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Cinq dates qui ont changé la Suisse

Mis en ligne le 25.07.2012 à 11:19
ALLEGORIE DE 1848 La nation réunie se donne une Constitution approuvée par le peuple.

ALLEGORIE DE 1848 La nation réunie se donne une Constitution approuvée par le peuple.

© Keystone



Patrick Vallélian

C’est une initiative éditoriale épatante que celle lancée il y a quelques semaines par la collection Le savoir suisse: raconter notre histoire en partant de quelques grandes dates. Une manière non pas de rapetisser le champ, de sombrer dans l’anecdote, mais au contraire de fournir une porte d’entrée, un «identifiant», comme l’explique le directeur de la collection, l’historien Olivier Meuwly. Il s’agit «d’embrasser un large segment historique, dans sa profondeur et les implications qu’il suggère».La première livraison éclaire avec l’an 58 av. J.-C. et les Helvètes, l’an 888 et le Royaume de Bourgogne et le 10 août 1792 aux Tuileries, autant de périodes charnières trop méconnues. Dans la perspective de la fête nationale du 1er Août, L’Hebdo s’est piqué au jeu et a choisi à son tour de raconter cinq journées clés de l’histoire suisse, cinq basculements symboliques dont la portée fut considérable.Notre premier défi aura été de raconter le 1er août 1291, puisque les événements situés au Grütli appartiennent à la mythologie. Mais quelle mythologie! Le pacte d’assistance mutuelle entre Uri, Schwytz et Unterwlald a bel et bien existé. Et l’histoire de la naissance, du développement de ce mythe est aussi captivante qu’un récit détaillé, comme en témoigne l’historien Georges Andrey! Les chroniqueurs ont laissé des témoignages plus précis de la bataille de Marignan, dont chacun connaît l’année, 1515, et dont le professeur Hans-Ulrich Jost propose une réinterprétation aussi provocante que stimulante.

C’est une grosse lacune de l’enseignement de l’histoire dans nos écoles que de minimiser l’impact du mercenariat des soldats suisses au service du roi de France et de tant d’autres souverains européens. Avec sa verve incomparable, Alain-Jacques Tornare en raconte un des épisodes les plus dramatiques, le massacre des Suisses aux Tuileries le 10 août 1792.Ce traumatisme ouvre une ère de changements, eux aussi trop peu racontés, et qui vont déboucher sur la naissance de la Suisse moderne, le 12 septembre 1848. Une date cruciale, mais impitoyablement détrônée par le 1er août.Au XXe siècle, grâce à l’érudition de Brigitte Studer, professeure à l’Université de Berne, notre coup de projecteur s’est porté sur la grève générale, le 12 novembre 1918, la seule qu’ait connu la Confédération, et dont les revendications et leur réalisation vont générer pendant plusieurs décennies leur lot de tournants «historiques», telle l’introduction de l’AVS ou du suffrage féminin. Qui, eux aussi, à l’instar de tant d’autres, mériteraient d’être introspectés en détail. Bonne lecture.


Le 1er août 1291, La nation valait bien une histoire

C’est en 1891 que la Suisse célèbre pour la première fois sa fête nationale en souvenir de la fondation de la Confédération sur la prairie du Grütli. Une invention pure et simple qui doit beaucoup aux radicaux. 

L’heure est grave en cette année 1891. Un peu partout en Suisse, des grèves éclatent sous la pression des socialistes. Ces rouges qui veulent la mort du patron et du capitalisme, dénoncent la droite radicale. Eux rétorquent qu’ils ne font que réclamer un juste partage des richesses alors que le pays, l’un des premiers à s’être industrialisé au tournant du siècle, est riche et prospère. Du coup, la Suisse connaît 52 blocages d’usines et d’ateliers, soit un par semaine. «Un record», remarque l’historien Georges Andrey. Pire, pour cette droite libérale volontiers paternaliste qui ne voit rien de providentiel à l’Etat, la gauche fait une entrée remarquée sous la Coupole fédérale avec l’élection du Zurichois Jakob Vogelsanger le 23 novembre 1890. Puis, en juillet, le peuple accepte en votation le principe de l’initiative populaire comme instrument de la démocratie directe. «Les radicaux, qui tiennent tous les leviers de la Confédération et, surtout, qui règnent sans partage sur le gouvernement doivent réagir», poursuit le Fribourgeois. Ils enterrent dans un premier temps la hache de guerre du Sonderbund en intégrant un conservateur catholique modéré dans son Conseil fédéral. Il s’appelle Joseph Zemp. Il est Lucernois, avocat et ne va pas tarder à être excommunié par les plus fanatiques des cathos, notamment le Fribourgeois Georges Python qui le qualifie de traître et d’apostat.Mais ce n’est pas tout. Face à la montée en puissance de nos voisins, à cette peur d’une Suisse écartelée entre la France, l’Italie et l’Allemagne – ce qui sera le cas durant la Première Guerre mondiale – les radicaux comprennent qu’ils doivent innover. Encore. Ils jouent alors une autre carte, nouvelle dans un pays aux cantons jalousement souverains. «Celle du patriotisme national», note Georges Andrey. «Ils vont inventer purement et simplement l’histoire de la fondation de la Suisse afin de se doter d’une fête nationale capable de réunir tous les Suisses sous une même bannière.»

«Story telling». Ainsi naît le 1er Août qui donne lieu, en 1891, à un 600e anniversaire inédit puisqu’il n’avait jamais été célébré jusque-là; à des festivités grandioses et très populaires à Schwytz, ville qui avait donné son nom au pays. Et à la mythification d’une Suisse fondée par trois hommes libres d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald qui avaient signé un pacte défensif sur la prairie du Grütli avant que les Waldstätten, attaqués et suivant l’exemple d’un Guillaume Tell courageux et intrépide, ne se révoltent et chassent les envahisseurs Habsbourg.A qui doit-on cette belle page de story telling digne de Hollywood? A deux radicaux mandatés par le Conseil fédéral pour couvrir d’un voile scientifique ces mensonges utiles. Il s’agit de Carl Hilty, un juriste bernois et surtout conseiller national, ainsi que de Wilhelm Oechsli, professeur d’histoire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Ce sont eux qui vont écrire les exposés historiques justifiant le choix de 1291 en s’appuyant sur le document le plus ancien qu’ils avaient sous la main, le fameux pacte retrouvé un peu par hasard en 1758 dans les archives de Schwytz, mais à qui personne n’avait eu l’idée de donner la valeur d’acte fondateur du pays. Et pour cause, il n’est en réalité pas le premier du genre et, surtout, il ne serait qu’une copie datant du XIVe siècle selon des tests récents au carbone 14.Hilty et Oechsli n’en savent rien, pour une raison évidente: cette technologie date du XXe siècle. Mais l’auraient-ils appris que cela ne les aurait pas empêchés de réviser tout de même l’histoire nationale qui fixait jusque-là le serment du Grütli au 8 novembre 1307, soit quelques semaines avant la destruction des châteaux au Nouvel An 1308, comme l’avait écrit l’historien Aegidius Tschudi dans son Chronicon Helveticum (vers 1550).

Conspiration. Problème: cet acte de résistance était célébré chaque année par les organisations ouvrières du pays qui, autre provocation antinationale, fêtaient joyeusement le 1er Mai depuis 1890. L’Etat radical se devait de leur couper l’herbe sous les pieds. Quitte à jouer avec la vérité. «Mieux vaut rattacher ce que l’on considère désormais officiellement comme l’origine de la Confédération à un traité d’alliance qu’à la commémoration toujours dangereuse et ambiguë d’une conspiration suivie d’une révolution contre un seigneur légitime», résume à merveille François Walter dans son Histoire de la Suisse (Editions Alphil, 2010).Il faut dire qu’à ce niveau-là, le pacte de 1291 n’allait pas bouleverser l’ordre établi. Loin de là, rappelle Georges Andrey. «Ce texte n’est ni une constitution ni un appel à la révolte contre les Habsbourg et le Saint Empire romain germanique qui dominent alors la région.» N’y cherchez pas les mots indépendance, autonomie, souveraineté, liberté, égalité, élections, votations, référendum, initiative populaire, citoyen, droits, démocratie… «En fait, il s’agit d’un patchwork de dispositions en tout genre relevant, dans un joyeux désordre, aussi bien du droit privé que du droit public, de la défense du pays, de la police intérieure, de l’autonomie de la justice ou des devoirs de l’individu tenu de respecter l’ordre établi et la hiérarchie sociale», complète l’historien fribourgeois qui souligne que de tels pactes étaient courants dans l’empire.Elémentaire: même s’il n’est ni signé ni daté avec précision – on y parle du début du mois d’août – et si on ne sait pas où il a été écrit – en tout cas pas sur le Grütli –, il est évident qu’il est établi par l’élite locale des trois vallées d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald. Une élite qui ne cherchait nullement à bouleverser l’ordre féodal établi mais à se rappeler leurs devoirs mutuels au moment de la mort de l’empereur Rodolphe de Habsbourg en juillet 1291 et de la transition incertaine qui la suivit. Il s’agissait là simplement d’une assurance tout risque qui ne sera utilisée en fin de compte qu’en 1315 lors de la bataille de Morgarten victorieuse contre les Habsbourg.

