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Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 12.09.2012 à 14:26 |
«Creuser la mémoire de la boue, voir ce que l’on y trouve, s’émerveiller de tout ce que l’on découvre.» La chanson s’appelle Creuser la mémoire de la boue et il s’agit du premier single extrait de l’album que Marc Aymon publie dans quelques jours. C’est aussi l’un des meilleurs titres que le jeune Valaisan, 30 ans cette année, ait jamais enregistré, un blues-rock midtempo à vous filer la chair de poule. Et s’il y parle d’émerveillement, ce n’est pas pour rien. Il suffit d’avoir une fois discuté avec Marc Aymon pour savoir qu’il fait partie de ces gens qui ont les yeux constamment ouverts, souvent brillants, toujours à l’affût d’une nouvelle rencontre, d’une sensation inédite, d’un événement apparemment anodin mais qui, pour lui, sera un petit bonheur du quotidien. Lorsqu’on lui en fait la remarque, il sourit: «C’est ce à quoi j’aspire, ce que j’appelle l’éloge de l’émerveillement. Dans mon travail, cela se traduit par l’envie continuelle d’essayer de faire des choses que je n’ai jamais faites. J’aime me surprendre, car c’est le meilleur moyen pour que chaque moment reste.» Fort de cet adage, le chanteur décidait, il y a un peu plus d’un an, de traverser les Etats-Unis, de New York à San Francisco, en bus Greyhound. «Comme je voyagerai seul, j’espère pouvoir, grâce à ma guitare, faire de belles rencontres. J’ai compris qu’en étant généreux et pas hautain, on pouvait s’asseoir à côté de n’importe qui pourlui chanter quelque chose», nous disait-il alors. Instinct paternel. Entre juillet et septembre 2011, Marc Aymon a traversé dix Etats. Lui qui a déjà joué en France, au Québec, mais aussi – plus original – à Téhéran et dans un pénitencier roumain, s’est produit à New York dans le jardin d’une collaboratrice de l’ambassade suisse, dans la rue, dans des écoles, dans une église de La Nouvelle-Orléans ou encore lors de fêtes privées. L’idée étant que lorsque quelqu’un acceptait de le loger, il offrait sa musique en retour. «Je me souviendrai toujours du moment où j’ai atterri à New York, seul avec ma guitare, glisse le Valaisan avec un petit rien de mélancolie dans la voix. Devant moi, il y avait huitante- six jours et je ne savais pas ce que j’allais faire. C’était très excitant. Après la tournée qui a suivi la sortie de mon deuxième album, je me demandais comment remplir ma besace de nouvelles choses, de nouvelles émotions, de nouvelles rencontres, de nouvelles manières de jouer. Je voulais me mettre en danger et ça a très bien marché.» Les anecdotes pleuvent. Au Nouveau-Mexique, Marc Aymon a mangé du pain bleu à Taos Pueblo, un vieux village indien tout droit sorti d’un western de John Ford. A Albuquerque, dans le même Etat, il a été hébergé par une médiatrice scolaire élevant seule ses deux enfants. «Ils étaient très turbulents et, un soir, j’ai fait le papa: j’ai pris une grosse voix pour qu’ils se couchent. Je les ai également amenés à l’école, et j’ai chanté dans leurs classes. Une chanson de mon album, Vivant, vient d’ailleurs de cet instinct paternel que j’ai ressenti à ce moment et lorsque, au Texas, un gamin m’a, avec beaucoup de fierté, laissé sa chambre.» A New York, le chanteur s’est retrouvé dans le milieu gay, qu’il a découvert avec amusement, tandis qu’à San Francisco ce sont des jeunes vivant en communauté qui l’ont accueilli. En Arizona, il a joué pour l’amie cancéreuse d’un couple qui avait pris une semaine de vacances pour lui faire visiter le coin et l’emmener à la pêche, alors qu’au Texas c’est à la chasse à l’alligator qu’il est parti. Quelques rencontres et aventures parmi beaucoup d’autres... Une église transformée en studio. C’est sur la route, lors de ce périple américain à la Jack Kerouac, que Marc Aymon a composé son troisième album. Logiquement, c’est aux Etats-Unis qu’il est reparti l’enregistrer il y a quelques mois en compagnie de deux ingénieurs du son et multiinstrumentistes dont il est proche, le Français Fred Jaillard, connu pour sa fructueuse collaboration avec Thomas Dutronc, et le Fribourgeois Sacha Ruffieux, qui accompagne notamment à la six-cordes la chanteuse Kassette. Avec eux, il s’est rendu à Nashville dans une ancienne église gothique transformée en studio: Ocean Way. Un lieu mythique qui a accueilli Jack White, Beck, Mark Knopfler, Robert Plant ou encore Willie Nelson. Mais le rêve ne s’est pas arrêté là. Marc Aymon a eu un autre privilège, celui de voir ses chansons jouées par quatre musiciens de renom: le guitariste Dan Dugmore, le bassiste Michael Rhodes, le pianiste John Hobbs et le batteur Chad Cromwell. Des mercenaires dont les curriculum vitæ, mis ensemble, font rêver – on y trouve les noms de Neil Young, Joan Baez, Dave Stewart, Brian Wilson, Johnny Cash, Eric Clapton, Buddy Guy ou BB King, pour n’en citer que quelques-uns. Sur ce disque que Marc Aymon vernira à Sion et à Lausanne figurent également deux vieux bluesmen, Captain Luke et Big Ron Hunter, rencontrés en Caroline du Nord. Le titre sur lequel ils apparaissent s’intitule justement Captain Luke. Le Valaisan y célèbre le blues, cette musique née dans les champs de coton, avant que la voix de baryton du chanteur éponyme ne lui vole la vedette dans un final à l’image de l’expérience qu’il a vécue: magique.
CRITIQUELa belle envoléeLorsqu’il défendait en 2006 L’Astronaute, on disait de lui que c’était un doux rêveur, un gars un peu lunaire. Trois ans plus tard, Marc Aymon cassait cette étiquette avec un deuxième album – Un amandier en hiver – aux mélodies plus affûtées, entre ballades mélancoliques et envolées folk. Sa voix, plus basse, plus assurée, avait également gagné en puissance. Mais ce n’était rien comparé à l’enregistrement que s’apprête à publier le Valaisan. A l’instar de Bob Dylan, qui en 1966 partait graver à Nashville un disque devenu mythique, Blonde on Blonde, Marc Aymon ramène du Tennessee une galette qui impressionne non seulement par la finesse de son écriture et la profondeur de ses arrangements, mais aussi par l’assurance un peu frondeuse qu’affiche son auteur. Sobrement nommé Marc Aymon, ce troisième effort au son plus rock, et parfois teinté de blues, impose un songwriting lumineux. Et prouve – on est moins fan de ses titres plus lents – que le Valaisan n’est jamais autant à l’aise que lorsqu’il accélère le tempo. SG «Marc Aymon». L’Astronaute Productions/Disques Office. Sortie le 21 septembre. Concerts-vernissages les 20, 21 et 22 septembre à Sion (Théâtre de Valère) et le 27 à Lausanne (Les Docks). |









