Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous vous informons que le dernier numéro de L'Hebdo paraîtra exceptionnellement le vendredi 3 février 2017.

En vous remerciant de votre compréhension.

Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page

C’est l’heure d’éliminer « les élites » (le mot !)

Mis en ligne le 13.11.2016 à 13:10
Les "élites" avancent joyeuses vers leur pendaison.

Les "élites" avancent joyeuses vers leur pendaison.

Johan Rochel

Dans un reflexe religieux de pénitence, les commentateurs politiques mènent les « élites » à la potence. Aveugles, insolentes, corrompues : leurs péchés s’accumulent et les conduisent vers une pendaison bien mérité. J’ai bu ces analyses jusqu’à la lie. Je ne les supporte plus, car elles témoignent d’une naïveté politique confondante. Les populistes ont placé leur champion à la Maison Blanche, soit, mais j'ai beaucoup plus peur qu'ils assurent leur mainmise durable sur le débat public. Eux qui ont inventé et raffiné l’arme politique des « élites » peuvent être assurés que leurs adversaires continueront à se flageller avec le bâton qu’ils ont savamment préparé.

La stratégie du sac

Pour les populistes, l’usage du terme « élites » représente la tentative réussie de rassembler tous leurs adversaires sur la place publique avant d’organiser leur pendaison collective. Nous sommes ici au cœur d’une âpre bataille politique et le terme « élites » est une arme de choix. Il ne vise pas à décrire ou comprendre ; il veut prescrire et dénoncer. C’est la différence essentielle avec son usage dans un séminaire de sociologie cherchant à décrypter les mécanismes du pouvoir. Grâce à l'arme "élites", les représentants des autres courants politiques (aussi appelés establishment), les médias trop critiques, les intellectuels, les acteurs économiques, les riches, les scientifiques, le monde des arts et de la culture, les syndicats vont tranquillement vers la fin. Avancez en rang par deux, bien gentiment, vous êtes l’élite. Par excès de naïveté, ou par sensibilité trop prononcée pour la flatterie, ils ont tous accepté cette étiquette. Pire, ils la portent presque fièrement au revers de leur veste.  Entendu jusqu’à plus soif : « vous êtes l’élite : avez-vous le sentiment d’avoir échoué ? Oui, c’est vrai, nous aurions dû faire plus… » Consternation.

Une fois tous leurs adversaires jetés dans le sac de l’ « élite », ne restait aux populistes qu’à enclencher la deuxième étape de leur plan: mobiliser le « peuple ». Si les « élites » acceptent d’être marquées et rassemblées en marge de la société, alors tout est prêt pour les opposer au « peuple ». Il suffit alors d’énoncer que les « élites » ne comprennent plus le « peuple » pour séparer le corps social en deux blocs distincts, irréconciliables. Comme dans une chorégraphie bien exécutée, un parti se lève alors et prétend représenter le « peuple ». CQFD : simple, efficace, diabolique.

Un seul objectif : détricoter

La réussite de ce coup traduit un sens stratégique aiguisé, mais illustre surtout la faiblesse de la réplique. Il faut absolument réagir en détricotant cet assemblage. Première étape : détruire l’arme politique des « élites ». Pour ce faire, chacun d’entre nous possède un moyen simple d’agir : ne jamais accepter le terme « élites » et reformuler toute question portant sur lui. Ne jamais céder à la flatterie d’être décrit comme un membre de ces élites. A force d’accepter cette étiquette empoisonnée, ce n’est pas le fromage qui tombera de notre bec, c’est tout l’arbre qui finira par s’effondrer.

Il existe une solution simple pour parer à la stratégie du sac uniforme: rendre à chacun son identité. « Ceux de Berne » redeviennent des élus, des parlementaires, des décideurs politiques ; les « théoriciens » et les « idéalistes » redeviennent des scientifiques, des chercheurs et des intellectuels ; les « riches » et les « profiteurs » redeviennent des représentants économiques ou des personnes aisées,  et les syndicats redeviennent des acteurs clefs de l’économie suisse, reflétant une large diversité d’intérêts ; les « artistes » redeviennent les observateurs critiques et inspirants de la vie en société ; les « fouille-merde » redeviennent des médias attentifs et engagés.  L’idée paraît banale, elle serait néanmoins d’une puissance phénoménale. Ce discours de détricotage ferait rapidement tomber les masques et la mise au pilori des « élites » apparaitrait rapidement pour ce qu’elle est vraiment : une tentative de décrédibilisation politique à large échelle, acceptée benoitement par ceux qu’elle vise.