Brasiers. Quant à la fête nationale, elle connut un succès immense en 1891. Mais il a fallu attendre 1899 pour que les cloches des églises et des temples – un exploit après le Kulturkampf – résonnent à l’unisson chaque 1er Août et 1993 pour qu’elle soit fériée, grâce à une initiative populaire des Démocrates suisses. Et les feux, me direz-vous? Ces milliers d’immenses brasiers qui marquent le début des festivités, la nuit tombée, sont-ils eux aussi une construction des radicaux qui y voyaient le souvenir d’un ingénieux système visuel qui permettait aux sanguinaires Waldstätten (lire notre article sur Marignan en page 34) de donner l’alerte en cas de danger, tels les feux du Gondor dans le Seigneur des anneaux?

Merci Lug! La vérité est bien différente, sourit Georges Andrey. «C’est tout ce qu’il reste d’une vieille fête celte que les ancêtres de nos ancêtres consacraient au début du mois d’août au dieu du soleil Lug. Au moment le plus chaud de l’année.» Et justement, c’était grâce à un feu purificateur et puissant que les Celtes honoraient le dieu des dieux. Celui qui, selon leur mythologie, avait tous les dons, maîtrisait toutes les magies et pouvait d’un éclair changer le cours d’une bataille ou d’une vie. Puis son souvenir – même si son nom apparaît encore sur des inscriptions retrouvées dans les ruines romaines d’Avenches – s’est perdu dans les méandres du temps.Et seule la coutume des feux et des festivités de la mi-été est restée dans le calendrier de nos premiers Suisses. «Il n’y a rien de surprenant à cela», indique Georges Andrey. «D’autres fêtes sont aussi des survivances de célébrations beaucoup plus anciennes. C’est le cas notamment de Carnaval – qui tire son origine des célébrations dionysiaques grecques – ou de Noël, qui doit beaucoup aux Saturnales romaines.» Cette période marquait pour les Waldstätten une pause dans leur estivage ou leurs travaux agricoles. Ils en profitaient pour descendre de leurs alpages et se rendre dans les bourgades pour les marchés, pour se marier, pour faire la fête en famille, pour réclamer justice et même pour signer des documents importants. C’est donc dans ce cadre festif que fut élaboré celui de 1291. Qui n’avait rien d’exceptionnel. Et encore moins d’historique. N’en déplaise aux faiseurs de Suisse.


CINQ EXPERTS

Georges Andrey

Historien aujourd’hui à la retraite, il a notamment enseigné aux Universités de Neuchâtel et de Fribourg. Auteur du best-seller L’histoire de la Suisse pour les nuls, aux Editions First. Il travaille actuellement sur une histoire de la Suisse romande.

Hans-Ulrich Jost

Professeur honoraire d’histoire suisse contemporaine de l’Université de Lausanne. Président de la Commission nationale pour la publication des documents diplomatiques suisse (DDS). Il est un des auteurs de la Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses, parue en 1983. 

Alain-Jacques Tornare

Historien franco-suisse, grand connaisseur de la période napoléonienne et du mercenariat. Il vient de publier 10 août 1792, Les Tuileries dans la Collection les Grandes Dates du Savoir Suisse, et La Bérézina, Suisses et Français dans la tourmente de 1812 aux Editions Cabédita. 

Olivier Meuwly

Docteur en droit et ès lettres de l’Université de Lausanne. Auteur de maints ouvrages sur l’histoire des idées politiques, il dirige la Collection Grandes Dates du Savoir Suisse, dont les prochains titres porteront sur l’affaire des Mirages (1966), le non à l’EEE (1992) et la Constitution fédérale de 1874. 

Brigitte Studer  

Professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Berne. Membre du comité du Dictionnaire historique de la Suisse (www.dhs.ch), membre du conseil de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNRS).

 


Le 14 septembre 1515, Marignan, le choix de la mondialisation

Après s’être inclinés en Italie contre le roi de France, les Suisses décident de ne plus se battre pour eux-mêmes. Mais de mettre, très lucrativement, leurs compétences guerrières au service des autres.

«San Marco! San Marco!» La clameur envahit la morne plaine de Marignan, à un jet de boulet de Milan, en ce 14 septembre 1515. Il est 8 heures du matin, le soleil tape fort et les furieux combats entre les 30000 Français du roi François Ier et les 20000 Suisses viennent à peine de reprendre après un après-midi et une soirée d’un affrontement désordonné. Seule la nuit, qui avait enveloppé ce marécage devenu poussiéreux par la sécheresse estivale, avait obligé les hommes à se reposer. Souvent à deux pas de leurs ennemis. A même le sol.

«San Marco! San Marco!» Entendent-ils ces Suisses, engagés par le duché de Milan, ce cri de ralliement au jeune roi français lancé par les 3000 cavaliers vénitiens et leurs mercenaires albanais, un cri en l’honneur de Marc, leur saint patron? Comprennent-ils, les fiers Helvètes, que l’arrivée des troupes de la Cité des Doges marque la fin de la bataille de Marignan? De cette «finale de la Coupe d’Europe des champions», comme l’écrit François Walter dans son Histoire de la Suisse (Editions Alphil, 2009) avant de souligner – non sans ironie – que la guerre au XVIe siècle était «le mode usuel des rapports entre les nations».

Il faudra encore trois heures de carnage chaotique pour que les troupes cantonales, appuyées par la soldatesque de capitaines prêts à se vendre au plus offrant, s’enfuient de ce bain de sang pour se replier sur Milan, laissant derrière elles 6000 morts. Et non 10 000 comme le dit la légende.Trois heures pour se sortir de ce piège tendu par Matthieu Schiner. L’évêque de Sion, après avoir entraîné les Confédérés dans ces guerres d’Italie pour défendre la papauté, avait en effet fait croire aux troupes restées à Milan que des Helvètes étaient attaqués aux portes de la cité par l’avant-garde française. Nos bouillants montagnards tombent alors dans le panneau et, comme par hasard, se trouvent face à l’armée française alors que, en réalité, plusieurs cantons avaient donné l’ordre à leurs hommes de rentrer. Ces derniers avaient lâché quelques jours plus tôt Milan, les Sforza et le pape pour 1 million de couronnes, en signant le traité de paix de Gallarate avec François Ier.

Marignan, la fin des rêves de grandeur de nos Helvètes, dont la sauvagerie – ils ne faisaient jamais de prisonniers à moins d’en tirer une rançon –, l’indiscipline, la brutalité, l’avidité au pillage, la fourberie faisaient d’eux une des forces militaires les plus craintes de leur époque à défaut d’être respectée? C’est en tout cas ce qu’apprennent les petits Suisses à l’école avant d’entendre que, après 1515, les Confédérés se sont repliés sur le territoire préférant observer la marche du monde bien au chaud derrière leur mythique neutralité.

Une interprétation que l’historien Hans-Ulrich Jost conteste. Pour le chercheur, qui planche actuellement sur l’apport du mercenariat sur l’essor économique helvétique, la Confédération ne s’est pas recroquevillée sur elle-même après 1515. Bien au contraire. «Elle n’a jamais été aussi active à l’étranger», corrige Hans-Ulrich Jost. Un exemple? Il y a eu davantage d’Helvètes enrôlés dans les armées européennes après les guerres d’Italie. «Il y avait continuellement 40 000 à 60 000 Suisses en service.»

L’accès aux marchés internationaux. Les capitulations ont été, elles aussi, un «business» en or pour les cantons. En signant des accords de paix avec la France puis l’Espagne, les Pays-Bas ou encore la Suède, ils s’assuraient l’accès à ces marchés, tout en trouvant une activité à ces mercenaires de premier ordre dont ils ne savaient que faire et pour lesquels ils encaissaient une fortune.«C’est en fait à cette époque que naît la Suisse mondialisée, ouverte sur le monde.» En choisissant de ne pas avoir de politique commune, ce qui les aurait obligés à créer un contrôle étatique, donc un Etat, les Suisses laissent le marché se débrouiller seul. «Chaque canton, chaque capitaine même, pouvait ainsi s’organiser comme il l’entendait. Un vrai projet ultralibéral avant la lettre», sourit le professeur honoraire d’histoire contemporaine de l’Université de Lausanne. Mais pouvait-il en être autrement avec cet assemblage incertain d’Etats aux intérêts divergents et, qui plus est, profondément divisés par la Réforme.Quant à la débandade de Marignan, elle marque les esprits à cause de la défaite, bien sûr, du nombre de morts et de blessés, des accusations de corruption qui entouraient cette débâcle, de la crise morale consécutive à ces campagnes à répétition dont les hommes avaient ramené, outre des métaux précieux et des pièces d’orfèvrerie, le mal de Naples (la syphilis), mais aussi et surtout à cause de l’argent perdu. Se faire souffler dans un combat inutile 1 million de couronnes, voilà qui est resté longtemps en travers de la gorge des Confédérés. Il y a eu d’ailleurs des procès de capitaines pour faute professionnelle et corruption. Certains en ont même perdu la tête…

Une puissance économique. Reste que le souvenir de Marignan se perd rapidement dans les mémoires. Et il faudra finalement attendre le début du XXe siècle pour que cette bataille trouve une place de choix dans la chronologie nationale sous la case «défaite glorieuse». Une place très exagérée dans les faits puisque cet événement n’avait en rien chamboulé les plans helvétiques d’expansion, car ils n’avaient jamais existé. Mais voilà, Marignan se révèle très utile au moment où la Suisse devient une des plus importantes places financières du monde. Cette puissance économique, qui aurait dû alors assumer son rôle dans le concert des nations et surtout défendre sa voix avec une armée solide et une vraie politique étrangère, préfère faire profil bas.«C’est à ce moment-là que le mythe du repli dans le bon ordre et celui de la politique de neutralité est exploité pour cacher que la Suisse jouait finalement un grand rôle dans le monde, que ses bateaux marchands naviguaient dans le sillage direct des grandes puissances de l’époque.» Bref, on s’est internationalisé sans prendre les responsabilités politiques qui allaient avec. Une stratégie que le Conseil fédéral applique aujourd’hui encore.


Le 10 août 1792, La tragédie des Tuileries

Le jour où les Suisses au service du Roi de France furent massacrés, où les Confédérés commencèrent à voir la Révolution avec moins de sympathie.

Décapités, découpés en morceaux, éventrés, fusillés, ébouillantés, jetés du haut des fenêtres du Palais des Tuileries, au centre de Paris, ou plus simplement tués au combat par des dizaines de milliers de révolutionnaires dont quelques «patriotes» suisses venus renforcer Les Marseillais, les Gardes nationaux, les anciennes gardes françaises et autres émeutiers… Ce 10 août 1792, plus de 250 soldats sur les 900 de la Garde suisse de Louis XVI, qui défendaient le dernier symbole d’une royauté en lambeaux, vont mourir après sept heures d’un combat acharné, mais inutile- puisque le roi leur avait donné l’ordre – non reçu – de se retirer pour certains et pour d’autres de déposer les armes. Sous les boulets et la mitraille. A 1 contre 100.

Le massacre ne se termine pas avec la fin de l’assaut, vers 16 heures. Si certains soldats sont sauvés par des Parisiens, d’autres, beaucoup d’autres, pourtant à court de munitions ou désarmés, sont victimes de la folie ambiante. La foule, criant vengeance pour ses morts du jour, les pourchassent. Et elle va jusqu’à égorger, le soir même, les concierges suisses dans les immeubles parisiens, écrit Alain-Jacques Tornare, historien, spécialiste de la période révolutionnaire et surtout auteur d’un passionnant petit ouvrage sur cette date sanglante: 10 août 1792, Les Tuileries, l’été tragique des relations franco-suisses (Collection Le savoir suisse, Presses polytechniques et universitaires romandes).

Tant de haine. Quant aux cadavres, ils subissent les pires outrages. Comme s’il fallait que leur sang abreuve les sillons de la République naissante, au rythme de La Marseillaise que l’on entonne ce jour-là pour la première fois à Paris.Pourquoi une telle haine? Tout simplement parce que ces militaires à la tunique rouge sang incarnaient le pouvoir monarchique, son dernier rempart, son ultime menace aussi. Les liquider, explique l’historien fribourgeois, c’était anéantir symboliquement l’Ancien Régime alors que la Révolution est en danger et que le bruit des bottes des troupes autrichiennes et prussiennes se faisaient entendre jusqu’aux Champs-Elysées.«Comme le 14 juillet 1789, les Suisses ont donné sa dimension nécessairement spectaculaire à cette journée. Ils ont joué un rôle central dans ce moment clé de l’histoire de France qui marque la fin de la royauté et le début de la République. Le roi sera guillotiné en janvier 1793.» Mais la Suisse n’est pas directement concernée par une affaire qui semble très franco-française finalement? «Détrompez-vous, corrige Alain-Jacques Tornare. La tragédie des Tuileries est très clairement l’un de nos lieux de mémoire… même s’il se situe à l’étranger. Comme Marignan ou La Bérézina, cet événement a marqué les esprits des Suisses qui rejetèrent alors la Révolution. C’était la fin d’une époque.» Celle des troupes capitulées au service de la France, bien sûr, des troupes qui avaient fait les beaux jours des élites helvétiques et qui avaient nourri nos campagnes, mais aussi et surtout celle de l’Alliance franco-suisse qui avait assuré la pérennité du Corps helvétique.

Diète paralysée. «Ce qui apparaît dans toute sa cruauté à l’époque, c’est le manque d’unité et la paralysie évidente de la Diète helvétique, incapable de prendre une décision et qui se gardera bien de déclarer la guerre à la France pour laver l’affront», poursuit l’auteur de La Révolution française pour les Nuls (Edition First, 2009). «Elle redoutait une invasion qui aurait sans doute entraîné un partage du pays comparable à celui de la Pologne en cours à la même époque.»Pas étonnant alors si les autorités cantonales s’arrangent très rapidement pour faire oublier le 10 août. Il sera occulté jusqu’à la Restauration, puis partiellement transformé en mythe avec l’érection du Lion de Lucerne en 1821, l’un des rares monuments historiques construits en Suisse au XIXe  siècle pour figer dans la pierre l’illusion d’un passé héroïque. «Il fallait taire le 10 août pour ce qu’il nous disait sur nous-mêmes, sur nos faiblesses internes, nos dépendances extérieures. Ce qui est insupportable déjà à l’époque, c’était le poids de l’étranger dans la formation, la réalisation de la Suisse. C’était difficile à assumer.»D’autant que les élites cantonales en sortiront aussi traumatisées que déboussolées et se montreront bien incapables d’assurer la survie d’une vieille Helvétie qui s’effondrera piteusement en 1798 devant l’avancée des troupes révolutionnaires.«Plus rien en sera comme avant, résume Alain-Jacques Tornare. Les Suisses ont été frappés par ceux qui étaient censés être leurs plus anciens alliés et protecteurs. Pour la Confédération, il y a donc un avant et un après 10 août. » Un événement qui explique au passage aussi pourquoi la Suisse, décidément très dépendante de la France, devra son salut à un témoin de la tuerie. Son nom: Napoléon Bonaparte. C’est lui, le futur empereur et seigneur de l’Europe, qui mettra notre bonne vieille Confédération sur les rails de la modernité fédérale en imposant en 1803 son acte de médiation après l’échec de la trop centraliste République helvétique.


Quelques Autres dates

-58 Tentative d’émigration des Helvètes, installation progressive des Romains.

73 Fondation de la colonie d’Avenches.

260 Invasion des Alamans.

401 Abandon de la frontière du Rhin. Fin de la domination romaine.

515 Fondation de l’abbaye de Saint-Maurice.

719 Fondation du couvent de Saint-Gall.

888-1032 Second royaume de Bourgogne.

1231 Uri obtient l’immédiateté impériale.

1291 Alliance entre Uri, Schwytz et Unterwald.

1315 Bataille de Morgarten.

1460 Fondation de l’Université de Bâle, la première de Suisse.

1515 Bataille de Marignan.

1516 Paix «perpétuelle» avec la France.

Avril 1525 Suppression de la messe à Zurich sous l’impulsion de Zwingli, 1er acte de la Réforme protestante en Suisse.

20 janvier 1601 Création de la corporation des horlogers de Genève, première du genre en Suisse. 

24 octobre 1648 Traité de Westphalie, la Suisse est officiellement séparée du Saint Empire.

1761 Fondation de la Société helvétique.

1798 Invasion française; République helvétique.

1803 Acte de médiation.

Novembre 1847 Guerre du Sonderbund.

12 septembre 1848 Naissance de l’Etat fédéral.

7 mai 1850 Création du franc suisse.

1856 Fondation du Crédit Suisse, la plus ancienne des grandes banques suisses, début de l’essor de l’industrie financière.

17 février 1863 Fondation de la Croix-Rouge à Genève.

1867 Invention de la farine lactée, naissance du groupe Nestlé.

20 février 1898 Vote populaire de la création des CFF, seule nationalisation d’envergure de l’économie suisse.

16 mai 1920 Vote positif sur l’entrée de la Suisse dans la Société des Nations (SDN).

24 septembre 1936 Dévaluation de 30% du franc par rapport à l’or, début de la fin de la Grande Dépression.

6 juillet 1947 Vote positif sur l’introduction de l’Assurance-vieillesse (AVS).

6 mai 1963 Entrée de la Suisse au Conseil de l’Europe.

7 février 1971 Vote positif sur le suffrage féminin fédéral.

6 décembre 1992 Refus de la Suisse d’entrer dans l’Espace économique européen.

7 mars 1996 Fusion Ciba-Sandoz pour créer Novartis, première des mégafusions de la fin du XXe siècle.

10 septembre 2002 Entrée de la Suisse à l’ONU.

13 mars 2009 Fin du secret bancaire.

 


Le 12 septembre 1848, Big bang fédéral

C’est peut-être la journée la plus méconnue de l’histoire suisse, mais il s’agit d’une des plus cruciales puisqu’elle marque la naissance de la Suisse moderne, l’Etat fédéral dans lequel nous vivons depuis 164 ans.

Le 12 septembre 1848 est le jour de naissance de la Suisse moderne. L’évènement est d’autant plus singulier que la Confédération devient une République au cœur d’une Europe monarchiste.
On est à Berne, et la Diète, composée de deux délégués par canton, a décidé que ce 12 septembre aura lieu la promulgation de la nouvelle constitution. Avant de passer au vote solennel toutefois, le président annonce qu’il a reçu du Conseil fédéral de la guerre le rapport sur les pensions à accorder aux blessés, aux veuves et aux orphelins de ceux qui ont succombé durant les combats du Sonderbund. Le sujet sera débattu lors d’une autre séance, mais cette communication montre la volonté de ménager les vaincus de la courte guerre civile qui a déchiré la Suisse fin 1847.

Une délicate attention, mais qu’il ne faut pas trop idéaliser. Le processus de vote de la nouvelle Constitution dans les cantons laisse à désirer, surtout si on le considère à l’aune de nos exigences démocratiques actuelles: dans certains cantons comme Fribourg, on n’a pas consulté le peuple, mais le seul Grand Conseil, ailleurs on a considéré les abstentionnistes comme acceptants. Sur ce premier scrutin fédéral, le site internet de la Confédération indique aujourd’hui que la Révision totale de la Constitution a été acceptée par 72,8% des votants, 14 cantons et deux demi-cantons.

