Rises». De Christopher Nolan. Avec Christian Bale, Tom Hardy, Anne Hathaway. Etats-Unis. 2 h 45. |