La grande famille des citoyens

Une fois cette première étape accomplie, il s’agit de réintégrer tous ces acteurs dans le groupe des citoyennes et citoyens. Nous sommes la société, nous formons la Suisse, ses forces et ses faiblesses, et nous devons porter fièrement ce statut et la responsabilité qui l’accompagne. Cette responsabilité, à la fois citoyenne et individuelle, porte sur l’obligation d’aller à la rencontre de ceux qui pensent différemment et qui ne partagent pas une même vision de la vie en société. Deux pistes nécessaires et complémentaires pour avancer sur ce chemin.

Une première piste démocratique : notre démocratie de proximité et de milice nous permet d’intégrer facilement des voix très diverses dans le débat. Elle ne garantit pas la solution parfaite, mais elle offre les meilleures chances afin que toutes les situations problématiques soient entendues. La situation de ceux qui sont mis au défi par la digitalisation, la robotisation, la globalisation des échanges, la mobilité des compétences doit être prise en compte. L'objectif n'est pas de "prendre les peurs au sérieux", mais de permettre à toutes les voix d'être entendues. Le défi de la démocratie n’est pas d’aplanir les différences ou d'enfantiliser les uns et les autres, mais de garder le plus grand nombre au sein d’un dialogue politique d'égaux.

Une deuxième piste de responsabilités : notre société libérale accorde une importance fondamentale à la liberté individuelle. La bonne marche de ce système a toutefois un coût que nous devons être collectivement prêts à payer. Nous avons la responsabilité de garantir à chacun l’usage égal de sa liberté. La liberté, c'est bien ; les moyens de cette liberté, c'est encore mieux. Nous devons donc investir des moyens pour que chacun puisse se voir comme un membre libre et égal de la société : les citoyens doivent pouvoir se rencontrer à hauteur d’yeux. A nous de redonner un nouveau souffle aux idéaux libéraux : l’accès à une éducation de qualité pour tous, la garantie d’une véritable égalité des chances, la lutte contre les vulnérabilités sociales.

Si nous mettons en œuvre ce programme, les belles heures du populisme sont terminées. Mieux: son existence politique est comptée.

 

 

 


< Retour au sommaire du blog "Une Suisse en mouvement"




aperrenoud Il ne faut pas pendre les élitaires, mais convenons qu'un peu de modestie leur siérait bien (*). Comme le dit le célèbre éditorialiste Joe Klein dans le Time Magazine de cette semaine : "I don't trust myself to predict what happens next", soit dans la langue de Voltaire:" Je ne me fais pas confiance pour prédire ce qui va se passer ensuite".

(*) mais pas aux idées qu'il doivent défendre.
13.11.2016 - 14:49
alibi L'objectif n'est pas de "prendre les peurs au sérieux", mais de permettre à toutes les voix d'être entendues.

C est un peu ce qu une majorité de suisses pensent du Nomes
13.11.2016 - 19:16
Curieux "Si nous mettons en œuvre ce programme, les belles heures du populisme sont terminées. Mieux: son existence politique est comptée." Bon courage, mon garçon. Il faudra vous lever tôt. Vous n'allez pas y arriver.

Effectivement l'élection du "populiste" Trump est une déflagration atomique dont l'onde de choc mondiale va ébranler et faire vaciller toutes les positions de tous ces hommes et femmes politiques considérées comme des pseudo "élites" et qui en réalité sont des traîtres à leurs peuples, à leurs pays et des valets de la gouvernance mondiale voulue par les puissances d'argent.

Il y a là une démonstration que cette classe politique dont vous êtes un représentant attardé, cher monsieur Rochel, s'est tellement enferrée dans une impasse qu'elle ne peut plus en sortir. Elle est foutue. Elle va bientôt finir dans les poubelles de l'histoire. Et ça fait bien plaisir !

C'est impossible d'enrayer cette lame de fond qui s'apparente à un tsunami.

