Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page

Nick Hayek et Mougahed Darwish: "Nous voulons devenir l’un des leaders mondiaux d’une nouvelle génération de batteries"

Mis en ligne le 24.02.2015 à 17:03

Philippe Le Bé

Interview. Dans un entretien exclusif à «L’Hebdo», Nick Hayek, CEO de Swatch Group, et Mougahed Darwish, administrateur délégué de Belenos Clean Power, prévoient de produire des batteries à la capacité de stockage inégalée.

En référence à Belenos, ce dieu gaulois brillant, brûlant et resplendissant, feu Nicolas G. Hayek fondait en 2007 Belenos Clean Power. Majoritairement contrôlée par Swatch Group et Hayek Engineering, cette société était destinée à fabriquer des composants dans le domaine des cellules solaires, de l’hydrogène et de l’oxygène. C’était la porte ouverte à la production d’énergie renouvelable et décentralisée. Après l’aventure de la Swatchmobile des années 90, Nicolas G. Hayek s’associait avec l’entreprise électrique fribourgeoise Groupe E de Philippe Virdis, pour la réalisation d’un électrolyseur domestique, puis avec l’Institut Paul Scherrer (PSI) à Villigen (AG), pour le développement d’une pile à combustible notamment destinée à l’automobile. L’objectif était aussi le développement d’une batterie plus performante, plus légère et moins chère. Depuis plus de trois ans, Belenos Clean Power ne donnait plus de nouvelles. Le lumineux dieu gaulois s’était-il éteint? Dans un entretien accordé à notre magazine, Nick Hayek, CEO de Swatch Group, et Mougahed Darwish, administrateur délé- gué de Belenos Clean Power, apportent un nouvel éclairage. Non, la société ne s’est pas endormie, bien au contraire. Mais elle a réorienté sa stratégie. Des deux objectifs prioritaires initiaux, elle va désormais se focaliser sur les batteries de nouvelle génération. Mais pas n’importe lesquelles. Explication.

En quoi consiste la nouvelle batterie développée par Belenos Clean Power?

Nick Hayek: En collaboration notamment avec les chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Belenos Clean Power a développé une batterie dont la capacité en stockage d’énergie électrique est de 50 à 100% plus élevée que celle existant aujourd’hui sur le marché mondial. Comme cette capacité est directement liée à l’autonomie, cela signifie qu’un véhicule électrique jusqu’ici autonome sur 250 kilomètres le sera bientôt sur 500. Ce n’est qu’un exemple, car le stockage de l’énergie électrique ne concerne pas seulement le secteur automobile. De l’horlogerie à la santé en passant par la téléphonie et de nombreuses activités domestiques, il reste l’un des problèmes majeurs à résoudre dans ce XXIe siècle. Augmenter la capacité de stockage de l’électricité, c’est la priorité de tous les acteurs actifs dans les énergies renouvelables.

Swatch Group a les moyens de ses ambitions?

NH: Assurément. Les chercheurs et ingénieurs de Belenos Clean Power travaillent de concert avec ceux de Renata à Itingen, près de Bâle. Membre de Swatch Group, cette entreprise produit plus d’un million de piles par jour. Cette proximité de savoir-faire nous permet d’assurer une continuité, de la recherche à la production en série en passant par le développement du prototype. Cette synergie nous fait gagner un temps précieux. Nous n’avons pas besoin de courtiser des laboratoires, de discuter sans fin avec les grands producteurs de batteries. Nous sommes chez nous.

Quand prévoyez-vous une production industrielle?

NH: Nous avons grand espoir d’arriver sur le marché d’ici trois à quatre ans, au plus tard. Nous sommes en train d’investir plusieurs millions dans une première chaîne de production au sein même de Renata.

Quelles sont les nouveautés technologiques?

Mougahed Darwish: L’innovation concerne principalement la cathode, dont la constitution est faite d’un alliage spécifique de métaux dont nous ne divulguons pas la nature. L’ensemble du processus de fabrication fait l’objet d’une quinzaine de brevets déposés. Ce délai de trois à quatre ans est très court. Rappelez-vous: il a fallu dix ans avant que le premier prototype de la batterie lithium-ion conçu vers 1970 devienne un produit commercial et encore dix ans de plus avant que Sony l’exploite à grande échelle.

NH: L’une des grandes forces de Swatch Group, c’est sa maîtrise d’éléments électroniques de très petite dimension, notamment par ses sociétés EM Microelectronic et ETA. Or quand un produit de taille réduite atteint un très bon niveau de qualité, de sécurité et aussi de prix, il est plus facile de l’exploiter à une plus grande dimension que de faire l’inverse.

MD: Précisément, une batterie est composée d’un grand nombre de petites cellules dont nous pouvons varier la géométrie quasiment à l’infini.

Avez-vous été contactés par des producteurs automobiles?

NH: Plusieurs constructeurs sont venus nous proposer des alliances et des financements. L’industrie automobile est en quête de batteries moins lourdes, plus performantes et moins onéreuses pour ses véhicules électriques qui ont encore bien de la peine à susciter l’enthousiasme des consommateurs. La recherche et le développement de Belenos Clean Power les intéressent grandement. Ils aimeraient en savoir plus sur nos activités! Mais forts de l’expérience acquise par mon père, nous n’avons pas l’intention de nous allier à un grand fabricant comme ce fut le cas avec la Swatchmobile. Nicolas G. Hayek l’a fort bien compris: la mission de Swatch Group n’est pas de concevoir un nouveau véhicule électrique mais de réaliser des éléments majeurs comme les batteries. Lesquelles, encore une fois, ont un spectre d’utilisation plus large que celui de l’industrie automobile.

En se focalisant sur les batteries, Belenos Clean Power renonce donc aux piles à combustible?

NH: Dès le départ, nous avons suivi deux voies, celle des piles à combustible et celle des batteries. Etant entendu que nous choisirions de développer la voie ayant le plus de chances de progresser technologiquement et commercialement. Nous avons donc tranché et donnons maintenant toute la priorité au projet de batteries.

Un travail de plusieurs années pour rien?

NH: Pas du tout! Le travail accompli avec l’Institut Paul Scherrer (PSI) a vu naître beaucoup de brevets et les opportunités pour cette pile à combustible unique, surtout pour le stationnaire, sont des plus intéressantes. Mais le stationnaire n’est pas la priorité de Belenos Clean Power, contrairement à beaucoup d’autres acteurs.

MD: Le fait d’utiliser à la fois de l’oxygène pur et de l’hydrogène, et non seulement ce dernier gaz et l’air comme cela est généralement pratiqué, offre un bien meilleur rendement. Mais ce qui est valable dans un lieu fixe ne l’est plus dans un véhicule. Y installer deux bonbonnes d’hydrogène et d’oxygène, ce n’est pas satisfaisant. Trop d’encombrement, de poids et d’insécurité. Or, pré- cisément, notre mission principale, c’est la mobilité.

Quel est l’avenir de Belenos Clean Power?

NH: Avec sa cinquantaine de collaborateurs, Belenos Clean Power a désormais une occasion unique: devenir l’un des premiers producteurs mondiaux d’une toute nouvelle génération de batteries qui va faire fortement progresser la mobilité propre et aussi permettre de faire naître une kyrielle de produits nouveaux. 


< Retour au sommaire du blog "La rédaction en ligne"




Ajouter un commentaire

Pour commenter les articles de L'Hebdo et des blogs, vous devez être connecté. Créez un compte ou identifiez-vous.
L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Diaboliques éoliennes?



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs