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Le petit pays qui croit à sa presse

Mis en ligne le 19.02.2017 à 16:59
Le siège du "Helsingin Sanomat", principal quotidien finlandais, au centre de Helsinki.

Le siège du "Helsingin Sanomat", principal quotidien finlandais, au centre de Helsinki.

© Wikipedia



Yves Genier

Au centre de Helsinki, entre la gare centrale et le Parlement, se dresse un récent immeuble design de verre abritant une institution que les Finlandais ont appris à respecter : le Helsingin Sanomat, la Gazette de Helsinki. Ce nom désigne le principal quotidien de la capitale finlandaise, qui fait autorité dans tout ce pays nordique.

Lorsque l'on y est accueilli, l'impression qui se dégage est celle du sérieux, du respect de l'institution et des personnes qui y travaillent. L'accueil est formel, sérieux, les procédures de sécurité effectives. Une fois ces obstacles franchis, le visiteur est dirigé vers l'une des salles de réunion du sous-sol faites de bois clair, de mobilier design, de moquette épaisse et de discrétion. Si le rendez-vous est fixé à midi, il s'accompagne d'un repas, servi par les cuisines du journal. En Suisse, on ne trouve tel accueil guère que dans les banques et les sièges de grandes sociétés, mais en tout cas pas dans les médias.

Le Helsingin Sanomat emploie près de 400 journalistes, photographes, monteurs, ce qui, pour un pays de quelque cinq millions d'habitants, représente une force de frappe conséquente. C'est comme si la Suisse romande, forte de ses deux millions d'habitants, était capable de nourrir un journal de référence fort de 160 personnes !

Or, comme on le sait, la rédaction commune du Temps et de L'Hebdo a été jugée trop bien dotée par son éditeur, alors qu'elle n'employait que 112 personnes pour produire un quotidien et un magazine, tous deux référentiels. Le résultat est connu : L'Hebdo est mort, Le Temps est menacé, 36 personnes ont été mises à la porte.

Pourquoi la Finlande parvient-elle à maintenir son patrimoine de presse écrite alors que la Suisse romande échoue à faire de même ? La question est d'autant plus pertinente que les deux pays ne sont pas si différents : minoritaires, entourés – ou bordé, dans le cas finlandais – de grands ensembles, ils doivent se battre pour affirmer leur existence et leur originalité. Dans le cas finlandais, la défense culturelle est une évidence depuis l'éveil du XIXe siècle qui a vu émerger une littérature originale en langue finnoise en opposition aux puissances colonisatrices suédoise, puis russe. C'est dans cet esprit que le Helsingin Sanomat a vu le jour.

La Suisse romande aussi doit se battre pour faire valoir sa personnalité et son originalité aussi bien face à la majorité alémanique que par rapport à la France. Mais elle ne semble pas vraiment en avoir pris conscience. Sinon, pourquoi laisserait-on mourir deux de ses principaux journaux ?

Il est vrai que la Suisse romande n'a pas toujours ressenti ce besoin. Les écrits intelligents sont fournis par la France ou la Belgique à bien moindre coût que s'ils sont faits à domicile. Quant au reste, Berne pourvoira. Pendant des siècles, ce pays était surtout le fait de paysans, d'horlogers, d'agents immobiliers et de mini-oligarchies urbaines cantonales qui ne voyaient pas vraiment le besoin de développer des références culturelles communes. Ce besoin n'est, somme toute, que récent, avec le réveil culturel du dernier tiers du XXe siècle qui a vu la multiplication des théâtres et des festivals. Il n'a donc pas encore eu le temps de pénétrer suffisamment les esprits pour faire éclater son évidence.

Dommage ! La Suisse romande, qui a su si bien rattraper son retard économique, technologique et culturel ces trente dernières années avec le développement des ses universités, de l'EPFL, de grandes entreprises ouvertes sur le monde et de son exceptionnelle densité de théâtres, de cinémas et d'événements en tous genres, va faire un immense pas en arrière. Un peu comme si l'on décidait de fermer l'EPFL, la jugeant insuffisamment rentable. Il y a eu un précédent récent : la fermeture de Merck Serono. Les dégâts ont été considérables.

Sans presse de qualité, sans véhicule sérieux, crédible et respecté, l'information ne circule plus qu'imparfaitement, le débat ne parvient plus à se former. Puisque les éditeurs commerciaux n'y croient plus – c'est leur droit – qu'attend-on pour mobiliser les moyens d'une renaissance ? Parce que ce que la Finlande réussit, la Suisse romande peut le réaliser aussi.


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Curieux Peut-être que le Helsingin Sanomat est mieux géré que L'Hebdo et Le Temps. Peut-être surtout que ce quotidien ne mène pas un combat qui hérisse le 80% de la population finlandaise, comme c'est le cas des publications romandes de Tamedia avec leur fixette pro européenne et gauchisante, alors que l'opinion a massivement basculé de l'autre côté.

Vous osez dire qu'en Suisse romande : "Les écrits intelligents sont fournis par la France ou la Belgique à bien moindre coût que s'ils sont faits à domicile. Quant au reste, Berne pourvoira."

Vous vous moquez du monde ou quoi? C'est une insulte un propos comme ça!

