Leos Carax, cinéaste pur sang
Film culte des années 80, «Mauvais sang» est enfin disponible en DVD. L’occasion de redécouvrir Leos Carax, artiste hors norme, symbole d’une époque révolue.
C’est un visage atypique, presque primitif. Les yeux noirs, le regard fier et hagard à la fois, les traits comme effacés, juvéniles. Un visage d’ange déchu, innocent mais plein d’une colère sourde, posé sur un corps élastique, mi-saltimbanque, mi-loubard, blouson de cuir jaune à carreaux noirs.
Dans Mauvais sang, Denis Lavant a 25 ans et tient plus de l’apparition que du jeune premier. A ses côtés, la fraîche Juliette Binoche irradie en idéal féminin égarée entre la figure du père (Michel Piccoli) et du frère (Lavant). Une voix off annonce en ouverture: «Il le lui a dit. Il lui a dit veuxtu? Elle n’a dit ni oui ni non. C’est une fille avec un garçon.» Leur histoire sera maudite, mais leurs personnages marqueront la mémoire des cinéphiles.
Derrière ces créatures, on devine le Pygmalion. Leos Carax, 26 ans, compagnon de Binoche et enfant prodige du cinéma français, héritier de Cocteau et de Godard. Comme il a troqué son nom passe-partout – Alex Dupont – contre un pseudonyme conquérant – anagramme d’Alex et d’Oscar – il remodèle Lavant pour en faire son double fantasmé, symbole d’une génération, résidu du cirque rock’n’roll et des espoirs déçus, lâché dans des années 80 triomphantes, fric et paillettes en tête.
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