Au lieu de prôner des mesures ridicules qui devraient limiter la casse et qui ne serviront à rien, vous feriez mieux de faire votre autocritique et de vous demander pourquoi tous ces avertissements sans frais, coups de semonce, cartons jaunes et cartons rouges, toutes ces votations dans notre pays, le référendum européen du 29 mai 2005, le Brexit et maintenant l'élection de Trump, en attendant celle de Marine Le Pen, pourquoi tout celà?

Eh bien tout simplement parce que dans un monde qui tente d'édifier une gouvernance mondiale, ce à quoi vous vous associez, cher Monsieur, le pouvoir n'a plus de légitimité. Absolument plus. C'est un pouvoir qui prétend gérer le genre humain. Or, le genre humain ne peut pas conférer de légitimité. Absolument pas. En aucun cas. Seul un peuple le peut.

Et quand il n'est plus légitime un pouvoir perd le pouvoir. C'est la phrase de Rivarol: "Quand ils cessent d'estimer les peuples cessent d'obéir".

Pourquoi tous ces dirigeants ont-ils perdu leur légitimité ? Posez vous la question. Pourquoi les peuples ont-ils cessé de les estimer, et par conséquent de leur obéir? Vous vous l'êtes demandé? Vous devriez.

Moi je vais vous expliquer. Le pouvoir, tout pouvoir, pour être légitime se doit d'assurer le bien commun. Le bien commun ne peut exister, être défini et défendu que dans une communauté donné, qu'on appellera cité, pays, nation, confédération, éventuellement empire, mais de toutes façons il doit s'agir d'une communauté historique, établie sur un territoire donné, porteuse d'une culture et même de caractéristiques ethniques, d'institutions historiques elles aussi, bref d'un peuple identifié et typé. Ce peuple, pour vivre, doit avoir des frontières et une souveraineté.

A ces conditions il peut y avoir un pouvoir respecté et légitime, sous plusieurs formes de régimes, démocratiques ou pas, mais de toute façon la légitimité provient du fait que le pouvoir des gouvernants assure, même de manière très imparfaite, le bien commun des gouvernés. Moyennant quoi, même s'il y a des problèmes, ce pouvoir est légitime et le peuple obéit. Les gouvernants reconnaissent la légitimité du pouvoir, même s'il y a des contestations, mêmes si elles sont fortes.

Mais depuis quelques temps, depuis le traité de Maastricht, depuis qu'on nous parle de traité transatlantique, depuis que le but des politiciens est de travailler à la gouvernance mondiale, les dirigeants n'ont plus de comptes à rendre aux peuples qui continuent de les élire rituellement dans des élections qui sont devenues des simulacres. Car ces dirigeants, et ils le savent, ne doivent pas leurs carrières à leurs concitoyens, ils les doivent à des oligarchies invisibles, financières, qui les cooptent et les observent pour ensuite les pousser en avant ou en arrière comme des pions. Et toutes ces marionnettes le savent. EIles sont conscients de celà et elles jouent le jeu.

Vous même, monsieur Rochel, vous jouez ce jeu là. Vous êtes un petit jeune de 25 ans (à peu près, je ne sais pas exactement votre âge) vous avez de l'ambition, vous voulez faire carrière et vous avez compris le système. Alors vous faites votre petit tour de piste, vous faites le beau, pour vous faire remarquer par les maîtres du jeu. Vous faites des études de sciences politiques (soi disant) qui vous donnent des diplômes, qui sont en réalité des certificats d'allégeance à l'idéologie européiste mondialiste et non des vrais diplômes, vous adhérez à des associations, comme ce "Foraus" parce que vous savez que c'est là que vous serez observé, évalué, et testé, pour votre dévouement à la cause antisuisse, européiste et mondialiste. Si vous êtes remarqué vous pourrez alors être choisi pour des postes dans la haute administration ou dans la diplomatie ou pour une carrière politique dans un parti du mainstream adepte de l'agenda européiste mondialiste.

Ne niez pas, vous le savez. Tout le monde le sait. Notez je ne vous jette pas la pierre. C'est humain. Chacun doit faire son chemin. Vous avez compris la règle du jeu, de ce jeu là, que tout le monde méprise car tout le monde l'a décrypté depuis longtemps, mais enfin cette règle du jeu fonctionne encore, pas pour longtemps, et donc vous en escomptez encore un résultat pour votre avenir.