Vous n'avez jamais entendu parler d'Othon de Grandson, le trouvère Rodolphe de Fenis-Neuchatel, Pierre Viret, Jean Calvin, Théodore de Bèze, Jean-Jacques Rousseau, Béat de Muralt, le doyen Bridel, Isabelle de Charrière, Albert de Haller, Charles-Louis de Haller, Jacques Mallet du Pan, Madame de Staël, Benjamin Constant, Isabelle de Montolieu, Edward Gibbon, Simonde de Sismondi, Rodolphe Töpffer, Charles Monnard, Henri-Frederic Amiel, Alexandre Vinet, Juste Olivier, Philippe Monnier, Étienne Eggis, Louis Duchosal, Victor Cherbuliez, Édouard Rod, Philippe Godet, Virgile Rossel, Guy de Pourtalès, Henry Spiess, Gonzague de Reynold, Charles-Ferdinand Ramuz, Blaise Cendrars, Charles-Albert et Alexandre Cingria, Catherine Colomb, Monique Saint Helier, René Morax, Léon Savary...? Des intellectuels comme Ferdinand de Saussure, Jean Piaget, et tant d'autres. Et je m'arrête avant la génération des Denis de Rougemont, Jean Starobinski, Maurice Chappaz, Corinna Bille, Jacques Chessex... Mais de toute façon on ne peut pas nier qu'au cours des siècles notre petit coin de pays à toujours produit une floraison de grands penseurs, journalistes, historiens, poétes, romanciers de premier plan et d'importance souvent internationale, que vous évacuez d'un revers de main. Ça fait pourtant beaucoup d'"écrits intelligents". et j'en oublie beaucoup.

Vous n'avez pas honte?

Vous pleurez L'Hebdo, mais vous faites un beau défenseur de la Romandie vous!

Enfin, vous comparez le rayonnement de L'Hebdo à celui de l'EPFL... Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu? Comme disait l'autre : tout ce qui st exagéré est insignifiant.




20.02.2017 - 20:20
Curieux Votre propos est tellement aberrant qu'on reste interloqué. Puis tout d'un coup on comprend le fond de votre pensée: vous pensez tout simplement qu'avant L'Hebdo il ne s'est jamais rien passé en Suisse romande, absolument rien, il n'y avait aucune pensée, aucune vie intellectuelle, ni culturelle, aucun "esprit d'ouverture", rien de "bon pour la tête", aucun "écrit intelligent". Dans ces ténèbres, L'Hebdo parut et la Lumiere resplendit. Puis L'Hebdo disparut, et la Romandie s'enfonce à nouveau dans la grisaille..et même l'obscurité complète.. C'est ça le fond de votre propos. Trouble cognitif post traumatique. 20.02.2017 - 21:03
Curieux A la fin de votre article vous suggérez à demi mot qu'il s'agirait en Suisse romande de suppléer à la déficience des éditeurs privés qui n'y croient plus. Encore un appel du pied à une presse d'état.
Est-ce la solution? J'ai eu la curiosité de voir si Helsingin Sanomat etait financée par la main publique. Eh bien pas du tout. C'est une entreprise privée, familiale. J'ai parcouru les sites internet de l'entreprise. On est impressionné en effet par la qualité de cette grande affaire de média, qui possède aussi des journaux en Pologne, aux Pays-Bas, en Russie notamment. Mais surtout ce que l'on peut constater c'est que le succès est du, non à un quelconque mécénat (si c'était subventionné ils se seraient plantes depuis longtemps, c'est sur) mais bien à une politique d'entreprise très intelligente qui en effet semble miser sur le travail des journalistes, et en fait vivre un grand nombre. S'ils font du bon travail c'est un argument de vente. Je comprends votre admiration et votre regret que Tamedia n'ait apparemment pas eu la même philosophie. Peut-être que monsieur Supino et son sous fifre Pillard n'ont pas la grande vision à long terme de Mme Susan Duinhoven, la patronne de Sanomat. C'est dommage.
Mais je vois aussi que Sanomat, qui est le plus grand journal de Finlande depuis 1954, a toujours été en phase avec l'opinion publique finlandaise. La ligne du journal appuie l'adhésion de la Finlande à l'Union Européenne, à l'OTAN etc. Mais la Finlande n'est pas la Suisse. Son premier souci est de se garantir de l'impérialisme russe. En Suisse nous n'avons jamais cru aux organisations supranationales. Nous sommes très ouverts au monde mais nous tenons avant tout à notre souveraineté. Je suis convaincu que l'insuccès de L'Hebdo et bientôt du Temps est causé par le fait d'être complètement en porte à faux avec l'opinion sur la question existentielle de l'UE. Dans ces conditions ça ne peut pas marcher. C'est impossible. Au début il y a eu un certain espoir européen qui a porté L'Hebdo, le Nouveau Quotidien puis Le Temps. Mais depuis longtemps la religion des Romands est faite. Ils ne veulent plus entendre parler de rapprochement avec l'UE.
Souhaitons qu'apparaisse en Suisse romande un patron de presse intelligent qui sache mener son affaire aussi bien que les patrons de Sanomat, qui aime les journalistes et qui soit fermement eurosceptique.
Ce sera la recette du succès.
20.02.2017 - 21:46

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