L'Hebdo;
2009-02-05 L'EPFL S'IMPLANTE DANS LES ÉMIRATS ARABES UNIS
PATRICK OBERLI
ACCORD.
Après le MIT et Stanford, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne met un pied à Ras al-Khaima. Un projet dont le financement pourrait se monter à plusieurs centaines de millions de francs.
«Un beau deal!» C'est ainsi que Patrick Aebischer qualifie l'accord que l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) vient de signer avec Ras al-Khaima, l'une des sept provinces des Emirats arabes unis (EAU). Celui-ci prévoit la création d'un campus «offshore», une nouvelle branche à part entière de l'EPFL. Des enseignements de 2e et 3e cycles universitaires y seront prodigués et des programmes de recherche de pointe développés, notamment en relation avec l'environnement et l'énergie. «Ras al-Khaima nous met à disposition le terrain et un campus, en plus de financer le projet. Dix laboratoires miroirs seront créés. Cela signifie que chacun d'eux sera créé à double, dans les Emirats et à Lausanne, de manière à favoriser le développement de projets conjoints entre les deux campus», se réjouit le président de l'EPFL.
De l'argent.
Plusieurs raisons président à cette internationalisation. «Il y a clairement des choses qu'on peut mieux faire là-bas qu'à Lausanne, explique Patrick Aebischer. Il n'y a plus de nécessité de lieu, lorsqu'on doit trouver des solutions à des problèmes globaux, comme les défis énergétiques ou la désalinisation de l'eau.» De plus, l'ère des universités nationales est en train de vaciller: «Pour les grandes écoles, les frontières disparaissent. Harvard est présent à Dubaï, le MIT et la Sor-bonne à Abou Dhabi. En nous installant à Ras al - Khaima, nous allons également profiter de cette proximité. Nous avons d'ailleurs déjà parlé de collaborations, la semaine dernière au Forum de Davos.»
De plus, et ce n'est pas le moindre des arguments, les moyens à disposition sont énormes. Les EUA abritent entre 7 et 9% des réserves pétrolières mondiales, selon les estimations. Même si celles-ci profitent avant tout à Abou Dhabi, un concept de développement des sept régions a été lancé. Si Dubaï se présente comme la capitale financière et touristique, Ras al-Khaima se profile dans le domaine de l'éducation, de la recherche et de l'industrie. Pour l'EPFL, cela se concrétise par des moyens inimaginables à l'échelle helvétique: « Construire une soufflerie expérimentale de haut niveau serait impensable en Suisse. En revanche, là-bas, cela devient possible.» A préciser que la Confédération ne participera pas financièrement à un projet dont on murmure qu'il porterait sur plusieurs centaines de millions de francs. L'accord prévoit aussi la création d'une structure financière, propriétés à part égales de l'EPFL et de l'Autorité d'investissement de Ras al-Khaima (RAKIA). Dans un premier temps, il porte sur une durée de sept ans.
Enfin, Patrick Aebischer voit dans cette implantation une tête de pont qui profitera à l'ensemble de l'industrie suisse. «C'est une région qui bouge. Bien sûr, elle n'a pas toujours une excellente réputation. Tout comme elle apparaît potentiellement instable. Mais ce n'est pas le cas des EUA qui connaissent un développement sans pareil. Ils sont la porte d'entrée pour le Moyen-Orient. Le conseiller fédéral Moritz Leuen-berger s'y est d'ailleurs rendu à la mi-janvier.» Et il n'était de loin pas le premier. Plusieurs entreprises suisses se sont déjà profilées dans les EAU. Elles participent à des projets d'avant-garde, comme la construction d'un Swiss Village dans la ville futuriste de Masdar dont les travaux ont débuté. Objectif: 50 000 habitants et aucune émission de CO2. Un véritable laboratoire pour tester les technologies propres dans des conditions difficiles. Autre exemple: le Centre suisse d'électronique et de microtechnique, de Neuchâtel, qui est en passe de terminer la construction de son prototype d'île solaire dans le désert de... Ras al-Khaima.
Un ancien de l'EPFL.
Reste que toutes ces bonnes raisons n'auraient pu se concrétiser sans une relation particulière. «Cela s'est fait surtout grâce à Khater Massaad, docteur en mathématique de l'EPFL», reconnaît Patrick Aebischer. Ce dernier dirige aujourd'hui la plus grande entreprise de céramique au monde, RAK Ceramics, et pilote le développement économique de l'Emirat en dirigeant le RAKIA. Pour lui, «la réputation internationale de l'EPFL est une aubaine dont il entend profiter, tant sur le plan académique qu'en matière de transfert de technologie.» Une notoriété qui se traduit par la mise à disposition, «gracieusement», des infrastructures. Rien de moins. Maintenant que l'accord est signé, les deux parties vont faire en sorte qu'il se concrétise rapidement. «Nous identifions actuellement les types de laboratoires dont nous avons besoin. Cela déterminera le rythme du projet. En parallèle, nous travaillerons avec le RAKIA sur l'élaboration des programmes de formation et de recherche», explique Patrick Aebischer qui ne tient pas à faire de pronostics quant au début des travaux. Néanmoins, on parle déjà du mois de mai et d'une éventuelle présence, si l'on en croit le président de l'EPFL, d'un Pascal Couchepin «totalement favorable au projet».
RAS AL-KHAIMA
Cette province des Emirats arabes unis va accueillir un campus offshore de l'EPFL
CHEIK
L'Emirat est dirigé par Saud bin Saqr al-Qassim.
«POUR LES GRANDES ÉCOLES, LES FRONTIÈRES DISPARAISSENT.»
Patrick Aebischer, président de l'EPFL
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