Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page

Livre numérique: le smartphone pour lire les classiques à l’école?

Mis en ligne le 17.03.2015 à 08:10
Jeune fille Masaï lisant sur son mobile.

Jeune fille Masaï lisant sur son mobile.

© Jon McCormack | Unesco - Worldreader



Jean-Claude Domenjoz

Les jeunes lisent-elles/ils des livres? Sur papier ou sous forme numérique (eBook)? Comment développer la lecture pour toutes et tous? Quels sont les projets de l’école obligatoire en Romandie?

L’étude JAMES 2014 (Jeunes activités médias – enquête Suisse) réalisée par la Haute école zurichoise en sciences appliquées (ZHAW) auprès de jeunes de 12 à 19 ans des trois régions linguistiques apporte de précieuses informations sur leurs activités de loisirs avec ou sans médias.

Selon l’étude James, 25% des jeunes déclarent lire fréquemment pendant leurs loisirs des livres imprimés (plusieurs fois par semaine ou tous les jours), 28% régulièrement (au moins une fois par mois), 46% rarement ou jamais. Près de un sur deux!

88% des jeunes ne lisent pas d’eBooks. En Suisse, les jeunes et leurs familles sont très bien équipés d’appareils communiquants (téléphone portable 100%, ordinateur 99%, tablette 68%). Connaissant l’usage intense que les enfants et les adolescent-e-s font des médias numériques, on pourrait penser que la lecture de livres sous cette forme est très développée. Il n’en est rien! L’enquête révèle que 88% des jeunes lisent rarement ou jamais de livres numériques! 5% seulement lisent fréquemment des eBooks (plusieurs fois par semaine ou tous les jours). Ce n’est pas faute d’accès aux technologies numériques, ni à l’usage de l’Internet. Les jeunes sont né-e-s et ont grandi dans un environnement où le numérique est omniprésent (sauf à l’école publique). Ce sont des «digital natives».

Avoir goût à lire un livre, en attendre un plaisir, ne va pas de soi. La lecture linéaire d’une œuvre, souvent volumineuse, du début à la fin, demande des dispositions particulières, un goût qui se construit socialement dès le plus jeune âge.

La lecture de livres est une activité inégalement répandue au sein de la population. Les études sur les usages culturels des médias dans nos sociétés mettent en évidence certaines tendances: les femmes lisent plus volontiers des livres que les hommes, les personnes disposant d’un haut niveau de formation et d’un haut revenu lisent plus que les autres. Un des objectifs de l’école publique est de corriger les inégalités de chance et de réussite des élèves. De très bonnes compétences en lecture reste le principal moyen d’accès aux savoirs.

L’école apprend aux jeunes enfants à déchiffrer les textes, puis les accompagne dans le long apprentissage de la lecture. Les enseignantes et enseignants ne ménagent pas leur peine pour développer l’intérêt et le goût pour la lecture de leurs élèves. Par ailleurs, on ne compte pas les multiples actions des médias (radio, télévision, presse) visant à développer l’intérêt des jeunes pour la lecture en général et la littérature en particulier.

Après le codex imprimé qui remplaça le rouleau manuscrit de papyrus et de parchemin (volumen), nous vivons la seconde révolution du livre depuis le Moyen âge: l’avènement du livre numérique et de la lecture à l’écran.

Pourquoi l’école publique ne propose-t-elle pas aux élèves de lire aussi sur leurs smartphones plutôt que d’en interdire l’usage en classe?

En matière de lecture, il est primordial d’instaurer une continuité entre ce que l’on fait en classe et hors de l’école. Les mobiles sont des outils, parmi un répertoire d’autres moyens, qui peuvent aider les élèves à soutenir et développer leurs compétences en lecture et à découvrir ou renforcer le plaisir de lire. Les enseignant-e-s peuvent leur recommander de lire des livres numériques pendant leurs loisirs, mais cela ne suffit pas. Tous les écoliers et écolières ont un smartphone (97%). Pourquoi ne pas l’utiliser?

Certains pédagogues ont bien compris le bénéfice éducatif que l’on pouvait tirer des téléphones mobiles qui peuvent aisément être transformés en une petite bibliothèque portative accessible partout.

Une récente étude de l’UNESCO montre que des millions de personnes vivant dans les pays en développement peuvent avoir accès à des œuvres littéraires sur leur téléphone portable, même ceux qui ne sont pas de technologie récente. Cette étude (Lire à l’ère du mobile) met en évidence que le plaisir de lire et la fréquence de cette pratique dépendent de la possibilité d’utiliser des appareils mobiles pour accéder aux textes. La lecture sur écran permet en outre de réduire la fracture culturelle des groupes marginalisés. Nous avons mis en évidence dans un précédent billet la persistance en Suisse d’une fracture numérique dont on parle peu mais qui est cependant bien présente.

Nouvelles technologies à l’école: «il n’y a aucune démarche concertée au niveau de l’école obligatoire. Il n’y a pas de politique délibérée ni cantonale ni intercantonale. C’est encore trop tôt. L’école a d’autres priorités.»
Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP, Coopération, mars 2014

Quel projet pour l’école obligatoire?

Le secrétaire général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), Olivier Maradan, déclarait récemment dans une interview à l’hebdomadaire Coopération (mars 2014) qu’en matière de nouvelles technologies à l’école, excepté quelques projets pilotes, «il n’y a aucune démarche concertée au niveau de l’école obligatoire. Il n’y a pas de politique délibérée ni cantonale ni intercantonale. C’est encore trop tôt. L’école a d’autres priorités.» Et de citer la fourniture de moyens d’enseignement (essentiellement sous forme papier), l’éducation et la prévention en relation avec les nouveaux médias. Des médias qui ne sont plus si «nouveaux» et qui constituent pour le secrétaire de la CIIP d’abord une menace plutôt qu’une chance!

Si l’on admet les arguments présentés en faveur d’une diversification des moyens d’accéder à la lecture de l’UNESCO, et en particulier l’usage des téléphones mobiles, la position exprimée par le secrétaire général de la CIIP montre que les plus hautes instances de l’école publique romande ne sont pas encore prêtes à aller de l’avant.

Encourageons les jeunes à zapper vers les livres numériques!



Références

Isabel Willemse et al. (2014). JAMES – Jeunes, activités, médias – enquête Suisse, Zurich: Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW).

UNESCO (2014). Reading in the mobile era: A study of mobile reading in developing countries.

Joëlle Challandes et Ariane Pellaton, «En classe avec leur tablette», Coopération, 24.03.2014 (en ligne).

Cet article concerne les médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC).


< Retour au sommaire du blog "Education et médias"




Ajouter un commentaire

Pour commenter les articles de L'Hebdo et des blogs, vous devez être connecté. Créez un compte ou identifiez-vous.
L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Le courrier des lecteurs



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs