Grâce et Disgrâce
Lecture gauche-droite trop simpliste
Contrairement à ses homologues d’autres cantons, le Centre patronal se pique de jouer dans le Pays de Vaud un rôle plus large que celui de la stricte défense des intérêts des entreprises. Il n’hésite pas à se lancer avec vigueur et moyens financiers dans des batailles politiques dont l’entier de ses affiliés ne distingue pas toujours l’opportunité.
C’est pourquoi au terme de la votation sur l’avenir de l’école, on pourrait résumer l’impact de ses engagements récents à «Parti socialiste vaudois - Centre patronal: 2 à 0». Le lobby s’est en effet opposé en mai dernier à un dispositif d’aide sociale défendu par le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard en vain, tout comme il a combattu le projet de réforme de l’enseignement obligatoire porté par la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon.
Plus de 61% de oui en mai, 52% ce week-end, on peut lire dans le succès des deux ministres socialistes les prémices d’une victoire de la gauche lors des élections cantonales du printemps 2012. Ces deux-là savent convaincre bien au-delà de leur fief partisan.
Mais, cette lecture gauche-droite simpliste en cache une autre, plus proche de la réalité: si les deux ministres socialistes se sont imposés, c’est parce qu’ils avaient le soutien des radicaux, et notamment du plus éminent d’entre eux, le président du gouvernement Pascal Broulis. De fait, les majorités au Conseil d’Etat sont souvent radicales-socialistes. L’entente entre Broulis et Lyon remonte à leur arrivée au Château en 2002, et le tandem Broulis-Maillard est le moteur du collège.
Dans les mois à venir, élections obligent, ces ministres qui s’entendent si bien vont devoir s’étriper pour doper les chances de leur camp d’origine. Mais quelle que soit l’issue de cet affrontement gauche-droite, l’équilibre du collège ne sera guère chamboulé.
Le scrutin sur l’école de ce 4 septembre délivre un autre message. L’excessive personnalisation des enjeux est un trompel’œil. Les deux projets en concurrence offraient un choix de société, et un choix de méthode (le dogmatisme intransigeant chez les initiants, la recherche du consensus chez les partisans du contre-projet). Ceux qui ont voulu transformer le vote en référendum pour ou contre Anne-Catherine Lyon ont échoué.
Les citoyens n’aiment pas ces manies plébiscitaires abusives qui faussent le débat politique chez nos voisins. En démocratie, une réforme gagne à être incarnée par une personnalité, mais c’est une erreur d’analyse que d’attribuer son approbation au seul facteur charismatique. Le vrai savoir-faire d’un politicien consiste à savoir rallier à son panache ceux qui ne pensent au départ pas comme lui, et à avoir l’humilité de remettre en question sa propre conviction. Anne-Catherine Lyon, dont le manque de charisme est devenu une lapalissade suspecte, est d’ailleurs l’exacte démonstration de cette règle d’or.
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