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Tous derniers râles de secret financier

Mis en ligne le 10.02.2017 à 17:45
Un ouragan en approche sur une plage des Bermudes

Un ouragan en approche sur une plage des Bermudes

© AP



Yves Genier

Il est furieux, Bob Richards, le Premier ministre des Bermudes. Si les intérêts de son île, territoire britannique d'Outre-mer, sont menacés, il "n'hésitera pas à réclamer l'indépendance". L'an dernier, il brandissait cette menace à la lumière du Brexit. Désormais, c'est la fin promise par Londres du secret bancaire et financier de son pays qui le mettent au pied du mur.

Depuis des années, le gouvernement britannique - sous pression de l'OCDE, du G20, des Etats-Unis (eux mêmes pas sans reproches!) et de l'UE - cherche à imposer une transparence nouvelle à ses multiples territoires ultramarins. Le projet qui fait consensus est l'imposition à chacune de ces juridictions (les Bermudes bien sûr, mais aussi les Îles Vierges, les Îles Caïman et d'autres lieux enchanteurs) la création d'un registre des sociétés dans lesquels seraient consignées les identités des détenteurs de sociétés offshore. En clair, imposer par la loi ce que les Panama Papers ont partiellement dévoilé grâce à une gigantesque indiscrétion.

Evidemment, les gouvernements des territoires concernés s'y opposent, arguant du fait que le Royaume-Uni est lui-même un "paradis fiscal" avec une concentration de millionnaires due "au climat fiscal", ainsi que l'a clamé Bob Richards. Un argument pas faux, connaissant le régime des "résidents non-domiciliés" en vigueur dans le pays. Un régime en déclin, du reste, qui verra l'introduction de nouvelles limitations.

Mais imaginons un instant que Bob Richards obtienne l'indépendance de son pays. Il pourra maintenir ses précieux secrets... le temps que les autres pays réagissent et lui imposent la batterie de sanctions prévue par le Forum sur la transparence et l'échange de renseignements. Un organe que la Suisse a appris à respecter ces dernières années, pour éviter de retomber dans les listes grises ou noires.

Moralité: les défenseurs du mythique secret bancaire, qui n'ont pas encore désarmé en Suisse, vont se retrouver de plus en plus seuls. Les partisans de l'initiative Matter, qui cultive l'illusion de pouvoir encore bétonner le secret bancaire dans la Constitution fédérale et qui sont même parvenus à emporter l'adhésion des Chambres (!) pourront toujours convier Bob Richards à une fondue à déguster sur le Grutli. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent en votation populaire. Car cela ne changera strictement rien.


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Curieux Vous pouvez bien faire de l'humour aux dépens des "défenseurs du mythique secret bancaire" mais moi j'en fais partie et je vous dit ceci: on voit tout de suite que vous parlez de choses que vous ne connaissez pas. Vous n'avez rien compris à ce qu'était le secret bancaire et à la raison pour laquelle les grandes puissances ont imposés à la Suisse d'y renoncer.

Le secret bancaire résultait de deux choses:

- D'une part d'un besoin: le besoin de mettre de l'argent à l'abri, à l'abri de l'inflation, de la dévaluation, du fisc, des communistes, des nazis, des brigades rouges, des nationalisations, etc., besoin d'avoir un endroit sur, quelque part dans le monde, pour résoudre discrètement certaines affaires un peu délicates. Et ce besoin existera toujours,

- D'autre part d'une situation internationale dans laquelle il y avait plusieurs blocs politiques dans le monde, qui rivalisaient entre eux. Celà permettait à un pays indépendant et neutre comme la Suisse, d'offrir des conditions cadres intéressantes, et d'accueillir des capitaux provenant des différents blocs. Celà a énormément bénéficié à la Suisse car celà a apporté environ 10% de prospérité supplémentaire dont tout le monde a profité.

Depuis 1989 il y a eu une situation passagère dans laquelle il n'y a eu plus qu'une seule puissance mondiale: les USA, qui ont voulu accaparer les 30% des capitaux transnationaux que la Suisse avait réussi à capter. Moyennant quoi les USA ont fait pression sur la Suisse pendant trente ans, en employant tout leur pouvoir et sans lésiner sur le chantage, pour CONTRAINDRE la Suisse à tuer la poule aux oeux d'or. Aujourd'hui la Suisse a perdu cette guerre et pour les capitaux en fuite, même ceux provenant du crime organisé (car les USA ne sont absolument pas regardants là dessus) les banques US leur ouvrent leurs bras.

Voila la réalité. Seulement, si vous regardez l'évolution du monde, vous constaterez que la domination occidentale universelle, celle de l'OCDE et des USA, ne durera pas. Les Américains eux-mêmes ne veulent plus payer le prix de leur rôle de gardiens de la "gouvernance mondiale" qui est contraire aussi à leurs propres intérêts nationaux. Et c'est pourquoi ils ont élu Donald Trump. La Russie, la Chine, vont constituer leurs propres zones d'influence dans lesquelles ils ne toléreront pas l'ingérence Yankee. Bref le monde unipolaire est fini. On entre à nouveau dans une ère où le monde sera divisé en plusieurs blocs concurrents.

Alors, dans cette nouvelle configuration, l'opacité redeviendra possible. Mais plus en Suisse. La Suisse a perdu ce marché, elle ne pourra pas le récupérer de sitôt, hélas. C'est vrai qu'elle devra se réinventer. En revanche il y aura plusieurs autres pays dans le monde, en Asie ou ailleurs, qui trouveront moyen d'offrir une opacité plus demandée une jamais. Est-ce que les Bermudes pourront jouer ce rôle? Je ne pense pas. Cette île est trop dans l'orbite américaine. Mais ne vous faites aucun souci, les candidats à la succession de la Suisse, comme paradis des capitaux en fuite, seront nombreux, et prêts à beaucoup de choses pour prendre le marché.

Donc au point de vue de ce qu'on appellera peut-être plus le secret bancaire, mais disons l'opacité, vous avez complètement tort de penser que celà appartient au passé.
12.02.2017 - 18:58
Curieux Je corrige deux coquilles : poule aux œufs d'or... opacité plus demandée que jamais 12.02.2017 - 19:03

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