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Immigration portugaise et vote sur l’immigration de masse

Mis en ligne le 12.03.2014 à 14:14

Etienne Piguet

Interview donnée à l’Agência portuguesa de notícias

L’immigration portugaise vers la Suisse a été importante ces dernières années en particulier vers la Suisse romande. Avec 254'000 ressortissants, la population portugaise représente plus de 3% de la population totale (13.5% des étrangers). C’est le groupe national qui a connu la plus forte croissance récente (+15'337 entre 2012 et 2013). Chaque année 2000 portugais reçoivent la nationalité suisse.

1) Quelles seront les effets possibles de la nouvelle loi sur l'immigration sur les immigrants portugais ? Quelles sont les craintes que les Portugais devraient avoir s'ils possèdent un statut temporaire ?

L’initiative demande un plafonnement de l’immigration, mais il est probable que cette dernière continuera à répondre aux besoins de l’économie. A moins d’un ralentissement conjoncturel, l’immigration portugaise va donc continuer. Si l’initiative est appliquée avec modération un scénario sans changements majeurs est tout  à fait possible. Les statuts temporaires en particulier vont subsister. En cas d’application restrictive de l’initiative une conséquence serait que le regroupement familial et la transformation d’un statut temporaire en statut stable deviendraient plus difficiles. Il est aussi possible que la protection en cas de licenciement (accès aux prestations d’assistance sociale) soit diminuée. Il est cependant encore difficile de savoir dans quelle direction ira le Conseil fédéral.

2) Pensez-vous que les Portugais au bénéfice d'un permis C seront plus susceptibles de demander une naturalisation à cause de ce vote ? Devraient-ils être inquiets?

Les Portugais déjà titulaires d’un permis C seront très peu touchés par les conséquences de ce vote. Cependant, ils peuvent gagner à se naturaliser s’ils craignent un licenciement ou s’ils souhaitent rentrer quelques années au Portugal sans perdre le droit de revenir en Suisse. On observe généralement un accroissement des demandes de naturalisation lorsque les migrants sont inquiets sur la stabilité de leur séjour. Ce fut le cas dans les années septante lors du choc pétrolier.

3) Comment la Suisse pourrait gérer la réintroduction des contingents sans nuire aux grandes communautés immigrantes comme les Portugais, les Allemands et les Italiens?

L’initiative reste très floue et ne demande qu’un plafonnement sans en fixer le niveau. En conséquence, une application modérée pourrait être sans conséquences majeures. Il sera nécessaire pour cela que l’UE fasse preuve de souplesse car en cas de rupture des accords bilatéraux on peut craindre que les forces anti-européennes soient renforcées dans leurs exigences d’un plafonnement strict.

4) Est-ce que la Suisse peut se passer de la main d'oeuvre portugaise, comment serait-elle remplacée ?

La main-d’œuvre portugaise est actuellement nécessaire dans de nombreux secteurs de l’économie (bâtiment, industrie, services domestiques, hôtellerie-restauration, commerce, etc. mais aussi dans des activités hautement qualifiées) et ne pourrait que marginalement être remplacée.

5) Quelles sont les solutions envisageables pour éviter que les relations CH-UE ne soient trop affectées et que le recrutement de personnel étranger ne soit pas trop bureaucratisé tout en convenant aux partis politiques et milieux économiques?

Un contingent global permettant d’éviter une concurrence des immigrants et des nationaux sur le marché du travail est envisageable sans traitement individuel bureaucratique de chaque demande. Le droit des citoyens de l’UE à la libre immigration en Suisse pourrait être maintenu mais assorti d’un délai en cas de dépassement du contingent de l’année concernée ou en moyenne sur plusieurs années. L’UE devrait comprendre cette mesure car la Suisse connaît un taux d’immigration très supérieur à celui de tous les grands pays de l’Union et qui peut rester élevé si l’application de l’initiative reste modérée.

6) Est-ce que les autorités portugaises étaient clairement au courant des conséquences sur leurs concitoyens qui habitent en Suisse?

Il reste un important travail d’explication à faire par la Suisse. Certaines erreurs d’interprétation de la Commission européenne doivent être corrigées, comme par exemple celle selon laquelle l’initiative impliquerait le retour des contrôles aux frontières, ce qui est inexact puisque l’initiative ne porte que sur les permis de séjour et de travail et pas sur la mobilité. Les régions de Suisse qui ont accepté l’initiative populaire visant à un plafonnement de l’immigration ne sont pas celles où l’immigration portugaise est la plus forte. Le vote suisse ne doit donc pas être interprété comme dirigé contre l’immigration portugaise mais comme le résultat d’une pluralité de facteurs dont l’inquiétude générale face à la modernité et aux abus constatés de la part de certains employeurs sur la marché du travail.

Pour en savoir plus sur la migration portugaise en Suisse :

Fibbi, Rosita (dir.) 2010. Les Portugais en Suisse. Berne: Office fédéral des migrations.


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