Dans son compte rendu de l’assemblée, La Gazette de Lausanne mentionne les prises de parole des délégués de tous les cantons, puis note que le projet a été adopté par 17 d’entre eux…
Ce résultat est en tout cas annoncé dans la capitale par 101 coups de canon «tirés sur les grands remparts par une pièce de 12». Les autorités (à l’exception des délégués des cantons primitifs, spécifie le journal), partent ensuite, en cortège, dans une vingtaine de voitures, pour se rendre dans le village de Fraubrunnen, à mi-chemin entre Berne et Soleure. Au programme, banquet, discours et chants patriotiques. «La plus expansive cordialité a régné dans cette réunion», rapporte le chroniqueur de l’époque.

Le nouvel Etat fédéral est désormais lancé. Les élections auront lieu en octobre (c’est encore le cas aujourd’hui), afin que les deux Conseils, national et des Etats, puissent  inaugurer leur mandat le 1er novembre et élire le premier Conseil fédéral.

La Constitution de 1848 va permettre la création du marché intérieur suisse en abolissant les frontières cantonales, en unifiant les monnaies, les poids et les mesures, et en développant la poste et les télégraphes. Le pouls de la nation se met à battre plus vite.

On ne comprend guère le saut en avant que représente 1848 sans revenir un demi-siècle plutôt. Après la chute de l’Ancienne Confédération en 1798, imposée par les baïonnettes françaises, les Suisses ont goûté aux libertés nouvelles sans parvenir toutefois à trouver une organisation institutionnelle qui satisfasse anciens et nouveaux cantons. Au terme de l’épopée napoléonienne, le Congrès de Vienne, qui redessine la carte européenne, impose à la Suisse l’esprit de la Restauration. «On retombe dans un pouvoir faible», souligne l’historien Olivier Meuwly.

Un espace économique national. Ce retour en arrière ne convient guère. Dès les années 1830, un mouvement de Régénération, porteur des idées libérales, s’essaie à secouer les vieilles structures. En 1833, un premier projet de nouveau Pacte fédéral, qui vise la création d’un Etat plus à même d’imposer des règles communes à toute la Confédération, échoue – le chancelier autrichien Metternich a formulé une sorte de veto, qui a dopé les ardeurs des réactionnaires.

Mais l’ambition de créer un espace économique national ne s’éteint pas. Les tensions entre cantons conservateurs et réformistes débouchent sur la guerre du Sonderbund, une guerre civile, qui marquera durablement les esprits, même si elle ne dura que quelques semaines et ne fit qu’une centaine de morts.

Au terme du conflit, les députés de la Diète se mettent au travail pour rédiger un nouveau Pacte fédéral. Casimir Pfyffer, président de la Nouvelle Société helvètique, le think tank de l’époque, a résumé quelques années auparavant leur défi: «Tout Confédéré intelligent et instruit partage maintenant l’intime conviction qu’il nous faut une meilleure législation fédérale. Tous comprennent que l’actuelle faiblesse des liens entre cantons ne permet aucune réalisation commune au niveau national, qu’elle confine l’industrie dans des espaces trop étroits et entrave le commerce dans son ensemble. »

Mais quel type d’unité peut convenir à la Suisse? La centralisation à la française sur le modèle de la République helvétique de 1798 est vouée à l’échec. Les constituants du printemps 1848, s’avèrent très pragmatiques: ils savent qu’il faut faire avec l’esprit cantonaliste. C’est donc du modèle américain qu’ils vont s’inspirer: le bicaméralisme concilie le besoin d’unité et le maintien d’un pouvoir fort des cantons, tout en permettant à un vrai gouvernement fédéral de se mettre en place.

Pour Olivier Meuwly, «la tension entre fédéralisme et centralisation est au cœur de notre histoire, c’est une alliance en perpétuelle reconfiguration». Ainsi, par exemple, l’industriel zurichois Alfred Escher pourra imposer sa vision des chemins de fer en mains privées grâce aux fédéralistes romands, contre Berne. Mais cet axe se désagrègera lors de la discussion sur la création d’une université fédérale. Pas question alors pour les Romands d’adhérer au point de vue zurichois exigeant une seule haute école pour le pays.

Pourquoi ne fête-t-on pas 1848? «Ce serait célébrer le radicalisme», note Olivier Meuwly. La création de la fête nationale en 1891 est une manière de flatter le sentiment national, d’atténuer (une fois encore) les tensions. On exhume le mythe fédérateur des Trois Suisses, image parfaite de la diversité dans l’unité, alors que les Constituants de 1848 ne s’y sont absolument pas référés.


