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Andreas Auer, le professeur qui veut faire tabula RASA

Mis en ligne le 03.06.2015 à 17:03
Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Zurich

Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Zurich

Michel Guillaume

« Colère, puis détermination ». Ce sont les deux sentiments qu'a éprouvés Andreas Auer au soir du 9 février 2014, après l'approbation par le peuple de l'initiative de l'UDC « contre l'immigration de masse ». Agé aujourd'hui de 67 ans, le professeur de droit constitutionnel a vite digéré sa déception pour passer à l'action. Le 9 mai déjà au restaurant « Au Premier » à la gare de Zurich, il mettait sous toit, avec son collègue Thomas Geiser et la sociologue Yvonne Jänchen, les statuts de l'Association « Sortons de l'impasse », connue désormais sous son acronyme allemand RASA. Tel est désormais le nom de l'initiative visant à biffer la nouvelle teneur de l'article 121a de la Constitution afin de sauver la voie bilatérale avec l'UE.

« Notre Constitution a toujours été ouverte au monde et au droit international. Et voilà qu'y apparaissent des dispositions qui érigent des barrières avec l'Europe. C'est comme un corps étranger qu'il s'agit d'enlever», déclare Andreas Auer. Avec lui, c'est la société civile qui se révolte, « la Suisse des 49,7 % », comme l'a appelée l'écrivain Alex Capus en faisant allusion au score des perdants du 9 février. Au sein du comité de RASA ne figurent que des noms inconnus du sérail politique et économique.

Lorsqu'en décembre 2014, ceux-ci annoncent le lancement de leur initiative, les observateurs ne donnent pas cher de leurs chances. Ils constatent qu'ils ne disposent pas d'une structure professionnelle pareille à celle d'un parti ou d'un syndicat à la machine rôdée dans ce genre d'exercice. Et puis, ils déplorent le côté « mauvais perdant » de la démarche, interprétée comme un «déni de culture démocratique ».

Ces reproches piquent au vif Andreas Auer : « J'ai passé toute ma vie à défendre la démocratie directe, qui est merveilleuse », se défend-il. « Seul le peuple peut revenir sur l'une de ses décisions, c'est l'essence-même de sa souveraineté ». Ses verdicts ponctuels ne sont pas faits pour l'éternité. « Si c'était le cas, la Suisse ne connaîtrait pas de libre circulation pour les Juifs (1866), d'élection à la proportionnelle au Conseil national (1919 ni même de suffrage féminin (1971) », rappelle-t-il.

Actuellement, les auteurs de RASA ont recueilli quelque 40'000 signatures validées. Ils espèrent toujours parvenir aux 100'000 en septembre prochain, de manière à ce que leur initiative soit traitée par le parlement en 2016 et puisse s'insérer dans le calendrier européen du Conseil fédéral.

Dans la rue, le professeur émérite des universités de Genève et Zurich paie de sa personne. Il apprécie le contact avec la population, qui la plupart du temps le remercie de « bouger et de faire quelque chose de concret ». Seul bémol : la police qui réclame parfois une autorisation aux initiants. A Schaffhouse, elle a même emmené un étudiant au poste pour vérification d'identité ! Voilà qui choque Andreas Auer, qui brandit la jurisprudence récente du Tribunal fédéral, stipulant que « la collecte de signatures sur le domaine public n'est pas soumise à autorisation dès lors qu'elle est effectuée par des personnes individuelles sans installations fixes ».

Au sein de la Suisse économique et politique, on a déjà élaboré de multiples plans pour rendre réussir l'impossible, à savoir rendre eurocompatible une initiative europhobe. De la clause de sauvegarde à une taxe sur les étrangers, il y a là plus de plans que de lettres de l'alphabet. Mais pour le moment, aucun plan B ne tient vraiment la route. Dans ce contexte, ceux qui critiquaient RASA ont mis une sourdine à leurs critiques.

« Les sarcasmes initiaux dont nous étions l'objet ont fait place au respect à notre égard », se réjouit Andreas Auer. « Nous sommes bien sûr conscients que notre texte n'est pas une solution, mais il n'en reste pas moins une condition préalable à toute autre solution que devra imaginer le Conseil fédéral», souligne-t-il.

Le pari de RASA n'est pas sans risque, car un deuxième camouflet infligé à l'UE sonnerait probablement le glas de la voie bilatérale. Comme toute initiative est soumise à la double majorité, il faudra faire basculer cinq cantons dans le camp des partisans de l'ouverture. Andreas Auer ne craint pas cette échéance. « Je n'ai pas peur. Nous allons gagner cette votation haut la main ».


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