Peut-être même qu'en partie vous n'êtes pas conscient que votre comportement est celui d'un larbin. D'autant plus que vous êtes peut-être sincère. Vous croyez à ces fariboles: qu'il faut être ouvert au monde, que les problèmes ne peuvent être résolus qu'à l'échelle de la planète et tous ces mensonges, toutes ces foutaises. Vous y croyez sincèrement. Disons que votre conscient y croit pour libérer votre conscience, et ainsi vous vous abusez vous même car en profondeur, inconsciemment, bien entendu vous savez la vérité. Tout cela n'est qu'une idéologie, un mensonge voulu par une oligarchie illégitime au service de laquelle par intérêt vous vous êtes mis.

Le problème c'est qu'une prise de conscience radicale a eu lieu. Elle s'est faite à grande échelle. Même un grand peuple comme le peuple américain en a pris conscience et il a choisi Trump pour celà. Car Trump lui a fait une proposition. Il a dit au peuple américain: cassons la baraque, faisons s'écrouler ce château de cartes de mensonges sur lequel repose le système. Un système qui mine la souveraineté de l'Amérique, qui se sert de l'Amérique en la saignant à blanc, pour faire d'elle le gendarme du monde en l'obligeant à faire des guerres inutiles pour des intérêts qui ne sont pas ceux du peuple américain.

Donc Trump a proposé à ces concitoyens de revenir à la conception légitime de la politique, c'est à dire celle dans laquelle les dirigeants doivent rechercher le bien commun, non du genre humain, mais de leur peuple, de leur nation, de leur cité, fut-elle une garde puissance comme les USA.

Il leur a dit la même chose que les Brexiters ont dit au peuple britannique: "take our country back", reprenons notre souveraineté, "America first". Et c'est ce que nous espérons pouvoir dire bientôt en Suisse aussi: "Suisse d'abord": primauté du droit suisse sur le droit international, politique suisse visant à défendre les intérêts de la Suisse, et non à soumettre la Suisse aux intérêts de l'Europe ou du monde.

Tout cela vous le savez monsieur Rochel, mais comme vous vivez dans un monde illusoire, dans l'illusion, vous vous accrochez encore à vos slogans creux.

Ces "élites", vous perdez votre temps à vouloir les défendre. Elles sont délégitimées. Elles ne s'en remettront pas. C'est irréversible. Il va y avoir un grand coup de balai, en Suisse aussi. Vous verrez.

La seule chose que je dirais si j'étais vous c'est ceci. On a tort de parler d'élites. Car une élite, des élites, ont leur raison d'être. Il faut des élites. On peut même défendre l'idée élitaire. Mais ce que nous avons là pour nous diriger n'est pas une élite. Ces gens ne sont pas dignes de ce beau nom d'élite.

Une véritable élite c'est un groupe dirigeant qui assume les responsabilités au nom d'une cité, d'un pays, d'une nation, d'un peuple et qui recherche le bien commun.

Ces gens là ne font pas ça. Ils trahissent leur cité, leur pays, leur nation, leur peuple. Ils se mettent au service d'un pouvoir occulte étranger, international, global qui veut instaurer une gouvernance mondiale du genre humain en détruisant les cités, les pays, les nations, les peuples.

Ce ne sont pas des élites ça, ce sont des traîtres. C'est de la racaille.
14.11.2016 - 02:21
Johan Rochel Cher M. ou Mme. Curieux,
je n'ai toujours pas le plaisir de savoir à qui je m'adresse, mais bon, cela doit faire partie de votre vision du "peuple".
Il y a des éléments qui méritent discussion dans votre réplique (je fais le tri avec vos insultes, vos explications pseudo convaincantes et votre goût pour le complotisme).
Je note tout d'abord que vous tentez d'appliquer à la lettre la technique que je décris: vous tentez de créer cette famille "élites" et d'y mettre vos nombreux adversaires. Je ne me laisse bien sûr pas réduire à cet amalgame sans forme.
14.11.2016 - 15:58
Curieux @Johann Rochel