Le 12 novembre 1918, La peur des rouges

Au lendemain de l’armistice, la Suisse connaît sa première et seule grève générale,  donnant l’impulsion à la protection sociale actuelle.

Deux cent cinquante mille ouvriers qui débraient dans une Suisse qui ne compte même pas 4 millions d’habitants, alors que les pays voisins fêtent l’Armistice? Mais que se passe-t-il en ce mois de novembre 1918? La grève générale, qui va durablement traumatiser les élites suisses, ne se comprend pas sans replonger dans le climat de lutte des classes de l’époque, à des années-lumière de l’actuelle paix du travail. Sur les braises de centaines de conflits du travail, la Première Guerre mondiale est tombée comme une giclée d’huile.

En 1914, l’appel sous les drapeaux coupe d’abord les jambes du mouvement ouvrier. Les classes populaires sont occupées à survivre: les hommes mobilisés ne sont pas défrayés, laissant leurs familles sans revenus. Les femmes qui les remplacent à l’usine touchent un salaire inférieur. «Il y a alors un consensus entre patrons et syndicats sur le fait que les femmes constituent une main-d’œuvre bon marché», explique l’historienne de l’Université de Berne, Brigitte Studer. Parallèlement, la guerre entrave les importations et le ravitaillement part en priorité vers l’armée: «Les gens ont froid et faim.» L’inflation grimpe à 200%, le pouvoir d’achat chute à 30%.

Pour couronner le tout, le Conseil fédéral lève la «loi sur les fabriques», qui imposait aux patrons des mesures de sécurité et d’hygiène et limitait le travail de nuit et du dimanche. Cet effort de guerre, les ouvriers ont l’impression de le porter seuls. Face à eux, l’industrie helvétique fleurit indécemment en produisant pour la guerre, machines et autres minuteries horlogères. Idem pour les paysans, dont les denrées se vendent à prix d’or. Dès 1916, les grèves s’intensifient et la contestation gagne la rue, avec des manifestations contre la cherté de la vie qui mobilisent pour la première fois des femmes. «Pour la bourgeoisie, les voir défiler dans l’espace public et haranguer les foules est une évolution contre nature», note Brigitte Studer.

Face à la radicalisation du mouvement ouvrier en Allemagne et aux révolutions en Russie, l’élite préfère attribuer les troubles helvétiques à des agitateurs étrangers que reconnaître la grogne populaire. Une virulente campagne antisémite se déclenche, nourrie de stéréotypes du juif comploteur. La gauche doit tenir ses rencontres internationales dans la clandestinité, face au soupçon de trahison. La révolution d’octobre marque la naissance du «péril rouge» pour la bourgeoisie, qui s’imagine face au même danger. C’est donc avec l’armée que le Conseil fédéral répond aux grévistes, avec des morts ponctuelles. La césure entre la population et l’armée est marquée, un esprit de guerre civile plane.

Zurich «occupée». L’année 1918 s’emballe. La contestation se dote d’une tête avec le Comité d’Olten, regroupant syndicats et parti socialiste. «Il ne fomentait pas la révolution, il voulait juste des droits pour les travailleurs, explique Brigitte Studer. Or, l’armée recherchait l’affrontement pour briser les reins au mouvement.» A l’approche du premier anniversaire de la révolution russe, l’armée se déploie à Zurich. La tension monte.

Le Comité d’Olten appelle à la grève générale. Le 12 novembre, 250 000 personnes répondent à l’appel. La mobilisation s’avère plus alémanique que latine, notamment car le Röstigraben s’est creusé dans la guerre en raison des affinités linguistiques antagonistes. Romands et Tessinois sont pris par l’euphorie de l’Armistice du 11 novembre. Du côté des grévistes, les heurts avec l’armée font craindre un bain de sang.

Le Comité d’Olten capitule le 14 novembre. Son trio de tête écope de quelques mois de prison et 150 cheminots sont condamnés. La mobilisation ouvrière continue l’année suivante mais n’atteindra plus jamais cette ampleur. La grève générale passe pour un échec.

Pourtant, ses revendications font leur chemin. L’Assemblée fédérale est dissoute et le système de proportionnelle – favorable aux petits partis – instauré aux élections anticipées. Les ouvriers décrochent la plus grosse réduction du temps de travail de l’histoire: de 11 à 8 heures par jour. D’autres velléités attendront par contre des décennies: jusqu’en 1948 pour l’AVS et 1971 pour le droit de vote des femmes.

A court terme, la grève a polarisé la société. «Sa neutralisation a profité au pouvoir en place, explique Brigitte Studer. L’anticommunisme s’est intensifié et des groupuscules conservateurs se sont multipliés.» Pour l’historienne, la gauche n’a pas réussi à hisser la grève en événement clé. «Elle n’existe pas dans la mémoire collective alors que c’est le plus grand conflit social de la Suisse moderne.» Un échec pour l’histoire.
 


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