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«Dieu n’a pas besoin qu’on croie en lui pour agir »

Mis en ligne le 15.12.2016 à 08:18
Ariane Baehni

Ariane Baehni

© SP



Sabine Pirolt

«Ça va bien mieux que bien. J’arrive à cet âge où la sérénité s’installe. J’ai de la chance: j’ai trouvé ma place. Comment on sait quand on l’a trouvée? On sent une paix intérieure. Je fais une activité qui a du sens. C’est fondamental.  Je suis pasteure depuis 3 ans à la paroisse de Vallorbe.

Cette période de l’Avant met en exergue toutes les fragilités et les dissensions. Je le sens chez les gens. On idéalise la situation des autres. On imagine que tout se passe bien dans les autres familles, qu’il n’y a ni conflits, ni solitude. Mais ce n’est pas le cas. Ce que je fais pour les aider? Je leur fait lire des histoires de la Bible qui montrent tous les conflits qui peuvent exister dans une famille. Les gens ont besoin que la situation ou le problème dont ils souffrent soit résolu avant Noël. Mais ce n’est pas toujours possible. Ce qui l’est par contre, c’est de faire le pas suivant. Même si la relation est difficile, le lien peut être maintenu. Il suffit d’un signe, d’une carte, d’un sms.

Théologie du pas suivant
Je fonctionne beaucoup à la théologie du pas suivant. Il y a tellement de situations qu’on ne peut pas résoudre. Au moins, le pas suivant nous permet d’avancer. Dans les récits de Noël, tout le monde est en train d’avancer.  Jésus et ses parents sont les seuls qui restent en place. Je suis persuadée qu’on est fait pour avancer. La question qu’on peut se poser c’est: « Vers quoi? » Pour moi, une réponse, c’est aller vers soi ou Dieu. C’est le même chemin. Quand on arrive à être soi-même, même fragile et différent des idéaux de la société, on peut ressentir la plénitude. Ce que je fais des gens qui ne croient pas? Qu’est-ce que ça veut dire « ne pas croire en Dieu »? Ça veut dire ne pas croire en une force de vie? Tout le monde croit en une force de vie. Dès le moment où notre existence a du sens, Dieu n’a pas besoin qu’on croie en lui pour agir. Il n’a pas besoin de nous. Il veut juste que notre vie ait du sens et se passe dans la joie. 

Etudes d’économie
Avant d’être pasteure, je travaillais dans le tourisme.  Comme mon père et mon grand frère, j’ai étudié à la faculté des Hautes études commerciales, à Lausanne. C’était des études courtes qui garantissaient un emploi correctement rémunéré et ouvraient beaucoup de portes. A la sortie d’HEC, j’ai travaillé  comme responsable des ventes à l’office du tourisme de Lausanne durant 4 ans. J’adore la vente! La moitié du temps, j’étais en route. Je voyageais beaucoup en France, aux Pays-Bas et en Belgique. J’étais déjà croyante, mais d’une manière assez diffuse. On était en pleine période «new age». J’avais fait mon petit mélange personnel. Je picorais ce qui me convenait. J’avais une spiritualité ésotérique faite d’un mélange de théosophie et d’anthropologie. En fait, j’avais peur de m’attacher à un groupe précis.

J’ai ensuite travaillé pour Imholz, 4 ans à l’agence de voyage puis comme responsable voyage pour toute la Suisse romande durant 4 ans. J’étais très heureuse. Je faisais beaucoup de voyages à l’étranger: en Chine, en Inde, au Venezuela, en Finlande. Puis je me suis mariée et j’ai eu deux enfants. Mon mari avait déjà une fille. Les enfants ont aujourd’hui 28, 20 et 16 ans.

Révélation à 40 ans
Un jour, à 40 ans, j’ai eu une grosse crise existentielle, une vocation, comme dans la Bible. Je vivais un moment de grande fragilité. Je me disais: «Je ne sers à rien». Un soir d’hiver, alors que les enfants étaient couchés et que mon mari était sorti, j’ai senti une présence que je ne peux pas expliquer. J’ai ressenti le Christ. Un sentiment d’amour et en même temps un appel. Il n’y a pas de mots pour décrire ça. J’étais rassurée, aimée et appelée. Il me disait: « Ne t’en fais pas, ça va aller. Lève-toi, tu n’as pas que ça à faire ». Je n’allais alors pas à l’église, mais je croyais à une force de vie, comme beaucoup de gens. 

Je suis allée voir un psychiatre et un pasteur. Les deux m’ont dit que c’était normal. Le médecin m’a conseillé de lire les grands mystiques, dont Thérèse d’Avila. Le pasteur, lui, m’a mise au boulot. Il m’a invitée à en faire quelque chose et m’a embarquée à l’éveil de la foi pour les tout petits et au conseil de paroisse à Romainmôtier où j’habitais. Il a compris avant moi que c’était une vraie vocation. 

Essayer de comprendre 
Je n’en ai pas tout de suite parlé à mon mari qui n’est pas croyant. D’abord je ne savais pas ce qui m’arrivait. Mais comme il me voyait partir  tous les dimanches à l’église et discuter avec le pasteur, je lui en ai parlé. Au début, je planais. Il a vu rapidement que c’était très profond et très positif. Par la suite, il m’a aidée en prenant sur lui, en acceptant tous les livres de théologie répandus dans la maison. Il avait épousé une minette à talons aiguilles et tailleurs Valentino et dix ans après, il s’est retrouvé avec une pasteure. Il a les nerfs solides.

Le choc passé, j’ai eu envie de comprendre. J’ai commencé une formation. Durant deux ans, un samedi par mois, j’ai suivi un séminaire de culture théologique. J’étais une des seules qui n’avait ouvert la bible que très rarement. A la fin des 2 ans, j’étais triste d’arrêter. 

Reprendre les études
Après la naissance de mon fils, j’avais cessé de travailler dans le tourisme. J’avais un poste au service de communication à HEC. Tous les lundis matins, on recevait tous les articles de la semaine précédente sur les universités. Un lundi, sur le haut de la pile, il y avait un papier sur la formation de théologie à distance de Genève. Je me suis dit: «C’est pour moi!» J’avais fini le séminaire en septembre, le 20 octobre 2004 je commençais mes cours de théologie tout en travaillant à mi-temps. Ma fille avait 8 ans et mon fils 4  ans. J’étais bien occupée. Mais quand on fait quelque chose qui nous plaît, c’est fou ce qu’on a de l’énergie. Si j’ai douté? De moi, oui, de Dieu, non, même si je ne suis pas toujours en meilleurs termes avec lui, surtout lorsque je vois des gens qui souffrent autour de moi. 

Soutien de l’entourage
Mes études ont duré 8 ans. Ce fut 8 ans de bonheur mais aussi de trouille durant les examens. Mon entourage s’est montré super respectueux de mon choix. Il était intéressé, posait des questions. Mes collègues et mon patron me soutenaient. Ma formation universitaire terminée, j’ai eu peur d’avoir dépassé le Migros data. Mais l’église a accepté de me prendre.  J’ai dû réussir les étapes de sélection, faire un bilan psychologique et suivre 3 ans de formation pratique durant lesquels on reçoit un petit salaire. Par la suite, on doit suivre une importante formation continue.

Mon mari? Il n’a pas changé. Il n’est pas devenu une grenouille de bénitier avec moi. Mais c’est mon public cible préféré. C’est un homme intelligent, cultivé, sincère. C’est sur lui que je teste mes prédications . 

Aider les gens
Etre pasteur, c’est mille fois mieux que ce que j’imaginais, mais 1000 fois plus dur aussi. Les gens ne vont pas forcément bien. Lorsque je vois ce qu’ils sont capables de traverser et de surmonter, je me dis qu’ils ont de sacrés ressources. C’est là, dans cette capacité de résilience des personnes que je base ma foi. Il y a quelque chose de sacré qui est à l’oeuvre. Très clairement, je vois des irruptions, de nouvelles expressions lorsque j’observe le visage des gens, quelque chose qui est venu de l’extérieur, quelque chose qui permet aux gens de faire le pas suivant. Je perçois la présence de Dieu lorsqu’il est à l’oeuvre. Parfois il n’est pas là et je ne sais pas pourquoi. C’est là que je me mets en colère. Mon travail est de faire un bout de chemin avec les gens, de les écouter. Souvent ils trouvent les solutions eux-mêmes. Raconter permet de trouver un sens à ce qu’on vit. Je suis moi-même supervisée de manière régulière. Les histoires tristes comme les belles histoires m’ébranlent et me touchent tout autant, car on est dans les extrêmes. Les petites voix des autres viennent dialoguer avec mes voix à moi. 

Trouver une porte de sortie
Je vois beaucoup de gens qui remettent le système dans lequel ils vivent en question, à la suite d’un burn-out ou d’un autre événement.  On partage alors un moment de prière ou un récit biblique, pour qu’ils arrêtent de tourner dans le giratoire et trouvent une porte de sortie. Ce que peut apporter un livre si ancien aujourd’hui? La Bible parle avant tout de la condition humaine. L’être humain n’a pas changé fondamentalement. Les mouvements intérieurs sont les mêmes: les émotions, les difficultés à affronter le changement, la peur de la mort, la nôtre et celle des autres, le besoin de justice. Ces récits permettent de déplacer le regard de la personne. Elle se sent moins seule, trouve un frère ou une soeur en humanité à travers les siècles. Ça rassure énormément. Dans les psaumes, l’être humain dit tout ce qu’il a sur le coeur. En les lisant, ça fait du bien de pouvoir crier avec quelqu’un.»


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matahari C'est un très beau billet ,merci pour le texte mais n'oubliez pas le décalage entre hier et aujourd'hui qui fait dire é de nombreux citoyens heureusement que nous avons vécu un passé ou personne l'enfant n'avait pas le droit de parler et rie encore oins
On est moins déphasés avec le monde du virtuel ou chacun pianote pour échanger beaucoup certes mais pour obtenir de l'aide c'est autre chose alors qu'avant tout le monde connaissait tout le monde et les petits commerçants ont été les premiers à jouer aux services sociaux ! alors qu'aujourd'hui il y a surtout au moment des fêtes pléthore de gens bien disposés pour aider mais une fois les fêtes terminées, adieu veau vaches et cochons
-vous avez raison ,rien n'a changé c'est notre manière de vivre chaque jour et de relativiser qui permet de voir le monde autrement .
les problèmes sont les mêmes mais il y une différence tout de même la cohésion entre veuves n'est plus pour la simple raison que tout le monde meurt et que beaucoup préfèrent s'isoler plutôt que pianoter sur un ordinateur qui n'a d' amicale qu'un texte écrit et qui le plus souvent restera sans lendemain
Le veuvage est une sacré école de vie et c'est quand on y est vraiment sachant que chaque veuvage est vécu différemment qu'on arrive vraiment à en prendre conscience
L' l'entente qui régnait en certaines communes ou les vieux se rassemblaient pour papoter a disparu ,aujourd'hui c'est silence ,place au virtuel ou mieux au stress ,on a pas le temps y'a qu'à et si on veut vivre pleinement sa vie ce sont les comportementalistes qui interdiront ceci ou cela alors qu'autrefois c'était les pasteurs ou curés /rire
Très belle soirée pour -Vous Madame
15.12.2016 - 16:43
hubert.giot pour faire très court: Dieu n'existe pas, tout s'explique beaucoup mieux sans son existence .
les êtres humains normaux (croyants ou non) ont besoin de se sentir utiles pour se sentir valorisés. On n'a pas besoin de religion pour comprendre cela. Ca ne se trouve pas dans la bible ou le coran , mais uniquement à l'intérieur de soi !
15.12.2016 - 19:33

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