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Gripen: Forces aériennes et manipulations statistiques

Mis en ligne le 28.04.2014 à 11:16

Martin Grandjean

La manière dont sont présentées des données en dit long sur l'intention de leur auteur. À ce titre, le graphique "Kampfflugzeugflotten in Europa" du comité de soutien à l'achat d'avions de combat JAS39 "Gripen" est un cas d'école (cliquez pour agrandir). Il présente l'état actuel des forces aériennes de plusieurs pays d'Europe dans le but évident de montrer à quel point la Suisse est mal équipée. Or, présentant des données "absolues", ce graphique ne tient pas compte de la population des Etats concernés, pas plus que de la surface du territoire à couvrir !

Les "effectifs des forces aériennes en Europe"

⬆︎Ci-dessus, une reconstitution à l'identique du graphique du comité de soutien à l'achat d'avions de combat Gripen. Le tableau montre à quel point la flotte de FA/18 est réduite par rapport à d'autres armées de l'air européenne. On remarquera que le graphique ne tient logiquement pas compte de l'achat potentiel de 22 Saab Gripen (ici rajoutés en rouge) mais qu'il ne met pas en scène tous les pays européens (il inclut d'ailleurs Russie et Turquie, dont la majorité des espaces aériens - gigantesques - ne se situe pas en Europe).

Forces aériennes et population

⬆︎Ci-dessus, les mêmes données mais pondérées avec la population des Etats en question. La Suisse, pays peu peuplé par rapport aux autres membres de ce comparatif, grimpe logiquement de nombreux échelons. La Suisse dépasse d'ailleurs largement la Russie et la Turquie, en tête dans le graphique présenté par le comité de soutien à l'achat d'avions de combat. A contrario, la Grèce possède une flotte d'avions très nombreuse par rapport à sa population.

Ceci étant, la population n'est pas le seul élément avec lequel pondérer la comparaison des effectifs des forces aériennes : la densité de population variant très considérablement d'un Etat à l'autre, il s'agit plutôt de comparer les superficies des territoires.

Forces aériennes et superficie

⬆︎La Suisse est un des pays d'Europe dont le territoire est le mieux couvert par ses avions de combat, même sans les Gripen. Et c'est sans compter d'ailleurs que bon nombre des pays en question ici perdraient encore des places face à la Suisse si on prenait en considération leur territoire opérationnel et pas seulement leur superficie nette (tous ceux qui ont un accès à la mer couvrent dans la pratique une surface bien plus grande que leur simple superficie de terre).

Pour conclure

Pourquoi présenter les effectifs des forces aériennes selon une stricte comparaison quantitative ? Est-ce vraiment le nombre absolu d'avions qui compte dans la comparaison de forces aériennes ? Ou faut-il pondérer ce nombre en fonction d'autres facteurs (population, territoire, mais de nombreux autres encore) ?

Remarque importante : les chiffres en questions, tirés d'après les auteurs du graphique du Département de la Défense lui-même, comparent les flottes d'avions de chasse "de classe F/A18C/D", ce qui justifie que les F-5 Tiger suisses ne figurent pas dans le total. Cette précision importante fait défaut à un récent tweet du Département lui-même, laissant penser qu'il pourrait s'agir d'une comparaison de l'entier des effectifs. On constate d'ailleurs au commentaire qui accompagne ce visuel qu'il est fait état de nos forces aériennes "mal équipées", alimentant le soupçon que seule la taille de la flotte compte pour notre Département de la Défense.

NB: Je parle de manipulation, pas de mensonge. Bien que n'ayant pas épluché toute la documentation du DDPS, rien n'indique que les données de base sont fausses. La façon de les présenter,  elle, est très tendancieuse.


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gabriel.klein Bonjour,

Avez-vous les chiffres / graphiques en fonction
- Avions en fonction de la population
- En fonction de la valeurs des avions (y compris la dépréciation / taux d'intérêts [on paye les avions sur des dettes...])
- En fonction de la valeurs des avions (y compris le cout de maintient..]) => l'avion va durer X ans, il va couter Y.- par année pour le maintient des aéroports, couts de maintenance, etc...
28.04.2014 - 14:40
frammonney Après lecture de cet article, je serais tenté d'écrire "A tendancieux, tendancieux et demi !" ...et je vous fait grâce de la manipulation des chiffres.
Si la comparaison de "Ja zum Gripen" ne tient pas compte de la population des États concernés, pas plus que de leurs superficies respectives de territoire, votre calcul, lui, ne tient pas compte de l'entier des flottes d'avions de combat et de leur capacité à durer pour la protection de leurs populations et territoires respectifs en cas de crise. Et pas qu'en temps de paix (police aérienne). Une flotte d'avions, tout comme une armée, ne se calibre pas pour le temps de paix, mais bien pour le temps de guerre. Les ukrainiens se trouvent ces jours-ci brutalement confrontés au non respect de ce principe. Par ailleurs, votre calcul ne tient nullement compte aussi du fait que des avions de combat doivent contrôler un volume pour pouvoir protéger une superficie - un comble quand on connaît la qualité de votre travail de traitement des données. Il ne tient non plus compte du facteur temps, élément incontournable en aviation, qui plus est militaire.
L'entier de la flotte d'avions de combat pour la Suisse, sans achat du Gripen, c'est 32 Hornet, que ce soit en temps de paix, de tensions ou de guerre. Aucune marge de manœuvre, nos 32 Hornet étant utilisés à fond, en temps de paix déjà. L'Allemagne n'a pas que 110 avions de la classe F/A-18. En cas de nécessité, elle assure la "protection de sa population" - pour reprendre votre terme - avec 232 avions de combat : 110 Eurofighter + 122 Tornado, qui sans être de la classe F/A-18, sont de formidables avions dans leurs missions spécifiques. Idem pour la France qui, elle, aligne aujourd'hui 226 avions de combat "bons de guerre" et non pas uniquement 155. Ne parlons de la Russie qui aligne, elle, 1700+ machines opérationnelles (chasseurs, chasseurs-bombardiers, avions de reconnaissance, bombardiers, etc.) et non pas que 259.
"Ja zum Gripen" compare des nombres d'avions de la classe du F/A-18. Des nombres qui deviennent des flottes entières dans vos graphiques, ce qui est une erreur fondamentale si vous entendez parler de moyens disponibles pour protéger une population donnée.
Etablis à partir de données valables, vos graphiques seraient certainement des plus pertinents pour que la population suisse puisse déterminer le niveau de sécurité qu'elle entend se donner en comparaison internationale. En l'état, ils sont malheureusement inutilisables. A défaut d'être tenté de les qualifier de tendancieux et manipulateurs.
29.04.2014 - 03:13
Martin Grandjean Cher M. gabriel.klein, ce billet se bornant à présenter d'une autre façon les chiffres du graphique du comité de soutien à l'achat d'avions de combat Gripen, je ne suis pas en possession de ces données complémentaires. Le fait que ces données manquent à vos yeux illustre la faiblesse de ce graphique comme seul argumentaire (la réalité est évidemment moins simpliste qu'une bête comparaison des effectifs). 29.04.2014 - 09:47
Martin Grandjean Cher M. frammonney, je suis ravi de constater que nous nous rejoignons parfaitement sur la principale thèse de ce billet qui n'était rien d'autre que de démontrer par l'absurde le néant argumentatif du graphique du comité de soutien à l'achat d'avions de combat Gripen.
Vos développements sont tout à fait intéressants et montrent que vous en savez probablement plus sur la question que les auteurs de ce graphique un peu ridicule. Ceci étant, vos remarques critiquent les lacunes et la validité de mes données, alors que je me borne à reprendre celles du comité que vous semblez soutenir, c'est tout à fait amusant...
Au passage, je me permets de vous faire remarquer que mes trois graphiques indiquent dans leur légende qu'il ne s'agit pas des flottes complètes mais bien des avions de classe F/A-18.
29.04.2014 - 09:52
Jerichooo Pour citer monsieur Framonney, "A tendancieux, tendancieux et demi !" je me permet d'ajouter que les histogrammes présentés dans ce billet, ainsi que ceux présentés par "Ja zum Gripen" ne font pas état des jeux d'alliances, et que les divisions du style "PIB/hab" me disent rien des densités concernées.

En effet, un grand nombre de nos voisins font partie d'alliances militaires comme l'OTAN ou dans une mesure bien moindre d'organisation comme l'UE. Ces alliances amènent à considérer leurs flottes autant selon l'angle national que celui des alliances dans lesquelles ils opèrent. Il est intéressant de noter que des pays prétendant à une certaine "neutralité" politique ou stratégique ressortent aussi dans le présent billet. Ainsi la Suède et la Finlande ressortent malgré une faible population. La Suisse ne faisant pas partie d'une alliance elle ne peut pas espérer être sauvée comme ça. Le cas Russe montre aussi un très gros "occidentalocentrisme" des chiffres donnés par "Ja zum Gripen", minorant à mes yeux un peu trop les capacités russes.

Ensuite, les les territoires n'ont pas tous la même valeur. La Russie dispose de beaucoup de territoires dont l'importance stratégique n'est pas immense, et qui de surcroît ne sont pas des noeuds de circulation très fréquentés. La Suisse à cet égard fait plutôt figure d'opposé, avec sa position centrale et sa densité de population beaucoup plus élevée. Il faut aussi prendre en compte le fait que le territoire prit dans sa totalité fonctionne dans un scénario de police du ciel, mais moins dans un cas de conflit, ou c'est la "ligne/zone de front" qui importe. Pour la Suisse cette "ligne/zone" l'engloberait presque totalement.

Cela étant dit, la Suisse dispose tout de même de capacités existantes tout à fait honorables. Et à mes yeux le projet d'acquisition aurait du plutôt ressembler aux remarques lues dans un article de Vigousse du 9.12.2011 : Moins de chasseurs (12 selon article) et des avions de surveillance radar(2 ou 3 selon l'article), permettant de couper la poire en deux (plus ou moins au milieu) entre police du ciel et arme de guerre et de limiter les coûts. D'autant plus que cette acquisition aurait pu être intégrée dans le budget militaire par une réduction semblable des forces terrestres.
01.05.2014 - 00:36

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