Silvio Berlusconi K.-O. dans les urnes. Un sursaut de lucidité civique inespéré en cette année au cours de laquelle l’Italie fête les 150 ans de son unité. Berlusconi avait transformé cette vieille démocratie en farce.
UN QUORUM À L’ITALIENNE AURAIT FAIT ÉCHOUER L’INTERNEMENT À VIE.
Plus personne n’osait parier sur la fin du Cavaliere, troisième fortune de la Péninsule, roi des télés privées et publiques, trois fois intronisé président du Conseil – huit ans de pouvoir cumulés – un record à ce niveau-là dans l’histoire de la République.
En décembre dernier, l’entrepreneur, entré en politique pour bénéficier de l’immunité devant ses juges, devait succomber à une motion de censure. Une fois encore, même si des parlementaires avouèrent avoir reçu des avantages en échange de leur vote, il sauva sa tête. Inoxydable.
Ou alors, illustrant de façon exaspérante cette vieille règle des démocraties: on se maintient souvent au pouvoir grâce à la faiblesse de l’opposition. En notre époque de populisme gangrenant l’Europe, une leçon à méditer.
Il en est une autre. Plus réjouissante. L’avilissement des mœurs démocratiques peut avoir une fin. Humiliés par leur premier ministre grotesque et inefficace, les Italiens se sont réveillés le week-end dernier, lors d’une triple procédure référendaire.
Le système politique italien a ceci de particulier qu’il exige un quorum de 50% de votants plus un pour valider le résultat d’un référendum abrogatif. Depuis seize ans, cette barre fatidique a été fatale à nombre d’objets.
Fort de cette expérience, Berlusconi avait appelé à ne pas aller voter. Ils furent 57% à remplir les trois bulletins colorés. Et, à des majorités supérieures à 94%, ils ont refusé le retour à l’énergie nucléaire, l’ouverture au privé de la distribution d’eau et une forme d’immunité – encore – pour le chef du gouvernement.
Ce système interpelle les Suisses. Ces dernières années, un quorum à l’italienne aurait fait échouer l’initiative pour l’imprescriptibilité des actes pédophiles (47,5% de votants) et l’initiative sur l’internement à vie (45,5%), validant les refus du Conseil fédéral et des Chambres.
Il aurait rendu encore plus scandaleuse la mal calculée réforme de l’imposition des entreprises, contestée par référendum, mais approuvée par 38,6% seulement de votants. Il n’aurait, en revanche, pas empêché l’interdiction des minarets ou le renvoi des criminels étrangers.
Les politiciens suisses s’accommodent avec une extrême mollesse de l’abstentionnisme au motif qu’on vote souvent chez nous. Avec un taux de participation annuel moyen clapotant rarement au-dessus de 50%, la légitimité des décisions prises reste faible. Après le sursaut civique italien, qui osera ouvrir le débat au royaume de la démocratie directe?
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