S’il fallait choisir une personnalité, une seule, qui incarne le renouveau romand, ce pourrait être Patrick Aebischer, président de l’EPFL. Pour qualifier cette figure emblématique, nous avions pensé titrer notre article de couverture «le roi Aebischer», avec un zeste d’ironie, à l’heure où l’on inaugure le fameux Rolex Learning Center. Nous y avons renoncé. Non par crainte de jeter le doute sur ses convictions républicaines – elles sont impeccables. C’est plutôt que, en réalité, son itinéraire n’est pas celui d’un roi, mais celui d’un homme parti de rien. Ou presque (lire son portrait par Christophe Passer en page 14).
Né dans la Basse-Ville de Fribourg, mais parfait bilingue français-anglais; formé dans l’esprit de compétition impitoyable qui règne dans les universités américaines, mais convaincu du génie académique européen; médecin et chercheur devenu fin stratège politique au fil des rivalités avec la grande soeur zurichoise, le président de l’EPFL s’est forgé un profil atypique à coups de décisions souvent surprenantes, parfois contestées, le plus souvent audacieuses. Au final, nous avons ainsi opté pour un autre titre: «Aebischer, le conquérant».
On peut disserter à l’infini sur le caractère un brin mégalo du magnifique Learning Center. S’interroger sur la nécessité de doter le campus de Dorigny d’un «totem architectural», l’expression préférée de Patrick Aebischer, comme si les Helvètes et les Indiens d’Amérique avaient le même besoin de repères magiques. On peut s’étonner de l’agressivité du marketing de l’EPFL, qui a fait d’Alinghi et de Solar Impulse la preuve flottante (ou volante) de son dynamisme. Reste cette évidence: on sait désormais dans le monde entier que la Suisse, nain politique, appartient au club des grandes puissances scientifiques et abrite une concentration unique d’écoles de qualité supérieure.
Attention, Aebischer et son Learning Center, c’est aussi un peu l’arbre (ou le totem) qui cache la forêt. Car la poussée dans les high-tech, la découverte de l’importance cardinale de l’innovation et de la recherche, l’accent mis sur l’économie du savoir et le secteur quaternaire... bref, les ingrédients de la vitalité romande préexistaient. L’équipe actuelle de l’EPFL a simplement su, mieux que d’autres, révéler et cristalliser un mouvement de fond, s’abstraire de la trop grande modestie ambiante, trousser une belle histoire. On appellera cela l’«effet Aebischer», en pariant qu’il continuera de susciter, chez les étudiants, les professeurs, les entrepreneurs, les financiers, les artistes et les politiciens... le goût de projets ambitieux. Et des rêves de conquête.
Attention, le Learning Center, c’est aussi un peu l’arbre (ou le totem) qui cache la forêt.
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