«J’ai abrité une famille sur mon toit pendant 4 jours et on a survécu grâce aux goyaves qu’on a pu cueillir sur l’arbre», raconte Jan, dont la maison est la seule du village à être restée debout. Il habite Nowshera, dans la province du nord-ouest, qui compte à elle seule 12 millions de sinistrés et 2100 morts, «sans compter ceux qui doivent être sous la boue». Ici, les sinistrés sont aux abois. Routes détruites, ponts qui s’effondrent tous les jours: leurs villages ne sont pas accessibles ou très difficilement. «On s’est mis sur des buffles, on a fabriqué des radeaux avec des pneus… on s’est débrouillés comme on a pu pour gagner une route et on s’est réfugiés dans cette école», raconte Ijaz, père de 5 enfants. «On n’a toujours pas vu une seule ONG internationale. Heureusement, il y a des gens dans ce village qui nous cuisinent du riz!» Comme Umar, riche homme d’affaires qui abrite sept familles dans sa maison.
Foire d’empoigne. Un peu plus loin, l’autoroute. Eclatée et trouée de mares de boue mais praticable. Des camps de fortune s’y alignent sur des kilomètres. «Et avec un peu de chance, on peut tomber sur une Suzuki», lance Sajjad, un adolescent robuste. Ces camionnettes lancent par la fenêtre des couvertures, des habits, de l’eau, de la vaisselle… C’est la foire d’empoigne pour ramasser le premier! A Peshawar, capitale provinciale à 18 km de Nowshera, de nombreux commerçants ferment leurs boutiques plus tôt. «Vous voyez cette liste! C’est le nombre de tentes, de vêtements et de sacs de riz que je vais aller distribuer à une association locale.» Tout le monde se mobilise.
«Le gouvernement nous abandonne totalement et l’armée secoure les siens! Quand les bateaux et les hélicoptères arrivent, ils vont d’abord dans les maisons de leurs familles ou celles des bureaucrates», lâchent furieusement et unanimement une cinquantaine d’hommes qui attendent l’aide alimentaire d’une association locale. «Et puis, il y a la corruption», s’énerve Mansur, enseignant. «Si on leur donne des tentes pour nous, ils ne vont pas les distribuer. Et on va les retrouver à prix d’or sur les marchés! C’est ça la politique au Pakistan! L’argent, l’argent, l’argent!» La rage de ces sinistrés envers le gouvernement croît d’autant que le président Ali Zardari est en tournée diplomatique à l’étranger depuis plus de dix jours! Un sujet qui fait débat et occupe à présent autant les médias pakistanais que les inondations elles-mêmes.
Les ONG internationales aussi sont accusées. Pourquoi ontelles mis tout ce temps à venir? «La nourriture est là mais on ne peut pas acheminer les camions. Un pont vient de s’effondrer. On ne peut prendre le risque de perdre la nourriture et que les camions soient emportés par l’eau. Alors on attend. C’est comme ça! On n’y peut rien», répond Malik, responsable de la distribution du programme alimentaire des Nations Unies.
Les inondations s’étendent. Ce n’est que depuis le week-end du 7 août que ces zones les plus sinistrées – et donc les plus inaccessibles – voient l’aide internationale arriver. «Heureusement qu’il y a eu cette entraide locale, reconnaît Jalam qui travaille pour une ONG internationale. «Beaucoup de nos stocks en soins médicaux, nourriture, hygiène, tentes… ont été détruits et nous attendions les livraisons par avion. On devait aussi évaluer les besoins pour définir des plans d’action. Maintenant, tout ça est en route.» Et il en était temps car les inondations gagnent à présent le Sindh, où des millions de sinistrés sont secourus et évacués en prévention.
Le Pakistan dépend à présent totalement de l’aide internationale. Près de 100 millions de dollars ont été récoltés «mais la méfiance envers un gouvernement corrompu pourrait compliquer sa distribution et son utilisation», pouvait-on lire dans tous les quotidiens pakistanais mardi 10 août.
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