Vous m'avez mal lu. Si vous m'aviez lu plus attentivement vous auriez vu que je défends les élites au contraire. Les vraies élites, les élites légitimes.
.
Ces gens qui aujourd'hui prétendent nous gouverner ne sont pas des élites. Ils (elles) ne nous représentent pas, ils (elles) ne sont que les délégués de réseaux étrangers. Parler d'élites pour ces gens là est un abus de langage.
14.11.2016 - 16:20
Johan Rochel Je me suis également mal fait comprendre: je ne défends ni les bonnes, ni les mauvaises élites. Je repousse en bloc cette étiquette. 14.11.2016 - 16:51
Curieux OK, mais je vous l'ai dit: vous perdez votre temps. Si vous vous imaginez qu'en jouant sur les mots ainsi et en vous noyant dans un débat sémantique byzantin qui n'intéresse personne, vous allez remettre à la mode ces idées massivement rejetées par l'opinion que sont l'Union Européenne, l'accord cadre entre la Suisse et ladite Union Européenne, la gouvernance mondiale, le multiculturalisme, la diversité, le métissage e tutti quanti, vous vous mettez le doigt dans l'oeil !

Je crois vous l'avoir démontré dans mon raisonnement ci-dessus - un peu trop foisonnant je vous le concède: le problème que vous allez devoir affronter désormais, si vous vous obstinez dans votre rôle de porte parole d'une idéologie faillie, est celui-ci:

Les options et les argumentaires que vous avez épousées jusqu'ici ont fait faillite à l'épreuve des faits.

Cette faillite est due à cette raison fondamentale, qui s'impose à tous comme un rocher de bronze: ces projets politiques sont illégitimes. Et ils sont illégitimes car ils tournent le dos à la réalité naturelle de la politique qui est que l'universalisme abstrait est une impossibilité pratique. Il y a certes des valeurs universelles, mais elles ne peuvent exister que si elles sont vécues au travers de communautés politiques légitimes, c'est à dire territoriales, ayant une histoire et une souveraineté indépendantes. Les normes supranationales abstraites ne sauraient avoir préséance sur les déterminations souveraines d'un peuple particulier, d'une cité, d'un pays ou d'une nation.

Vous pouvez certes continuer à prêcher (dans le désert) le contraire. Mais vous échouerez car vous vous heurterez à cette question de la légitimité. Les institutions et les pouvoirs mis en place dans un schéma de dépossessions des peuples de leur souveraineté et de transfert du pouvoir à des entités internationales irresponsables, sont nécessairement condamnées à l'échec. Car ce qu'ils construisent est nécessairement illégitime.

Or, je vous l'ai démontré, ce qui est illégitime finit toujours par s'écrouler. Cela peut prendre un certain temps, entre le moment où l'on s'avance sur le terrain de l'illégitimité et le moment où tout s'écroule. Mais c'est infaillible, ça va s'écrouler.

En ce qui concerne le projet d'Union Européenne pour lequel vous galvaudez une énergie que vous pourriez employer à quelque chose de plus utile, on pourrait dire, à mon avis, qu'il avait encore une certaine légitimité (quoique déjà le ver était dans le fruit) tant qu'il s'agissait des Communautés Européennes, qui harmonisaient assez intelligemment les intérêts de plusieurs nations indépendantes.

A partir du traité de Maastricht, peut-être même déjà de l'Acte Unique, des textes qui n'ont pas vraiment reçu l'assentiment des peuples, et qui prévoyaient la dépossession des souverainetés nationales et la création d'une monnaie non viable, compte tenu des intérêts divergents de plusieurs grandes économies européennes, on marche sur une fine pellicule de glace qui commence à se fissurer de partout et qui va craquer dans les trois prochaines années définitivement.

Cela est du à l'illégitimité de cette construction. On a atteint le sommet au moment de l'adoption illégitime du traité de Lisbonne en violant le consentement, pourtant clairement refusé des peuples européens, qui avaient rejeté le même traité le 29 mai 2005 à 55% des votants (peuple français et peuple allemand, mais les autres pays auraient refusé aussi s'ils avaient été consultés).

Comme vous êtes un intello, je vous recommande la lecture d'un vieil auteur qui fut une des gloires du monde universitaire de Suisse romande entre les deux guerres: Guiglelmo Ferrero. Dans sa trilogie fameuse il analyse très intelligemment les raisons de l'ascension et de la chute des pouvoirs illégitimes. Dans son troisième volume, il parle de ce qu'il appelle "les génies invisibles de la cité". Et il explique que ces génies sont ceux de la légitimité. Tout ce qu'on fait contre eux est condamné à s'écrouler. Ferrero était un auteur libéral et antifasciste. Donc pas de souci, vous pouvez le lire et vous en inspirer sans risquer d'être mal vu dans les milieux que vous fréquentez.

Aventure : Bonaparte en Italie 1796-1797 Paris 1936
Reconstruction : Talleyrand Vienne 1814-1815 Paris 1940
Pouvoir : Les génies invisibles de la Cité Paris 1944 (mais je possède l'édition originale parue à New York en 1942)


14.11.2016 - 17:28
Curieux Pardon: pour le traité constitutionnel européen, dit traité Giscard, il a été refusé en référendum par les peuples français et néerlandais, et non pas allemand comme je l'ai écrit par erreur.

Le vote néerlandais n'était que consultatif, mais c'est égal ; même à titre consultatif un refus du consentement est un refus du consentement.

Le refus très net d'un grand peuple fondateur du projet européen initial, le peuple français, aurait du suffire. L'idée de ce traité était caduque. Un tel refus est DEFINITIF et il est politiquement exclu de revenir dessus. Ou alors, le retour de bâton est inévitable.

On est revenu là dessus. Il n'y a donc AUCUNE chance pour que cette construction politique radicalement illégitime, passée au forceps en passant outre à un refus en référendum, puisse continuer d'exister dans la réalité politique.

Je sais bien qu'on est d'un autre avis au Nomes et au Foraus. On est dans l'illusion. Et les évènements prochains, prévisibles, inéluctables, qui vont mettre par terre ce château de cartes, se chargeront de vous le démontrer.

Il ne servira à rien alors de blâmer le populisme, le complotisme, les mâles blancs chauvinistes, revanchistes, misogynes, peu éduqués, les perdants de la mondialisation, les frustrés, homophobes, xénophobes, racistes, l'internet, tweeter, la bêtise, l'esprit de fermeture, etc.

L'échec de bidule sera du à ceux qui l'ont conçu et mis en place, car ils ont voulu faire quelque chose d'illégitime.

Relisez Guglielmo Ferrero.
14.11.2016 - 17:42
Curieux Je remets encore une fois la compresse sur Guiglielmo Ferrero, dont je suis un grand fan.

Je m'aperçois que dans ma bibliothèque j'ai la première version du volume Reconstruction, datant de 1931 déjà, et intitulée à l'époque: La fin des aventures, sous titre: Guerre et paix. (Paris, Les éditions Rieder, "collection Europe").

Ces bouquins poussiéreux mériteraient d'être réédités. Ils expliquent les raisons de la chute de l'empire napoléonien, fondé sur les principes de la Révolution française et prétendant, comme l'Union Européenne actuelle, unifier l'Europe dans un esprit inspiré des Lumières. Il y a eu une deuxième tentative, en 1848, cette fois dans un esprit républicain, démocrate et populiste (eh oui, tout à fait populiste, et avec la même rhétorique que celle reprise aujourd'hui par Marine Le Pen, contre la "prison des peuples"). Tentative qui a échoué aussi, sauf en Suisse. Et puis il y a eu cette troisième tentative, à partir de 1991, de réaliser la "République Européenne" comme on disait au XIXe siècle, et qui échouera immanquablement elle aussi, car toutes ces tentatives se sont faites sans comprendre ce que Guiglielmo Ferrero nous rappelle: tout ce qui se fait sans respecter les génies invisibles de la cité, est condamné à périr.

Pourtant Guiglielmo Ferrero, qui était marié à la fille du fameux jurisconsulte Cesare Lombroso, était un libéral et un homme des Lumières. S'il avait vécu dans l'après guerre (il est mort en 1942 au Mont Pélerin) il aurait sans doute sympathisé avec le projet d'intégration européenne. Mais je suis certain qu'à partir du moment Jacques Delors, il aurait averti que si on poursuivait dans cette direction tout allait s'écrouler. Il aurait alors, selon moi, écrit un livre qui aurait pu s'intituler: Le retour des aventures pour nous alerter et montrant qu'on recommençait les erreurs de Napoléon: violer la légitimité des peuples, et que par conséquent ce qu'on faisait connaitrait fatalement le même sort que l'aventure napoléonienne.
14.11.2016 - 18:09

Ajouter un commentaire

Pour commenter les articles de L'Hebdo et des blogs, vous devez être connecté. Créez un compte ou identifiez-vous.
L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Réactions



Projecteurs

Le Forum des 100



Les rendez-vous du Forum



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs